avenir d'une offensive

Dossier Tunisie 9

2011-02-25 – l’insurrection et son double


11-02-11 - Kapitalis -- Tunisie. Au secours, les «benalistes» reviennent !


On savait que les «bénalistes» n’allaient pas lâcher le morceau facilement. Mais ces derniers croient-ils vraiment pouvoir manipuler les Tunisiens pour créer les conditions de leur retour? Ridha Kéfi

No pasarán» (Ils ne passeront pas), serions-nous tentés de répondre à ces nostalgiques de la dictature, en empruntant le slogan des partisans de la seconde république espagnole.
Qui sont d’abord ces «benalistes» qui refusent d’admettre la chute de leur ancien protecteur (et parrain) et l’avènement en gestation (et au forceps) d’une deuxième république tunisienne, libre et démocratique?

Les «Fedayins de Ben Ali»
Au premier rang de ces irréductibles du «benalisme», on trouve les anciens membres de la garde personnelle de l’ex-président, ces «Fedayins de Ben Ali», un corps spécial voué à sa protection et à celle des membres de sa famille. Parmi les quelques milliers de membres de cette milice, dirigée par le général Ali Sériati, aujourd’hui en état d’arrestation et poursuivi, ainsi que cinq autres de ses collaborateurs (Mohamed Ali Smaâli, Marwan Bennour, Nacer Cheniti, Mohamed Mongi BelhajChedly, Mohamed Ben Mohsen Dridi), pour «conspiration contre la sûreté de l’Etat et incitation à la violence armée». D’autres membres de cette milice ont déposé les armes et se sont évanouis dans la nature. D’autres enfin continuent de mener des actes violents visant à terroriser la population et à créer une atmosphère de tension permanente, espérant ainsi créer les conditions d’un hypothétique retour du dictateur déchu.

Les «Rcdistes» récalcitrants
Les «benalistes» post-Ben Ali ce sont aussi les membres récalcitrants du Rassemblement constitutionnel démocratique (Rcd), qui n’admettent la fin de leur parti, vomi par les Tunisiens et suspendu par le gouvernement de transition. Nombre d’anciens Rcdistes alimentent aujourd’hui les agitations dans certaines villes de l’intérieur. Craignant de perdre les privilèges exorbitants dont ils bénéficiaient sous l’ancien régime et de devoir rendre des comptes de leurs crimes et malversations passés devant une justice enfin indépendante, ils payent de jeunes chômeurs et les poussent à commettre des actes de vandalisme contre des bâtiments publics et des biens privés. On constatera, en passant, que lors de ces attaques orchestrées, des piles de documents administratifs sont souvent détruits. Ce qui traduit une volonté évidente d’effacer les traces de leurs crimes et malversations.

Les propagandistes recyclés
Autres «benalistes», encore plus dangereux: les confrères (et consœurs), qui étaient hier encore les propagandistes zélés de Ben Ali et les piliers médiatiques de son régime dictatorial et qui, aujourd’hui, en deux temps trois mouvements, se sont transformés en révolutionnaires de la 25ème heure. On les voit pérorer dans les talk-shows télévisés, étrennant leur nouvelle posture de militant de la liberté retrouvée. Affectionnant le jeu de rôle et le double langage, ils essaient d’occuper la scène, en criant plus fort que les autres, croyant pouvoir ainsi se refaire une virginité politique. Calculateurs et pernicieux, leur stratégie de reprise du pouvoir se décline en deux types de manœuvres ou de manipulations.
D’abord, ils s’en prennent au gouvernement de transition – aujourd’hui très facile et peu coûteux – et multiplient les attaques contre ses membres, dans une évidente volonté de les déstabiliser et, espèrent-ils, les faire tomber. Ce qui créerait un vide politique et un désordre social qui faciliteraient le retour aux affaires de ces nostalgiques d’un temps révolu.
La deuxième manœuvre, cousue de fil blanc, consiste à multiplier les entretiens avec les anciens symboles des régimes de Bourguiba (Mohamed Sayah, Tahar Belkhodja, Mustapha Filali…) et de Zine El Abidine Ben Ali (Hedi Baccouche, Habib Ammar, Iyadh Ouerdreni, Mohamed Ghariani, Moncer Rouissi…). Il ne manquerait plus qu'ils nous sortent maintenant les Ben Ali, Trabelsi, Chiboub et les autres.

Usurpations, récupérations et mensonges
En mettant ainsi en avant ces anciennes figures du système dictatorial mis en place par le parti Néo-Destour, dans ses deux incarnations historiques: le Parti socialiste destourien (Psd) et Rassemblement constitutionnel démocratique (Rcd), ces anciens propagandistes de Ben Ali cherchent à faire diversion, à noyer la légitimité populaire – incarnée aujourd’hui par la révolution – dans la cacophonie des usurpations et des récupérations.
Il est vrai que la Tunisie souffre aujourd’hui des conséquences du vide créé par l’ex-dictateur qui, par une politique systématique de musellement des vocations et de nivellement par le bas, n’a laissé émerger aucune formation politique, aucun leader charismatique et aucune autorité intellectuelle ou morale susceptible de peser sur l’opinion publique.
A ce vide a succédé, après la révolution, un trop plein de prétentions, d’ambitions et de mensonges. Les retournements de vestes, les reconversions et les usurpations de toutes sortes nous valent aujourd’hui des scènes pour le moins cocasses où l’on voit les anciens thuriféraires de Ben Ali et ses propagandistes attirés se transformer en révolutionnaires dont on est censé admettre, après coup et sans aucune preuve, les valeureux sacrifices et les atroces souffrances sous l’ancien régime.

Reconversions, diversions et opportunisme  
Parmi les dernières reconversions spectaculaires enregistrées, on citera celle de Ridha Mellouli, hier porte-voix de Ben Ali et pourfendeur déchaîné de ses opposants, qui s’en prend à la tribune de la Chambre des conseillers – où il a été parachuté par le même Ben Ali – au Premier ministre Mohamed Ghannouchi et aux membres de son gouvernement, tournés en dérision et raillés comme des bons-à-rien.
Quel culot? M. Mellouli prend-t-il les Tunisiens pour des idiots? Croit-il vraiment pouvoir les tromper de nouveau? Ou compte-t-il seulement sur leur amnésie?
On citera aussi l’exemple de Fatma Karray, journaliste à ‘‘Echourouq’’, révolutionnaire qui n’a pas honte de mettre sa plume aux services des dictateurs, de Saddam Husseïn, son héros de toujours, à Zine El Abidine Ben Ali, qu’elle a longtemps servi avec zèle. Mme Karray, qui se découvre aujourd’hui des élans démocratiques et libéraux, a été l’un des membres actifs du soi-disant Observatoire des élections qui a avalisé l’élection de Ben Ali, en 2004 et 2009, à près de 99% des voix. Est-ce par un retour de conscience, un retournement de veste ou pour faire diversion que Mme Karray a interviewé, cette semaine, le militant d’extrême-gauche Hamma Hammami, l’un des opposants qui ont le plus souffert de la répression de Ben Ali?
Le feuilleton des reconversions des «benalistes» en révolutionnaires de la 25ème heure ne va pas s’arrêter là. Kapitalis se fera un devoir d’en faire la chronique. 


11-02-12 - L'Obs -- [REPORTAGE] Aux portes de Tunis, les 'oubliés' du régime Ben Ali redoutent l'avenir

Les plus pauvres des Tunisois craignent toujours une reprise des violences dans le faubourg d'Entilaka, aux portes de la capitale.

Encore ivres de leur toute nouvelle liberté de parole, des Tunisois parmi les plus pauvres des pauvres du régime Ben Ali tout juste tombé il y a un mois, vivent toujours dans la crainte de violences dans leur cité aux portes de la capitale, redoutant de nouvelles instabilités.

Situé sur la route de Bizerte (nord), le faubourg d'Entilaka est un quartier populaire surpeuplé aux routes défoncées et boueuses, où se succèdent des maisons dont les travaux de construction ont été comme figés par le temps.

Une multitude de tracteurs rouillés sont garés le long de la route principale, les eaux souillées débordent des canalisations à proximité de boucheries où sont suspendus des quartiers de viandes et des têtes de vaches fendues. Les plantes vertes d'une pépinière le long de la route finissent de mourir dans leurs sacs en plastique sous un doux soleil printanier.

Ce faubourg avait été secoué par de graves affrontements entre manifestants et forces de l'ordre quelques jours avant la fuite des principaux membres de la famille Ben Ali en Arabie saoudite, à la mi-janvier. Tous les symboles du pouvoir du régime Ben Ali -municipalité, bureaux et voitures de police- avaient alors été incendiés tout comme plusieurs commerces florissants.

"Je suis un homme libre"

Aux confins d'une route en terre, Samir la quarantaine, visage buriné aux traits tendus, exprime une colère "intacte" envers le "monstre Ben Ali" qui s'est "enrichi avec sa famille" sur "le dos du peuple tunisien". "On a été oubliés pendant près de 30 ans, dit-il, on n'avait même pas de poubelles dans ce quartier, on jetait les ordures dehors devant nos maisons. On n'avait rien, rien de rien alors qu'on est tellement proches de Tunis". Il concède que le premier changement ressenti après la chute de Ben Ali a été une "délivrance psychologique" après plus de deux décennies de terreur orchestrées par les sbires de son régime, verrouillant toute liberté d'expression. "Maintenant, nous sommes tranquilles psychologiquement. On sent qu'il y aura beaucoup de changements encore et que la situation est encore instable" mais le plus important, selon lui, c'est que "l'on ne voit plus les sous-fifres de Ben Ali qui doivent être en train de se cacher sous terre".

Au volant d'un tracteur, Mohamed Neji, 43 ans, dit exulter "en tant qu'homme libre"."Il y a eu une grande amélioration" depuis un mois, car "pendant 30 ans on n'avait pas le droit de s'exprimer. Maintenant, on a la conscience tranquille même si le désordre est total ici". "Mais il n'y plus la peur, je suis un homme libre".

Pendant les quatre semaines de révoltes qui ont secoué la Tunisie et qui ont conduit à la "Révolution du jasmin", des manifestants avaient scandé "Nous n'avons pas peur" à la face d'un régime déboussolé dont les médias officiels galvanisaient la moindre apparition publique du couple Ben Ali. Ben Ali "n'a fait que voler le pays" et maintenant "il y a toujours des bandes qui pillent et ce sont le plus souvent des pauvres qui sont dans le besoin", ajoute Mohamed avant de remonter sur son tracteur.

Un groupe de jeunes femmes, certaines voilées, discutent devant l'entrée de la municipalité d'Entilaka, une majestueuse construction aux escaliers et guichets de marbre totalement incendiée et dont les sols ont été souillés. "Nous vivons dans la terreur, les enfants ne vont pas à l'école. On ne dort plus la nuit, il y a beaucoup de braquages, de pillages" et "mercredi dernier, l'armée a même ouvert le feu sur des braqueurs", confie une mère de famille.

A la sortie du faubourg, des tramways verts s'ébranlent vers la capitale. Des jeunes femmes s'attardent devant la devanture d'un magasin de robes de mariées, scintillantes mais poussiéreuses.

(Nouvelobs.com avec AFP)


11-02-13 - Le Figaro -- Ces Tunisiens sans repères qui fuient leur pays

Ces Tunisiens sans repères qui fuient leur pays

Mis à jour le 13/02/2011 à 22:31

L'incertitude économique et politique a poussé des milliers de Tunisiens à rejoindre les côtes européennes ces derniers jours. L'Italie a proclamé samedi l'état d'urgence humanitaire.

La petite île italienne de Lampedusa se sent dépassée. En cinq jours, ce sont environ 5000 immigrants, pour la plupart Tunisiens, qui y ont débarqué, selon les garde-côtes italiens. Sur la seule nuit de samedi à dimanche, un millier de personnes sont arrivées illégalement. «La situation est difficile», a reconnu le commandant du port de Lampedusa Antonio Morana, «les débarquements se poursuivent à un rythme incessant».

L'incertitude économique et politique règne toujours en Tunisie, alors que le pays s'apprête à fêter lundi son premier mois depuis la chute du régime de Ben Ali. Le gouvernement de transition reste sous forte pression sociale et politique. Les inquiétudes liées à la reconstruction ont poussé des milliers de Tunisiens à fuir leur pays et à tenter de rejoindre clandestinement les côtes européennes. Un voyage qui n'est pas sans risque. Un jeune Tunisien s'est noyé et un autre était porté disparu samedi, après le naufrage d'une barque transportant 12 immigrants, a rapporté l'agence tunisienne TAP.

État d'urgence en Italie

Face à cette vague d'immigration, l'Italie a proclamé samedi l'état d'urgence humanitaire. La veille, elle avait demandé l'aide de l'Union européenne et «le déploiement immédiat d'une mission Frontex d'interceptation et de patrouille au large des côtes de Tunisie pour le contrôle des flux», mettant en garde contre le risque d'une «crise humanitaire». La proclamation de l'état d'urgence permet notamment l'utilisation rapide de ressources financières spéciales. Les immigrants tunisiens recevront de l'aide «mais ils ne peuvent pas rester sur le territoire italien», a souligné le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, indiquant qu'ils seront rapatriés.

Dimanche, le ministre italien de l'Intérieur Roberto Maroni, membre du parti anti-immigrés et populiste de la Ligue du Nord, a assuré qu'il allait demander le déploiement de policiers italiens en Tunisie pour tenter d'empêcher les nombreux départs d'immigrants clandestins depuis ce pays. Une inférence «inacceptable» pour Tunis, qui «refuse le déploiement de soldats étrangers sur son territoire».

Selon le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), certains de ces immigrants «fuient la pauvreté et les grèves», d'autres «ont demandé l'asile politique», et enfin, quelques-uns «disent qu'ils ve ulent juste attendre et voir ce qui se passera en Tunisie». Pour les autorités tunisiennes, la bonne marche de la transition politique dépend en premier lieu de la relance de l'activité économique. C'est pourquoi elles ont multiplié les appels à la communauté internationale pour un soutien à l'économie du pays.

La nécessaire relance de l'économie

Le secteur touristique, qui couvre 60% du déficit de la balance commerciale et représente 6,5% du PIB tunisien, a été particulièrement touché par les semaines de chaos qui ont précédé la chute de Ben Ali et le flou qui a suivi. Sur 10 millions d'habitants, il emploie plus de 350.000 personnes. Cette semaine, le nouveau ministre du Tourisme, Mehdi Houas, faisait état d'une chute de 40% des chiffres du tourisme pour le mois passé (entrées et recettes), par rapport à janvier 2010.

La situation devrait toutefois s'améliorer, avec le retour progressif des touristes dans certaines régions. Samedi, la France a ainsi levé ses restrictions de voyages vers des villes côtières tunisiennes et l'île de Djerba. L'Allemagne va aussi donner son feu vert pour les zones balnéaires de la côte est, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle, cité par la télévision tunisienne.

Restent à régler les problèmes de fond de l'économie tunisienne : une masse de chômeurs diplômés (20% des sans emplois); un client principal, l'Europe (77% des exportations), qui va mal ; de nouveaux concurrents asiatiques qui cassent les prix, notamment dans l'industrie du textile. Après 24 ans de règne de Ben Ali, la Tunisie se caractérise «par le nombre extrêmement faible de grandes (0,4 % du total des entreprises) et même de moyennes entreprises (0,3 % ou 1,7 %)», relève Béatrice Hibou, économiste au CERI-Sciences Po. Enfin, selon de nombreux observateurs, la corruption devrait survivre à la dictature, bien qu'à une moindre échelle. Un contexte qui est «peu propice aux investissements», prévient Jean-Raphaël Chaponnière, économiste à l'Agence française pour le développement (AFD).

(Avec agences)


11-02-13 - Le Monde -- Démission du ministre des affaires étrangères tunisien


Démission du ministre des affaires étrangères tunisien

Le Monde.fr avec AFP Le 13.02.2011 à 13h34 • Mis à jour le 13.02.2011 à 14h13

Ahmed Ounaïes, épinglé pour ses propos sur la révolution tunisienne et sa "déclaration à MAM", a présenté sa démission du gouvernement de transition tunisien, dimanche 13 février. Crédits : REUTERS/STR

Le chef de la diplomatie tunisienne, Ahmed Abderraouf Ounaïes, a présenté sa démission au gouvernement de transition, a indiqué dimanche 13 février l'agence officielle tunisienne TAP, citant un communiqué du ministère.

Le ministre, qui avait intégré le 27 janvier le gouvernement remanié de Mohamed Ghannouchi, avait été épinglé pour ses propos sur la révolution tunisienne et sa "déclaration à MAM". En visite le 4 février à Paris, M. Ounaïes n'avait pas tari d'éloges sur son hôte, Michèle Alliot-Marie. "J'aime écouter Mme Alliot-Marie en toutes circonstances et dans toutes les tribunes", avait affirmé cet ambassadeur à la retraite de 75 ans.

M. Ounaïes avait salué en elle "avant tout une amie de la Tunisie", alors que "MAM" était sommée au même moment de s'expliquer en France pour avoir bénéficié des largesses d'un grand patron tunisien lié en affaires avec le clan Ben Ali et pour avoir proposé au régime vacillant de Ben Ali le "savoir-faire" des policiers français au moment où la répression battait son plein.

Depuis cette visite, M. Ounaïes n'avait quasiment pas exercé ses fonctions de chef de la diplomatie.
Le 7 février, il avait été chahuté par des fonctionnaires des affaires étrangères qui manifestaient devant et dans l'enceinte de son ministère en réclamant son départ immédiat après ses propos tenus à Paris. Il avait alors pris ses affaires et quitté le ministère.


11-02-15 - Le Monde -- L'Etat d'urgence prolongé et le couvre-feu levé en Tunisie


L'Etat d'urgence prolongé et le couvre-feu levé en Tunisie

LEMONDE.FR avec AFP | 15.02.11 | 14h58  •  Mis à jour le 15.02.11 | 15h57


Manifestations pour la Saint-Valentin à Tunis, le 14 février.AFP/HICHEM

Les autorités tunisiennes ont levé définitivement le couvre-feu, a annoncé le ministère de l'intérieur cité par l'agence officielle TAP. En revanche, l'Etat d'urgence est prolongé "pour éviter tout ce qui peut nuire à la sécurité du pays et pour assurer la sécurité des citoyens et la protection des biens publics et privés". Le ministère de l'intérieur a appelé la police, outil de répression de Ben Ali, à la vigilance face aux "tentatives désespérées" de créer une discorde avec l'armée, qui a contribué à faire chuter l'ancien régime.

La communauté juive de Tunisie a de son côté exprimé son inquiétude au gouvernement de transition après des incidents devant la grande synagogue de Tunis, a indiqué mardi à l'AFP son président, Roger Bismuth. Les autorités ont condamné le même jour les agissements d'extrémistes devant des lieux de culte et les slogans hostiles aux religions incitant à la violence, selon un communiqué du ministère de l'intérieur.

HAUSSE DE L'INSÉCURITÉ

L'Etat d'urgence avait été décrété le 14 janvier juste avant la chute du président Zine El Abidine Ben Ali. Le couvre-feu était en vigueur depuis le 12 janvier alors que la contestation contre son régime était à son apogée. Il avait depuis été allégé. Plusieurs actes de vols et attaques à main armée ont été rapportés dans le pays depuis ce jour-là.



11-02-17 - Libération -- Tunisie «Avant, on aurait été arrêtés pour avoir parlé de départ»

17/02/2011 à 00h00

Tunisie: «Avant, on aurait été arrêtés pour avoir parlé de départ»

Reportage

A El Haouaria, ville la plus proche de l’Italie, les migrants se pressent pour tenter de quitter le pays et trouver «le rêve : un travail, une femme, une maison».

Par VÉRONIQUE SOULÉ Envoyée spéciale à El Haouaria (Tunisie)


Des migrants débarqués à Lampedusa en Italie, le 13 février dernier. (REUTERS)

«Si on trouve un moteur, c’est sûr, on part ce soir» : Mohamed, 20 ans, a déjà raté un départ pour l’Italie la semaine dernière. Avec d’autres jeunes sans emploi, comme lui, ils avaient prévu de prendre le large ensemble pour la Sicile depuis El Haouaria, petite ville côtière en face de l’Italie. Mais des copains l’ont grillé. Lorsqu’il est arrivé au lieu de rendez-vous en bas de la falaise, le bateau était loin.

Cette fois, pas question de rater sa chance. Mohamed et un nouveau groupe de candidats au départ ont caché une petite embarcation dans la forêt alentour. Ils cherchent maintenant à se procurer un moteur. A 1 800 dinars (900 euros), il est hors de question d’en acheter un. Mohamed, qui a arrêté une formation d’électromécanicien et vit de petits boulots, pense pouvoir en retaper un vieux. Signe des temps nouveaux, il parle de ses projets tout haut dans un café, sans peur des mouchards.

Boom. El Haouaria, ville de 10 000 habitants aux petites maisons blanches et aux ruelles escarpées, dans une région agricole plutôt pauvre, est l’un des points de départ des Tunisiens en mal d’émigration. Située sur la pointe avancée de la péninsule du cap Bon, elle a un avantage sur les autres : c’est la ville la plus proche de l’Italie, à soixante-quatre kilomètres à vol d’oiseau de la Sicile.

Comme la plupart de ces villes côtières, El Haouaria a connu ces dernières semaines un boom du nombre de fuyards. Le brusque vent de liberté après les années de peur, l’effondrement brutal de l’autorité - les policiers d’El Haouaria se sont volatilisés -, la misère persistante : tous ces éléments ont redonné un nouvel élan à l’émigration. Dans la petite ville où les cafés sont pleins d’hommes désœuvrés, on estime à 700 le nombre de personnes ayant fui depuis le 14 janvier, jour de la «révolution de jasmin».

Tout a commencé la nuit du 14 au 15 janvier. Comme dans toute la Tunisie, la journée a été historique à El Haouaria. Vers 11 heures du matin, comme chaque fois que le Président fait un grand discours, les «ben alistes» locaux sortent dans les rues et appellent la population à manifester son soutien. Mais, cette fois, ça ne marche pas. Les habitants bloquent le cortège des partisans du régime. «Ben Ali dégage», hurlent-ils. Surpris par le nombre, les «ben alistes» se retirent.

Plus tard dans la nuit, des habitants prennent d’assaut la fourrière en plein air où les forces de l’ordre entassaient depuis des années les embarcations saisies des fuyards. Toute la journée du 15, se souvient Hakim, prof d’arabe au lycée local et militant syndicaliste, «on a vu dans les rues des gens tirant des charrettes avec dessus des barques, des Zodiacs ou des hors-bord, certains avec des moteurs, d’autres non. Ils rigolaient et s’interpellaient entre eux : "Tu vas où, toi, à Lampedusa ou en Sicile ?" Avant, on aurait été arrêtés pour le simple fait d’avoir parlé de départ.»

Dans les jours qui suivent, le commissariat de police, symbole honni de la répression, est incendié. Il n’en reste aujourd’hui que des murs calcinés. Les deux banques de la ville brûlent aussi, avec leurs distributeurs de billets. Des habitants s’en prennent enfin au centre de perception fiscale et à la mairie. Depuis, le maire se terre, tout comme le délégué (le représentant du gouverneur régional).

«Chaviré». Inimaginable trois jours plus tôt, les fuyards partent en plein jour. Alors qu’avant il fallait payer entre 1 000 et 2 000 dinars (500 à 1 000 euros) un passage clandestin de nuit, le trajet est maintenant gratuit. Et il est quasiment sans risque côté tunisien. Les indics de la police se sont faits tout petits. Les policiers ont désormais peur de se montrer. Seuls quelques militaires en armes assurent l’ordre à El Haouaria. Autour de la ville, les riches propriétaires font garder leurs fabriques de conserves de poissons ou de tomates par des chasseurs, 50 dinars la nuit. «Que voulez-vous je fasse avec les moyens que j’ai ? se lamente Chihab, un grand moustachu qui est le chef local de la garde nationale chargée de la surveillance maritime. Pour contrôler 45 kilomètres de côtes, j’ai cinq hommes en tout, mon vieux 4x4, trois quads et un Zodiac de 115 chevaux seulement.» Malgré tout, Chihab assure avoir «arrêté trois opérations ces dernières semaines». «J’ai capturé quatre fuyards dans une petite embarcation et six dans une autre, précise-t-il. Lors de la troisième opération, malheureusement, la barque a chaviré : il y a eu deux morts et nous avons récupéré quatre survivants.»

Le chef de la garde nationale, une des multiples forces de l’ordre de la dictature, est venu tout sourire à notre rencontre. En poste depuis six ans, il est considéré comme un suppôt de l’ancien régime. «C’est pour cela qu’il veut jouer l’homme ouvert», rigole Hakim, le prof d’arabe. Selon lui, les deux militaires qui l’accompagnent seraient «surtout là pour le protéger de la vindicte populaire».

A 16 ans, Rami, un lycéen au bonnet rayé de marin vissé sur la tête, assure avoir déjà fait trois faux départs en mer, avec des barques récupérées. Deux fois, un moteur est tombé en panne. La troisième fois, le hors-bord s’est fendu à un endroit. Lui aussi assure avoir caché une barque et chercher un moteur avec ses copains. S’il part, c’est pour «le rêve : un travail, une femme, une maison».

Mohamed, lui, veut simplement «mieux vivre et goûter aux plaisirs de la vie». Dans la région, il n’y a guère que la pêche et un peu d’agriculture. Mais «la pêche ne tourne que quatre mois par an, quand le vent n’est pas trop fort, dit-il, et les bancs de poissons sont épuisés». Avec la révolution, il espère que les choses vont s’arranger. «Mais cela prendra du temps, ajoute-t-il, et il y a des régions plus pauvres que la nôtre qui auront la priorité.»

«Richards». En terminale, Jamael a trois cousins âgés d’une vingtaine d’années qui sont partis ces dernières semaines. L’un était maçon, l’autre cartographe, le dernier sans emploi. D’après lui, ils ont été «bien accueillis en Italie», et un seul se trouve encore dans un centre. «Mais moi, je reste et je vais passer le bac, dit-il. Avant, on disait : "Etudes ou pas, il n’y a pas d’avenir ici." Mais aujourd’hui je voudrais essayer de faire quelque chose pour mon pays.» Difficile de dire si le flot se tarira. En Tunisie, il y a toujours eu des candidats au départ, fuyant la misère. «Ici, il y a des richards qui ont amassé des milliards et les autres, comme nous, en dessous du seuil de pauvreté», résume Chaker, 39 ans, marin et chômeur qui a tenté l’Italie en 1994 avant d’être renvoyé au bout d’un mois. Beaucoup savent que cela ne changera pas du jour au lendemain.

Hakim se désole de l’image renvoyée à l’étranger par ces flots d’émigrants : «Cela salit notre révolution.» A El Haouaria, le 18 décembre, il était parmi la cinquantaine de courageux descendus dans la rue en soutien au vendeur ambulant qui s’est immolé par le feu, déclenchant le processus de la révolution. «Peut-être que cela prendra du temps pour que l’on vive mieux, reconnaît-il, mais pour moi rien n’est déjà plus comme avant : je sens la liberté, la liberté à l’intérieur.»

Version papier: Photos Johann Rousselot.

 

11-02-18 - Le Monde -- un prêtre égorgé, des islamistes attaquent un lieu de prostitution


Tunisie : un prêtre égorgé, des islamistes attaquent un lieu de prostitution

LEMONDE.FR avec AFP | 18.02.11 | 22h08  •  Mis à jour le 19.02.11 | 09h00

L'insécurité et le risque de poussée intégriste en Tunisie ont été illustrés, vendredi 18 février, par le meurtre d'un prêtre polonais retrouvé égorgé "par des extrémistes", aux dires des autorités, et l'attaque d'une rue fréquentée par des prostituées par des islamistes qui voulaient incendier une maison close.

Le prêtre, âgé de 34 ans, a été retrouvé mort égorgé dans une école privée de la région de Manouba. C'est "un groupe de terroristes fascistes ayant des orientations extrémistes qui est derrière ce crime, compte tenu de la façon dont il a été assassiné", a indiqué le ministère de l'intérieur dans un communiqué sans préciser s'il visait là des islamistes.

Marek Rybinski a été retrouvé égorgé dans le garage d'une école religieuse privée où il était chargé de la comptabilité. Il a été agressé avant d'être égorgé, précise le ministère cité par l'agence officielle TAP. C'est le premier meurtre à la fois d'un religieux et d'un étranger depuis la chute du régime de Ben Ali, le 14 janvier.

"NON AUX LIEUX DE PROSTITUTION DANS UN PAYS MUSULMAN"

Une poussée de fièvre islamiste avait surgi dans l'après-midi à Tunis : des dizaines d'islamistes ont assailli une rue où travaillent des prostituées. "Des islamistes ont tenté d'entrer dans la rue Abdallaah Guech pour l'incendier", a déclaré à l'AFP un policier tunisien sous couvert de l'anonymat. Une des principales maisons closes de Tunis est située dans cette rue proche de la Medina.

"Des habitants les ont empêchés de rentrer dans cette rue jusqu'à l'arrivée des agents des forces de l'ordre qui ont bloqué l'entrée en interdisant tout passage. Ils ont ensuite réussi à disperser ces manifestants", a ajouté le policier. Les islamistes avaient auparavant manifesté dans le centre-ville en criant : "Non aux lieux de prostitution dans un pays musulman".

La semaine dernière, la communauté juive de Tunisie avait exprimé son inquiétude au gouvernement après des incidents antisémites devant la grande synagogue de Tunis.

Conscient du vide sécuritaire prévalant depuis la chute du régime, le gouvernement avait décidé la semaine dernière de rappeler des réservistes partis à la retraite depuis cinq ans qui ont rejoint l'armée mercredi. Le gouvernement est confronté chaque jour à l'instabilité avec de nombreux braquages à main armée, des manifestations de Tunisiens réclamant désespérément une aide sociale et à l'immigration clandestine de milliers de personnes parties chercher un emploi en Europe.

11-02-18 - Libération -- Tunisie le gouvernement annonce des aides sociales d'urgence


18/02/2011 à 17h47

Tunisie: le gouvernement annonce des aides sociales d'urgence

Allocations, titularisations... le gouvernement de transition de Mohamed Ghannouchi tente de répondre à la colère sociale qui persiste après la chute de Ben Ali.

Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi à l'Assemblée le 2 février. (REUTERS)

Le gouvernement tunisien de transition a annoncé vendredi une série de mesures sociales d’urgence, un peu plus d’un mois après la chute du régime de Ben Ali provoquée au départ par des revendications sociales, selon son porte-parole.

Le gouvernement a annoncé que 50.000 familles supplémentaires allaient recevoir des allocations destinées aux plus démunis et défavorisés, ce qui bénéficiera au total à 185.000 familles, a indiqué Taieb Baccouch. Cette mesure entrera en vigueur au mois d’avril. Le gouvernement va également accorder 25.000 cartes de soins gratuits supplémentaires.

Il a également été décidé de titulariser des ouvriers de chantier travaillant en permanence depuis 2000 dans les services publics et de leur accorder le salaire minimum industriel garanti aux ouvriers, a dit Taieb Baccouch.
Ces mesures annoncées lors du troisième conseil des ministres du gouvernement transitoire répondent à des demandes immenses de la population.

Des grèves organisées ou spontanées ont paralysé plusieurs secteurs économiques depuis la fuite du président Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier, et la grogne sociale continue de monter dans les catégories les plus défavorisées de la population.

Le gouvernement de transition de Mohamed Ghannouchi a multiplié les appels à la population, avertissant que le pays risquait de «s’écrouler» si les débrayages massifs et manifestations parfois émaillées de violences se poursuivaient.

La révolte contre le pouvoir avait débuté à Sidi Bouzid (centre-ouest) après le suicide mi-décembre de Mohamed Bouazizi, un jeune chômeur de 26 ans empêché d’exercer comme marchand ambulant par les forces de l’ordre et devenu le symbole de l’exaspération des jeunes dans ce pays où le chômage touche près de 30% des jeunes.
Les émeutes avaient progressivement pris un tour politique, s’étaient étendues à tout le pays et avaient gagné la capitale, touchant les élites bourgeoises.

(Source AFP)

11-02-20 - TUNISIA Watch -- Tunisie manifestation contre le gouvernement, messe pour le prêtre égorgé


20/02/2011 | 20:20


TUNIS — Des milliers de Tunisiens ont manifesté dimanche à Tunis pour réclamer la démission du gouvernement de transition de Mohamed Ghannouchi, après une nouvelle semaine d’instabilité marquée par le meurtre d’un prêtre polonais à la mémoire duquel une messe a été célébrée.

Au cri de « Gouvernement de Ghannouchi Dégage », quelque 4.000 personnes ont manifesté devant la Kasbah, siège de la Primature, reprenant le slogan de la révolution qui a provoqué la chute de l’ancien régime, « Ben Ali Dégage ».

Dans une ambiance bon enfant, surveillés de loin par l’armée et la police qui avaient déployé deux blindés et des hélicoptères, hommes, femmes, enfants ont réclamé le changement de la plupart des institutions.

« Démission du Premier ministre, Assemblée constituante, Indépendance de la justice », « Dissolution du Parlement », « Dissolution des commissions » (l’une des commissions est chargée de la réforme électorale), pouvait-on lire sur des pancartes.

« Ils nous prennent pour des dupes. Tous les membres du Parlement et des conseils de région ont été élus par l’ancien régime, la Constitution a été réformée par l’ancien régime », a déclaré Sami Ben Moumen, médecin de 30 ans.

Mohamed Ghannouchi a été le Premier ministre de Zine El Abidine Ben Ali de 1999 jusqu’à sa chute le 14 janvier.

Après la formation d’un gouvernement d’union nationale le 17 janvier, dans lequel l’équipe sortante avait conservé la majorité des postes, et face aux manifestations, M. Ghannouchi avait finalement remanié le gouvernement, épuré des principaux caciques de l’ancien régime, le 27 janvier.

Depuis, des élections libres ont été annoncées pour dans six mois mais le pouvoir de transition n’a pas fixé de date ni donné de précisions sur le type de scrutins qu’il comptait convoquer.

Pour tenter d’apaiser les tensions sociales, le gouvernement a annoncé vendredi de premières aides sociales d’urgence. Et pour pallier le vide sécuritaire, des réservistes ont rejoint l’armée mercredi.

Mais l’insécurité s’est à nouveau illustrée vendredi avec la découverte d’un prêtre polonais Marek Rybinski, 34 ans, retrouvé égorgé dans le hangar d’une école privée à Manouba (près de Tunis) où il était responsable financier.

Environ 200 Tunisiens, Polonais, Africains ont assisté dimanche à une messe célébrée à La Goulette (près de Tunis) à la mémoire du prêtre catholique, en présence de l’ambassadeur de Pologne en Tunisie Krzysztof Olendzki et de l’évêque de Tunis Lahham Maroun.

« Il nous manquera beaucoup », a déclaré le père français Jordi Llambrich à l’assistance qui avait pu voir le visage de Marek Rybinski, jeune homme moderne en survêtement avec capuche, sur une photo dressée à l’entrée de l’église Saint-Fidèle Saint-Augustin de cette ville-port connue pour la coexistence entre les communautés.

Dans la matinée, l’évêque de Tunis Lahham Maroun avait rencontré le Premier ministre qui l’avait « assuré de son engagement personnel ainsi que de celui de son gouvernement à déterminer rapidement les causes » du meurtre, selon l’ecclésiastique.

Les autorités ont attribué le meurtre de Marek Rybinski à des « extrémistes (…) compte tenu de la façon dont il a été assassiné », laissant entendre qu’il s’agissait d’islamistes. Mais de nombreuses personnes ont estimé que cela pouvait aussi être le fait de personnes restées fidèles à Ben Ali.

Vendredi, des islamistes radicaux avaient tenté de mettre le feu à une rue de prostituées, provoquant le lendemain une manifestation pour défendre une « Tunisie laïque ».

Le gouvernement doit aussi toujours faire face au départ d’immigrés clandestins vers l’Europe.

Une quarantaine ont encore été interceptés cette semaine (13 dimanche) au large de l’île italienne de Lampedusa. Près de 5.500 les avaient précédés la semaine dernière créant des tensions entre Rome et Tunis.

A la frontière entre la Tunisie et la Libye, des Tunisiens ont caillassé dimanche une dizaine de voitures de Libyens. (AFP – 20 02 2011)


11-02-21 - Nouvel Obs -- [REPORTAGE] La révolution tunisienne n'est pas terminée


21/02/11 13:12


Les manifestants étaient toujours dimanche à la Kasbah, à Tunis, avec les mêmes revendications, les mêmes besoins de liberté, les mêmes slogans…


Alors que l'attention s'est désormais tournée vers les mouvements de contestation en Libye ou au Maroc, les Tunisiens n'ont pourtant pas déposés leurs pancartes, dimanche 20 février. Au son des slogans chantés à tue-tête, ils étaient quelque 5.000 à la Kasbah à Tunis dans l'après-midi à refuser la tournure qu'a pris leur mouvement de contestation et à réclamer une Assemblée constituante. Pour tous ceux qui se sont déplacés, leur révolution a été volée.


"Annuler la constitution, c'est un devoir", "Instituer un régime parlementaire, c'est un devoir" ou encore "Où sont les promesses pour les martyrs et la protection de la constitution ?"... tels étaient les slogans chantés par les manifestants, bien décidés à ne pas se faire déloger. "On ne sent rien de concret depuis le départ de Ben Ali", affirme Omri Marwa, une manifestante. "Nous ne voulons pas les anciennes figures du régime et en particulier Ghannouchi. Nous avons manifesté pour qu'ils soient jugés et aujourd'hui beaucoup sont en liberté", affirme cette jeune femme qui soutient le mouvement pacifique qui s'exprime ce dimanche. Un mouvement que les soutiens du régime actuel voient comme l'action d'ultra-radicaux.


Des personnes indépendantes

 

"Comment se fait-il qu'on poursuive Trabelsi, le gendre de Ben Ali, pour fraude fiscale seulement avec toute la corruption et les vols qu'il a mis en place", souligne un jeune homme qui l'accompagne. "Il faut juger les anciennes figures du régime pour ce qu'ils ont fait", dit-il avant de souligner qu'à son avis "Ghannouchi ne peut pas être resté autant de temps auprès de Ben Ali et n'avoir rien à se reprocher". "Il y a assez de personnes indépendantes aux mains propres pour le remplacer", assène-t-il.

Les manifestants échangent leur point de vue par petits groupes ou se relaient pour bloquer par leur présence les chars de l'armée dont ils redoutent le départ.

"Hier, au journal de 20h, on nous a menacés en affirmant que cette manifestation n'était pas autorisée", confie Omri Marwa. "On nous jette comme ça à la télévision que nous n'avons pas le droit de manifester, c'est pour cela que nous avons peur de la répression ce soir", dit-elle alors que la nuit est tombée. "Nous retenons donc les chars de l'armée qui eux sont là pour nous protéger. S'ils reçoivent l'ordre de partir, alors nous saurons que les BOB [brigades anti-émeutes, ndlr] seront sur le point de venir opérer leur répression".

 

Un goût d'inachevé

 

Plusieurs personnes sont parties chercher leur sac de couchage. La nuit s'organise. Les manifestants ont décidé de rester jusqu'au lendemain pour marquer leur détermination à faire comprendre leurs revendications. "On nous ment encore", souligne une manifestante qui demande à rester anonyme. "L'Egypte va avoir une nouvelle constitution en dix jours et nous rien, nous n'avons même pas de date pour une élection présidentielle", regrette-t-elle. "Notre révolution a un goût amer d'inachevé".

Les chants ne s'arrêtent pas. La bonne humeur ne se tarit pas en ce début de soirée, malgré les craintes pour le présent et pour l'avenir proche. "On veut nous diviser", affirme un jeune journaliste au chômage. "Le nouveau pouvoir en place agite le chiffon rouge de l'islamisme pour nous faire peur et calmer les demandes de changement", explique-t-il. "Nous préfèrerions que les vrais problèmes, comme la dissolution nécessaire du RCD, la libération des prisonniers politiques, ou les aides aux personne démunies soient abordés".

Petit à petit, quand même, le nombre de personnes dans le froid de la Kasbah se restreint. Pour des raisons logistiques, des raisons de motivations, pour des raisons de fond aussi. Car certains redoutent une récupération politique de l'événement…


11-02-22 - Libération -- A Tunis, maintenant, tu te gares où tu veux


22/02/2011 à 12h22

«A Tunis, maintenant, tu te gares où tu veux»

De notre envoyée spéciale

(V.S.)

Notre envoyée spéciale Véronique Soulé était en Tunisie la semaine dernière. De Tunis à la côte, instantanés de la vie post-Ben Ali, un mois après la chute du dictateur.

« On se retrouve à la manif ? » « Oui mais laquelle ? »

Samedi dernier, comme tous les week-ends depuis la chute de Ben Ali le 14 janvier, les manifs se succédaient dans le centre de Tunis. Avec le risque de s’y perdre…

Avenue Bourguiba, cela commençait à midi avec le rassemblement devant l’ambassade de France pour réclamer la démission de Boris Boillon.

Pour son arrivée, le fringant ambassadeur de 41 ans, un protégé de Sarkozy, n’avait pas trouvé mieux que d’envoyer promener deux journalistes tunisiennes. La première lui posait des questions «débiles». Quant à la seconde, il l’a plaquée en pleine interview radio…

A 13 heures, suivait une manif en soutien à la laïcité. Des centaines de personnes – beaucoup de jeunes,  des cheveux blancs aussi – y participaient, inquiètes des récentes actions de radicaux islamistes – manif devant l’ambassade d’Israël, pressions pour faire fermer les maisons de passe, etc. «La Tunisie est à toi, la Tunisie est à moi, la Tunisie est laïque !» scandent les manifestants.

Les Tunisiens ont une fringale de manifs. Chacun confectionne ses pancartes, invente des slogans, dessine parfois autour.

«A Tunis, tu te gares où tu veux»

Vendredi 18 heures 30, nous sommes en retard au rendez-vous avec la secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur. Mon accompagnateur tunisien, un prof d’économie, se gare allègrement sur le trottoir d’en face. Mais si on reste deux heures, est-ce que ce n’est pas risqué ? «Pas du tout, réplique-t-il, la société qui mettait des sabots appartenait à la Famille (celle de Ben Ali ou celle de sa femme Leila, détestée et insatiable en affaires). Depuis le départ du dictateur, on ne sait pas ce qu’elle est devenue Donc, pour le moment,  il n’y a plus rien à craindre.»

La secrétaire d’Etat, esseulée dans ses locaux en ce début de soirée, n’avait pas fait attention à l’heure. Depuis sa nomination, c’est elle qui fait la fermeture, autour de 22 heures.

«Un jour sur deux, je n’arrive pas à entrer dans mon bureau»

Comme tous les membres du gouvernement de transition, Sami Zaoui doit faire face à une avalanche de demandes et de revendications. Secrétaire d’Etat aux nouvelles technologies, cet ancien élève de l’ESCP – une des principales écoles de commerce parisiennes - trouve régulièrement à son arrivée le matin des petits groupes de manifestants ou de grévistes, réclamant des titularisations, des hausses de salaires... Comme ses collègues, il comprend – tant d’années sous la botte, une corruption éhontée au sommet, la pauvreté à la base. Mais pour travailler, cela lui complique la vie.

Certains ministères, assaillis, ont ouvert des cahiers de doléances, et des équipes de bénévoles se sont constituées pour écouter les demandeurs, répertorier les problèmes, etc.

Dans la  presse, des voix s’inquiètent de ce tumulte permanent alors qu’il faudrait, en priorité, relancer l’économie: «Dégager oui, puis travailler».

«Maintenant, tu peux construire ta maison où tu veux»

«Là, sur la plage, il y en a un qui a commencé à construire. Sans rien demander, il s’est installé et a apporté des briques»: dans la petite ville côtière d’El Haouaria, comme partout en Tunisie, les policiers se sont volatilisés après la fuite de Ben Ali. La plupart du temps, ils ont retiré leurs uniformes et sont restés chez eux, histoire de se faire oublier. Ils commencent à réapparaître ces derniers temps, nettement plus aimables qu’avant, d’après les Tunisiens. Des militaires les ont plus ou moins remplacés pour assurer l’ordre. Mais ce n’est pas pareil. Et certains en profitent. Un peu partout, y compris à Tunis, on signale des constructions spontanées, ou des tentatives de récupérations de biens expropriés par la Famille.

«A Sedjenane, le grand souk a repris le jeudi»

«Pendant près d’un mois, les gens des alentours ne venaient plus. Ils avaient peur. C'est seulement le deuxième jeudi que le grand souk se tient normalement», explique un prof au lycée local. A Sedjenane, petite ville oubliée de l’ouest tunisien, la vie reprend son cours. Dès sept heures du matin, les petits vendeurs de chaussettes ou de vêtements d'enfants d'occasion, les petits agriculteurs, ont installé leurs échoppes. Impossible de circuler en voiture dans le centre.

Comme partout, le commissariat a été incendié. Mais la ville n’a pas connu trop de violences. Une seule fois, un flic s’est fait tabasser en public par un homme qu’il avait harcelé. «Pas question de règlements de comptes, on y perdrait tous», disent les hommes au café. Devant des capucins (petits crèmes) ou des thés à la menthe, ils ont constitué un comité de défense des employés sans travail. Ils cherchent un local mais ils n'y a plus de responsable en place dans la ville. Alors ils attendent, ils espèrent.


11-02-23 - JeuneAfrique_com -- Ettadhamen, cité martyre de Tunisie

Ettadhamen, cité martyre de Tunisie

23/02/2011 à 16h:29 Par Frida Dahmani, à Tunis

Poche de misère emblématique, ce quartier populaire de la périphérie de Tunis a payé un lourd tribut à la révolution. Mais ses habitants se sentent aujourd’hui abandonnés de tous. Reportage. Tout le monde a vu Hénia à la télé. Il y a trois semaines, Al-Jazira a diffusé les images de cette mère hurlant sa douleur devant le catafalque de son fils. Depuis, de grosses larmes silencieuses ne cessent de rouler sur ses joues rondes et brunes. Elle exhibe une photo froissée de Hichem, torse nu, une étoile écarlate sur la poitrine. Unique soutien d’une famille de six personnes, il a été tué d’une balle en plein cœur, le 13 janvier. « Il rentrait du boulot. Il avait appelé pour dire qu’il y avait du grabuge et qu’il fermait boutique. Avec les barrages sur la route, il a préféré prendre un raccourci. En débouchant d’une rue, il a reçu une balle tirée sans sommation par des policiers, en plein jour…, marmonne Khaled, le fils aîné, en serrant sa mère dans ses bras. Hichem, Khaled, Qays… Le quartier a eu trois martyrs en une journée. Dans notre rue, les cortèges funèbres se succédaient pendant que le pays faisait la révolution… »


Mères courage


Le tribut payé par le quartier d’Ettadhamen, enclave populaire dans la proche périphérie de Tunis, est très lourd et ne quitte plus les mémoires, au point que l’on s’échange encore, dans un élan morbide, les photos et les vidéos des victimes. « Il y avait des milliers de personnes à son enterrement, mais aujourd’hui, qui se demande ce que nous allons devenir ? poursuit Khaled, avec un mélange de révolte et de résignation. Je suis au chômage. Avant, j’étais sculpteur sur stuc, mais ce n’est plus à la mode. J’ai cherché d’autres formations, en vain. Je veux bien me reconvertir, mais si on ne m’oriente pas, si on ne me forme pas, comment faire ? »


Les cités populaires autour de la capitale sont autant de foyers de violence potentiels. Il a suffi qu’Ettadhamen s’enflamme pour que, à leur tour, les quartiers de Helal, Ezzouhour, Ezzah­rouni, Kabaria, Douar Hicher s’embrasent. À partir du 12 janvier, quand le mouvement de contestation a gagné les zones urbaines, des hordes de jeunes, venus d’autres quartiers, ont mis la cité à sac. Situé à sept kilomètres du centre de Tunis, Ettadhamen, version maghrébine des favelas, abrite 200 000 personnes, originaires principalement du Nord-Ouest, qui ont troqué la misère rurale contre la précarité urbaine. Le quartier est à lui seul une petite ville où l’indigence se drape dans de longues robes et des fichus, et s’abrite dignement derrière des constructions anarchiques aux murs à peine cimentés qui ne verront sans doute jamais un coup de peinture. « Je penserai à peindre quand ma fille se mariera, dit Mounir, un chauffeur de taxi. J’ai le temps, elle n’a que 9 ans. » Il n’a surtout pas les moyens ; entre l’entretien du taxi et les bénéfices qu’il partage avec un associé, ce père de quatre enfants dégage à peine 10 euros par jour. « On achète les yaourts à la pièce et le beurre par 50 g », dit-il. S’il a du mal à joindre les deux bouts, il fait néanmoins partie des plus chanceux. Vérolé par la pauvreté et le chômage, le quartier est sous l’emprise de la violence et des trafics en tout genre, d’où sa mauvaise réputation. Pourtant, de jour, rien ne transparaît ; les gens vaquent tranquillement à leurs occupations, comme partout ailleurs. Les femmes y sont pour beaucoup, qui se sont lancées dans diverses activités, gèrent de modestes commerces et pratiquent des petits métiers pour subvenir aux besoins de leurs familles. Elles ont ainsi érigé un rempart diurne masquant la délinquance.


Bénie soit la microfinance


Depuis près de vingt ans, les petites gens d’Ettadhamen ont cependant leur bouée de sauvetage : Enda inter-arabe, une institution de microfinance. En s’installant dans la cité, elle leur a redonné confiance en leur capacité d’entreprendre et permis de monter de petits projets. Si bien que, au plus fort des émeutes, les habitants du quartier ont défendu les locaux de cet organisme aux cris de « C’est à nous ! Pas touche ! On ne mord pas la main qui nous a été tendue ! » Aujourd’hui, Enda inter-arabe, qui a octroyé, en Tunisie, plus de 600 000 crédits à quelque 200 000 clients, se met aussi à l’écoute du quartier. « Il ne s’agit pas de suivre des demandes de prêt ou de faire du recouvrement ; les dégâts sont tels que les gens sont en état de choc, témoigne Intidhar, directrice de la section locale. Il faut les entendre pour pouvoir sérier les problèmes et savoir où et comment agir. » Par son travail de proximité, Enda inter-arabe est devenu un interlocuteur plus crédible que les institutions officielles, dont les locaux ont été systématiquement incendiés.


Entre défaitisme et espoir


Trois semaines après la révolution du 14 janvier, le quartier porte encore les stigmates de la violence qui a sévi pendant près de cinq jours. Néjiba en tremble encore. « J’avais accompagné mon mari dans sa tournée de distribution de produits d’hygiène. Nous n’étions au courant de rien. Une bande de jeunes encagoulés nous a attaqués. Ils ont volé la voiture et m’ont frappée à coups de bâtons. À 3 mètres, un homme a été abattu. Des voisins m’ont sauvée de ces pilleurs fous qui étaient plus nombreux que les soldats. » Et de poursuivre : « Avant, on ne comprenait pas grand-chose. Maintenant, on comprend encore moins. J’entends le soir, depuis mon balcon, des anciens du parti qui affirment qu’avec l’ancien régime nous étions en paix. Et je vois, dans la mosquée d’en face, des gens se réunir et distribuer des tracts. Je ne sais pas ce que cela signifie, mais je crains le pire, rien n’est terminé. J’ai peur. »

À ses côtés, Sondous berce son nouveau-né et se veut optimiste : « Ce n’est qu’un mauvais moment à passer. La vie continue, sans doute en mieux, même si on ressent que la situation est encore très instable. Un peu de patience. » Pour sa part, Fethi n’a pas attendu pour redémarrer. Il vient à peine de finir de remettre sur pied sa petite échoppe de plaques minéralogiques. Le visage constellé de peinture, il sourit : « Les commerçants de ma rue ont subi de gros dégâts, beaucoup ont perdu toute leur mise, mais on a tous été solidaires. Pour aller plus vite, on a pris le même expert pour les dossiers d’assurance, on a partagé tous les bons plans possible. Je ne pouvais pas racheter les machines qui ont été détruites, alors on m’en a spontanément prêté quelques-unes. J’ai récupéré des rouleaux de vinyle dans la rue et je ferai appel à la sous-traitance en attendant de voir venir. Il n’est pas question de baisser les bras et de s’arrêter. »

Accoudée au comptoir de sa petite épicerie, Chérifa ne s’en laisse pas conter. « Tant que la police ne reviendra pas, tonne-t-elle, Ettadhamen sera plongé dans l’anarchie. Tous les jours, des vols, des braquages et des agressions contre les femmes sèment la terreur. Il ne faut pas se leurrer ; la vie n’a repris qu’en apparence. On a été meurtris sans savoir ni par qui ni pourquoi. Aujourd’hui, rien n’a changé, c’est même pire. La nuit, on ne dort plus, on guette le moindre bruit. Les jeunes ont le choix entre la mosquée et la délinquance. Parfois, ils jouent sur les deux tableaux. On ne fait plus confiance à la police puisqu’elle nous a tiré dessus, mais on a besoin de sécurité et nous ne savons pas à qui nous adresser. Tout a brûlé et les agents sont partis. Personne n’est venu nous voir, on se débrouille entre nous. Nous sommes les oubliés de la révolution. »


11-02-24 - France Soir -- Tunisie Tous révolutionnaires, après coup


24 février 2011, 06h57

Tunisie : Tous révolutionnaires, après coup

Véritables opposants, révolutionnaires de la dernière heure, anciens collaborateurs du régime déchu, un mois et demi après la chute du président Ben Ali, la Tunisie est loin d'avoir réglé ses comptes avec le passé.

La Tunis post-révolutionnaire est une ville schizophrène où tout le monde se regarde du coin de l'œil. Le jour, enfin libérée du carcan policier qui l'enserrait, la capitale offre son nouveau visage : démocratique. Le long de l'avenue Bourguiba (les Champs-Elysées tunisois), sous l'œil blasé des garçons de café, différents groupes de manifestants, gros de 400 à 500 personnes, se succèdent où se croisent, défilant du ministère de l'Intérieur au Théâtre de la Ville, le lieu de tous les rassemblements. Le scénario se répète chaque matin depuis le 14 janvier, date du départ en exil du président Zine el-Abidine Ben Ali.

La joyeuse pagaille débute vers 9 heures. Certains exigent le départ du Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, qui, il est vrai, occupait déjà ce poste sous l'« ancien régime ». D'autres, l'assurance que le caractère laïc du pays ne sera pas remis en question. Alors que les islamistes, réunis non loin de là, réclament, eux, l'ouverture complète des mosquées, jusque-là uniquement accessibles aux heures des prières. « Nous n'avons pas pu nous exprimer pendant vingt-trois ans, tout le monde aujourd'hui à quelque chose à dire ! », justifie un manifestant à qui nous confions notre surprise.

Il y a deux semaines de cela, ces manifestations étaient dispersées à grands coups de grenades lacrymogènes. Ce n'est plus le cas à présent. La plupart des policiers ont été désarmés, sur ordre du gouvernement. Ils patrouillent désormais sur l'avenue en portant à la taille des holsters vides qui baillent sur leur pantalon. « La police politique n'a pas disparu pour autant. Ils se font discrets. Le système s'est effondré, mais les hommes qui le servaient sont toujours là », avertit Ajmi Lourimi, l'un des fondateurs du mouvement islamiste Ennahda. La plupart des Tunisiens partagent son avis. Et c'est bien là le problème. A les écouter, tous, d'une façon ou d'une autre, ont soutenu la « Révolution du jasmin » et participé à son avènement. Pas un Tunisois ne manque à l'appel pour dénoncer le « régime mafieux tentaculaire » et la corruption instituée à tous les étages de la société par « la famille ». Pourtant, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti fondé par le président déchu, comptait 2 millions de membres. Deux millions de Tunisiens encartés par le pouvoir sur les onze qui vivent dans le pays ! Où sont-ils passés ? « Vous les trouverez notamment dans l'élite francophone, au sein de l'administration, dans les partis politiques ou les syndicats », assure, avec calme, Ajmi Lourimi. L'homme ne peut être suspecté d'accointance avec l'ancien pouvoir. Chef de file des étudiants islamistes à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis à la fin des années 1980, il a passé dix-sept ans en prison.

La « révolution de la dignité », partie de Sidi Bouzid, ville pauvre de l'intérieur du pays (250 km de Tunis), est-elle en train d'être récupérée par les privilégiés et les anciens caciques de l'ère Ben Ali comme le laisse entendre Ajmi Lourimi ? « Cinq minutes avant que le marchand de fruits Mohamed Bouazizi ne s'immole par le feu, la Tunisie était le pays le plus stable du monde arabe. C'est ce qui explique l'affaire Alliot-Marie. La ferme conviction que rien ne pouvait arriver ici, l'incompréhension de ce pays par l'extérieur et par ses élites », explique le politologue Farès Mabrouk. « Maintenant, il va falloir organiser la coexistence de communautés qui se méfient les unes des autres. Les chrétiens, les juifs, les Noirs tunisiens, les Berbères, les anciens RCD, les islamistes, les personnes torturées, etc. Nous devons prévoir des frictions entre tous ceux-là », poursuit le directeur du nouveau Centre arabe d'étude politique.

« La bourgeoisie tunisienne n'est pas descendue dans les rues pour réclamer la dignité mais pour des raisons économiques », juge, quant à lui, un homme d'affaires rencontré à la Villa Didon, l'un des cafés les plus chics de Gammarth, ville refuge des riches Tunisois, située à 20 km de la capitale. « Nous nous sommes très bien accommodés du système Ben Ali-Trabelsi (le nom de famille de la femme du président, Leïla), jusqu'au jour où ils ont commencé à toucher à nos affaires », précise-t-il. « La situation actuelle est dangereuse, nous ne savons pas qui est de droite ou de gauche. Nous sommes face à des laïcs et des religieux qui se détestent. Il n'y a pas de programme social et économique sur la table... », constate, accablé, l'entrepreneur.

De fait, un mois et demi après s'être débarrassés de leur « tyran », les Tunisiens se demandent qui les gouverne et, tout en craignant qu'une chasse aux sorcières ne plonge leur pays dans le chaos, s'inquiètent de voir les anciens collaborateurs de ce dernier continuer à les diriger. Vu le nombre de personnes qui ont bénéficié des largesses du clan Ben Ali, une opération main propre de grande ampleur lancée dans l'administration et les milieux d'affaires ne manquerait pas de tourner à la guerre civile. En même temps, ne rien faire risquerait de laisser le pays pourrir, pour de longues années, dans l'état de suspicion générale qui est le sien actuellement. « Nous ne savons toujours pas qui a tiré sur la foule lors des premiers jours d'émeutes à Tunis. Nous ne savons pas quels sont les gens qui ont tué des Tunisiens ! Le fait de rester dans l'incertitude alimente les désirs de règlement de comptes », alerte Houeïda Anouar, une jeune activiste qui s'est illustrée sur les réseaux sociaux. « Le problème, c'est que nous avons un soi-disant gouvernement d'union nationale (composé en grande partie d'anciens ministres de Ben Ali) qui est incapable de faire l'union », dénonce-t-elle. La tâche n'est pas facile. « Si vous saviez combien de lettres de dénonciation je reçois sur mon fax chaque jour... », indique justement un ministre quand nous l'interrogeons sur le sujet. Le couvre-feu vient d'être levé à Tunis. Pourtant, à dix heures du soir, la plupart des restaurants continuent de baisser leur rideau de fer. 

11-02-25 - Le Monde -- La Tunisie et l'Égypte sous pression, journée de la colère meurtrière en Irak

La Tunisie et l'Égypte sous pression, "journée de la colère" meurtrière en Irak

LEMONDE.FR | 25.02.11 | 18h22  •  Mis à jour le 25.02.11 | 20h46

Alors qu'en Libye la contestation au régime de Khadafi s'étend désormais de l'ouest de Tripoli à Benghazi, les Tunisiens et les Egyptiens continuent vendredi de battre le pavé pour défendre "leurs révolutions". Au Yémen, au Bahreïn mais également en Irak, les manifestations ne faiblissent pas.

Plus de 100 000 Tunisiens, selon la police, ont réclamé vendredi le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi, devant la Kasbah, épicentre de la contestation, où de nouveaux cortèges de manifestants affluaient encore en début d'après-midi. Selon des membres du Croissant-Rouge et des manifestants, il "s'agit de la plus grande manifestation depuis la chute de Ben Ali", le 14 janvier. Les manifestants sont venus affirmer que "leur révolution" qui a chassé du pouvoir le régime de Ben Ali "ne sera pas usurpée", avec des slogans tels que "Ghannouchi dégage", "Honte à ce gouvernement", ou encore "Révolution jusqu'à la victoire". En fin de journée, les forces de l'ordre ont procédé à plusieurs tirs de sommation à Tunis pour disperser les manifestants.

Des milliers de manifestants se sont retrouvés à Tunis devant l'immeuble du Premier ministre.AP/Salah Habibi

Sous la pression populaire, qui dénonçait le maintien à des postes clés de caciques de l'ancien régime, M. Ghannouchi avait déjà remanié, le 27 janvier, un gouvernement formé dix jours plus tôt. Depuis, des élections libres ont été annoncées, avec une échéance fixée à six mois : vendredi le gouvernement transitoire a annoncé la tenue d'"élections au plus tard mi-juillet", sans préciser s'il s'agirait d'un scrutin présidentiel ou législatif.

Dans la soirées, des journalistes de l'AFP ont fait état de poursuites entre des soldats, des policiers et des manifestants dans le centre de Tunis, alors que de fortes détonations pouvaient être entendues. Après des tirs d'armes automatiques précédés de tirs de sommation, les forces de l'ordre ont commencé à quadriller l'avenue Habib Bourguiba, et se sont lancés dans une course poursuite de manifestants dans les rues adjacentes.

Des manifestants avaient volé auparavant des parasols et des chaises des cafés dans l'avenue Habib Bourguiba, où est située le ministère de l'Intérieur avant d'y mettre le feu en trois endroits le long de l'avenue Bourguiba. Ils cassaient également des pots de fleurs pour en faire des projectiles pour les jeter en direction du ministère de l'Intérieur.


Des milliers d'Egyptiens se sont rassemblés sur la place Tahrir au Caire pour célébrer la "révolution" mais aussi pour réclamer un nouveau gouvernement composé de technocrates, 15 jours après la démission sous la pression populaire du président Hosni Moubarak. "Le gouvernement de Chafic est inféodé au régime corrompu", proclamait une pancarte, tandis que des manifestants exigeaient le départ du premier ministre Ahmad Chafic. Le nouveau gouvernement remanié mercredi compte toujours quelques figures de l'ère Moubarak. Les manifestants réclament également la suppression des très redoutés services de sécurité d'Etat.

Ailleurs, d'autres groupes scandaient "A bas Kadhafi" en agitant des drapeaux libyens en signe de solidarité avec la Libye voisine. Suite à la démission, le 11 février, de l'ex-président Hosni Moubarak, le conseil suprême des forces armées a chargé le gouvernement de M. Chafic de gérer les affaires courantes en attendant des élections. Le nouveau gouvernement a assuré qu'il n'y "aurait pas de retour en arrière" tout en s'engageant à poursuivre la lutte contre la corruption.

Des dizaines de milliers de partisans et d'adversaires du président yéménite Ali Abdallah Saleh ont organisé des manifestations séparées dans la capitale Sanaa. Devant l'université, des manifestants scandaient "Le peuple exige la chute du régime", tandis qu'à l'autre bout de la ville, des partisans de Saleh criaient leur soutien à un président garant, selon eux, de l'unité d'un pays divisé. Des témoins rapportent qu'à Sanaa, les forces de l'ordre ont formé des cordons autour des groupes de manifestants rivaux afin d'éviter des affrontements.


Dans un communiqué publié jeudi soir, le ministère de l'intérieur a ordonné aux forces de sécurité de "redoubler de vigilance et de prendre les mesures requises pour contrôler tout élément terroriste" qui pourrait profiter des manifestations afin de s'infiltrer à Sanaa. Saleh avait auparavant ordonné aux "services de sécurité d'accorder une entière protection aux manifestants" et de prévenir tout affrontement. L'agence Saba rapporte que le président yéménite a chargé une commission présidée par le Premier ministre Ali Mohamed Megawar de recueillir les doléances des manifestants et d'ouvrir un dialogue avec eux. Dix-sept personnes ont été tuées depuis le début, il y a neuf jours, de la vague de contestation.

Dans la ville portuaire d'Aden, un manifestant a été tué par la police lors de manifestations contre le régime, selon des sources hospitalières. Selon ces mêmes sources, Mohammed Ahmed Saleh, 17 ans, est mort à l'hôpital de la République, un établissement gouvernemental de la ville du sud du Yémen. Aden a été le théâtre de deux importantes marches et d'échauffourées avec la police qui ont fait 20 blessés, selon un nouveau bilan de sources médicales.

La "Journée de la colère" contre l'impéritie du gouvernement irakien et la concussion a tourné à la violence avec la mort par balles de quinze manifestants dans tout le pays lors d'affrontements avec les forces de sécurité. Selon la police et les hôpitaux, il y a eu cinq morts à Mossoul (nord), deux à Hawija, dans la riche province pétrolière de Kirkouk, cinq à Tikrit et deux à Samarra (centre), et un jeune de 15 ans à Calar, une localité kurde dans la province de Diyala. Cela porte à 19 manifestants et un policier le nombre des tués depuis le début de la contestation il y a trois semaines. En outre, 134 personnes, dont 21 policiers et soldats, ont été blessées dans une dizaine de villes et quatre bâtiments publics incendiés. Dans cinq villes, dont la capitale, l'interdiction de circuler était maintenu jusqu'à samedi.

Début de la manifestation pour la "Journée de la colère", le 25 février à Bagdad.REUTERS/SAAD SHALASH

A Bagdad, quelque 5 000 manifestants s'étaient rassemblés sur la place Tahrir en présence d'un important déploiement militaire et policier. Un mouvement dénommé "la Révolution de la colère irakienne" a appelé via Facebook à manifester pour exiger "le changement, la liberté et une démocratie véritable". La majorité des organisateurs insistent sur leurs seules revendications de "réformes".

Jeudi, le premier ministre Nouri al-Maliki avait accusé les organisateurs de la manifestation d'être des partisans de l'ancien dictateur Saddam Hussein, des "terroristes", appelant "dans un souci de contrecarrer les plans des ennemis" à ne pas participer à cette manifestation. "Aucun de nous n'appartient à Al-Qaïda ni aux partisans de Saddam, nous sommes des citoyens irakiens ordinaires qui protestons contre l'absence de services publics, la corruption et nous voulons la réforme du système", a rétorqué l'une des organisatrices, Chourouq al-Abayachi.

Pour tenter de calmer la grogne, le gouvernement a récemment multiplié les gestes, augmentant notamment d'un milliard de dollars le montant alloué aux rations alimentaires distribuées à six millions de familles.

Une jeune manifestante, vendredi sur la place de la Perle à Manama.REUTERS/HAMAD I MOHAMMED

Des cortèges de manifestants ont envahi les rues de Manama, à l'appel de religieux chiites, et exigé de nouveau des réformes politiques dans le petit royaume de Bahreïn, au douzième jour d'une contestation qui ne faiblit pas. Cette forte mobilisation est intervenue alors que les Etats-Unis ont renouvelé leur soutien à la monarchie et au dialogue national proposé à l'opposition. Aucune estimation officielle de la mobilisation de vendredi, jour de prières, n'était disponible mais les voies conduisant à la place de la Perle, épicentre de la contestation, ont été bloquées par des dizaines de milliers de protestataires.

Les autorités ont levé comme promis l'état d'urgence décrété il y a 19 ans, mais l'opposition reste déterminée à mener une nouvelle manifestation samedi pour un changement de régime. Le décret, daté du 23 février, a été publié en ligne au Journal Officiel de jeudi. Il lève une mesure instaurée pour lutter contre la guérilla islamiste. L'un des principaux dirigeants de l'opposition, Said Sadi, qui préside le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie a qualifié cette mesure de "manoeuvre": "Nous sommes déterminés à un changement de régime et toutes les semaines il y aura des marches".


11-02-25 - Libération -- Manifestation à Tunis contre le gouvernement de transition

25/02/2011 à 12h52

Manifestation à Tunis contre le gouvernement de transition

Plusieurs dizaines de milliers de Tunisiens, majoritairement des étudiants, réclamer le départ du gouvernement dirigé par Mohammed Ghannouchi.

Plus de 100.000 Tunisiens, selon la police, ont réclamé vendredi le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi, devant la Kasbah, épicentre de la contestation, où de nouveaux cortèges de manifestants affluaient encore en début d’après-midi. Devant la place de la Kasbah, noire de monde, des policiers ont avancé le chiffre de «plus de 100.000 manifestants» tandis que des hélicoptères de l’armée survolaient cette zone située au coeur de Tunis. Selon des membres du Croissant-Rouge et des manifestants, il «s’agit de la plus grande manifestation depuis la chute de Ben Ali» le 14 janvier.

Répondant à des appels à la mobilisation relayés sur Facebook et profitant du fait que la journée de vendredi soit un jour férié, des Tunisiens sont venus affirmer que leur «révolution» qui a chassé du pouvoir le régime de Ben Ali «ne sera pas usurpée».

Des manifestants scandent «Ghannouchi dégage», «Ca suffit avec les mises en scène», «Honte à ce gouvernement». D’autres brandissent des banderoles où l’on peut lire «Ghannouchi, ton insistance montre que tu caches ta mauvaise foi».

«Révolution jusqu’à la victoire», «En avant les braves de la liberté», «Nous arracherons la répression de notre terre», «Ghannouchi prend tes chiens et démissionne», «Non à la confiscation de la révolution», scandaient d’autres manifestants qui traversaient l’avenue centrale Habib Bourguiba en direction de la Kasbah. «Nous sommes là aujourd’hui pour faire tomber le gouvernement», lance Tibini Mohamed, un étudiant de 25 ans.

Pas de date pour les élections

Quelques milliers de manifestants ayant participé à ce rassemblement géant ont convergé dans l’après-midi Avenue Habib Bourguiba, en plein centre de Tunis, pour continuer à réclamer devant le siège du ministère de l’Intérieur le départ de Ghannouchi et de son gouvernement.

Le Premier ministre a déplacé ses bureaux fin janvier de la Kasbah après une première manifestation, au cours de laquelle des Tunisiens avaient campé près d’une semaine devant ses locaux. Il avait alors transféré son cabinet au palais présidentiel de Carthage, dans la banlieue sud de Tunis.

Mohammed Ghannouchi a été le Premier ministre de Ben Ali de 1999 jusqu’à sa chute le 14 janvier dernier sous la pression populaire. Après la formation, le 17 janvier, d’un gouvernement d’union nationale dans lequel l’équipe sortante avait conservé la majorité des postes, des milliers de personnes avaient manifesté quotidiennement pour obtenir leur démission.

Sous la pression de la rue, Ghannouchi avait remanié le gouvernement de transition épuré des principaux caciques de l’ancien régime le 27 janvier. Depuis, des élections libres ont été annoncées pour dans six mois mais le pouvoir de transition n’a pas fixé de date ni donné de précisions sur le type de scrutin qu’il comptait convoquer.

«Vide politique»

Mais devant l’insécurité, ajoutée au mécontentement social face à l’absence d’amélioration dans le quotidien des Tunisiens depuis la chute de Ben Ali, la mobilisation de la rue ne faiblit pas.

Etudiant en droit, Ramzi, déclare à l’AFP que les Tunisiens «vivent dans un vide politique». D’autres manifestants ont déployé une pancarte d’une vingtaine de mètres où l’on peut lire: «Sit-in jusqu’à la dissolution du gouvernement».

De nombreux jeunes sont enroulés dans le drapeau tunisien, certains brandissent des balais avec des pancartes proclamant «Ghannouchi dégage». D’autres manifestants scandent «dégage le RCD», le Rassemblement constitutionnel démocratique, le puissant parti de Ben Ali, suspendu le 6 février en prévision de sa dissolution.

Quatre mille Tunisiens avaient déjà manifesté dimanche devant la Kasbah pour réclamer, outre la démission du gouvernement transitoire, l’élection d’une assemblée constituante et la mise en place d’un système parlementaire.

Cette manifestation et les précédentes se sont transformées en sit-in devant la Kasbah, des jeunes y campant le jour, et depuis peu la nuit.

(Source AFP)

11-02-25 - Portail de la Présidence du Gouvernement -- Attaque contre des installations sécuritaires à Kasserine

25 février 2011 – TAP  - Un groupe de personnes a attaqué un poste de la police et le siège du secteur de la sécurité nationale dans la ville de Kasserine, ainsi qu'une fourrière relevant de la direction régionale de la douane tunisienne, en les pillant et incendiant, indique un communiqué du ministère de l'Intérieur.

Cette attaque a eu lieu à la suite de rumeurs d'abandon d'un projet de construction d'un hôpital universitaire dans la région, précise le communiqué.

Le ministère a condamné ces agressions sur les installations sécuritaires qui "font partie des biens publics nécessaires pour servir le citoyen et garantir la sécurité intérieure du pays". Il a, en outre, appelé les citoyens à ne pas se laisser induire en erreur par ces rumeurs tendancieuses qui visent à déstabiliser la sécurité du pays et à fomenter les troubles et le désordre.


11-02-25 - Libération -- A la frontière tunisienne, les réfugiés d'un pays fantôme

25/02/2011 à 00h00

A la frontière tunisienne, les réfugiés d’un pays fantôme

Reportage

Les habitants de l’ouest du pays fuient en urgence des villes en plein chaos.

Par ARNAUD VAULERIN Envoyé spécial à Ras Jedir

 

En passant la douane tunisienne de Ras Jedir, Boualam a achevé un périple de quatre heures dans l’ouest libyen. Le témoignage de ce plâtrier algérien donne un éclairage inédit sur les combats entre la population et les partisans du régime, dans une région présentée la veille encore comme le fief du «Guide» libyen.

 

Il était 10 heures hier matin quand Boualam a décidé de gagner en taxi la frontière tunisienne et d’abandonner son «deux-pièces cuisine» d’Ezzaouia, 60 km à l’ouest de Tripoli. «Ça devenait trop dangereux, les gens se battaient. Il y avait des tirs partout. J’ai vu des morts sur la place centrale de la ville et des personnes touchées par balle ce matin.»

«Comme la place Tahrir». D’après ce que raconte cet homme affable de 42 ans, établi en Libye depuis dix ans, tout a dégénéré à 8 h 30 hier, quand «1000 soldats au moins, très armés», ont pénétré dans Ezzaouia. «C’était le début des troubles, car jusqu’alors l’armée n’était pas présente à Ezzaouia.» Ils se sont rendus sur la place. Là, «des jeunes, des vieux, mais pas de femmes», étaient rassemblés jour et nuit depuis vendredi, sans être vraiment inquiétés. «C’était un peu comme la place Tahrir en Egypte.» Mais, selon ce témoin, «la population avait des sabres, des kalach, des mitraillettes et des RPG [lance-roquettes, ndlr]». Boualam a entendu les premiers tirs dans la nuit.

Un autre témoin, un ancien diplomate libyen, raconte que les combats violents ont débuté à 4 heures du matin et auraient fait 100 morts parmi les manifestants. Sur son site internet, le journal libyen Quryna donnait un bilan provisoire dix fois moins élevé en citant son correspondant sur place : «Dix personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées dans l’attaque menée ce matin par les bataillons de sécurité.»

Le chaos semble effectivement avoir gagné cette ville de l’ouest et poussé ses habitants à fuir. Ils se sont joints aux centaines d’Egyptiens, de Chinois, de Turcs, de Marocains qui se pressaient hier à Ras Jedir. Quand elle est sortie chercher du pain hier matin, une Tunisienne voilée raconte avoir croisé des «jeunes de 15, 18, 20 ans qui tiraient en l’air avec des kalachnikovs. Ils empêchaient les gens de sortir de chez eux», dit-elle en montant dans un bus bondé.

Sous le soleil de Ras Jedir, Abdou, en djellabah et écharpe, et Yosseri, sweat-shirt et bonnet, ne sont guère loquaces. Ces deux ouvriers égyptiens ont vécu terrés à Ezzaouia ces derniers jours. Ils parlent de «troubles», puis d’«échanges de coup de feu» depuis hier. Alors, ils sont partis en hâte sans savoir où ils allaient dormir dans les prochains jours. Ils attendent que l’Egypte organise un pont aérien depuis Djerba pour rapatrier les centaines d’Egyptiens qui se sont réfugiés dans le sud de la Tunisie.

«Ville morte». Pull chic et long pardessus sombre, arrive Ajil Mezghi. Il se présente comme un «businessman» libyen et comme un «opposant» à Kadhafi. Passeport en main et verbe haut, il se dit membre de la Jeunesse d’Ennahdha (parti de la «renaissance», islamiste). Son témoignage enflammé est sujet à caution mais il va dans le sens de ce que racontent Boualam, Abdou et Yosseri. Quand il est passé à Ezzaouia vers 11 h 15, il a aperçu «deux 4 x 4 Toyota Cruisers, avec à bord des mercenaires cagoulés qui tiraient de manière anarchique sur la foule». Il a traversé une «ville morte, où il n’y avait plus d’armée».

Incendies. Avant de lancer un SOS humanitaire pour les Libyens, le businessman Ajil décrit une atmosphère comparable à Zouara, à 110 km de Tripoli. Selon lui, la dernière grande ville avant la Tunisie était aussi sillonnée par des «mercenaires». Yosseri et Abdou disent «avoir entendu parler de quelques postes de police incendiés» et de manifestations. Il était impossible hier soir de vérifier l’information selon laquelle la commune était aux mains des anti-Kadhafi. Le matin même, l’Algérien Boualam avait traversé les «rues vides» de Zouara avant de gagner Ras Jedir. Juste avant que les douaniers libyens lui extorquent 50 dinars (25 euros) pour fuir l’enfer.


11-02-26 - Le Figaro -- Tunisie 21 policiers blessés

Par AFP

Publié le 26/02/2011 à 13:46


Vingt-et-un policiers ont été blessés et au moins trois commissariats incendiés ou saccagés lors des heurts vendredi avec des manifestants qui ont attaqué le ministère de l'Intérieur en plein centre de Tunis, a annoncé samedi le ministère. Trois commissariats, proches du siège du ministère de l'Intérieur, situés en pleine avenue Habib Bourguiba, ont été partiellement incendiés ou saccagés, a indiqué un communiqué ajoutant que deux grands magasins et plusieurs voitures ont été endommagées.

Selon le ministère, l'attaque du siège du ministère de l'Intérieur vendredi en fin d'après-midi est l'oeuvre "de groupes de jeunes, en majorité des lycées et des étudiants". "Nous appelons les parents à décourager leurs enfants de participer à ce genre de manifestations, à les inciter à reprendre les cours et à tout faire pour éviter qu'ils servent de boucliers humains à des groupes de malfaiteurs", conclut le communiqué.

Plus de 100.000 personnes, mobilisées via Facebook, ont réclamé le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi au cours de la plus grande manifestation à Tunis depuis la chute de Ben Ali le 14 janvier. Au lendemain de cette manifestation géante et des heurts qui ont suivi, deux journaux tunisiens ont averti que le pays risquait de s'enliser dans le chaos, si le gouvernement transitoire restait "insensible" au message du peuple.


11-02-26 - La Revolution Tunisienne -- Tunisie-USA L'intérêt américain dans la révolution tunisienne

Tunisie-USA: L'intérêt américain dans la révolution tunisienne

M. William J. Burns - Que ce soit un "modèle de réussite". Personnalité éminente de l'administration américaine, William J. Burns est sous-secrétaire d'Etat chargé des Affaires politiques. Il était parmi nous hier et avant-hier pour une visite où il s'agissait de "discuter des programmes des Etats-Unis qui visent à soutenir le développement économique, les organisations de la société civile, et la transition vers la démocratie en Tunisie", selon la formulation d'un courrier qui nous est parvenu de l'ambassade américaine.

Avant de clore cette étape, au cours de laquelle il a rencontré notamment le Premier ministre ainsi que le nouveau ministre des Affaires étrangères, William J. Burns a donné une conférence de presse dans les murs de l'ambassade des Etats-Unis.

Dans une brève allocution introductive, le diplomate américain a exprimé son "soutien" au processus actuel de démocratisation. Pour lui, la Tunisie est un sujet "d'inspiration pour la région" et "personne n'oubliera que le réveil a commencé en Tunisie".

Il a indiqué par ailleurs que les Etats-Unis étaient disposés à fournir leur assistance à la Tunisie "en fonction des priorités" exprimées par les Tunisiens eux-mêmes, et ce, en collaboration avec l'Union européenne.

L'option consiste à "travailler pour la stabilité" de la Tunisie, "au profit de tous les Tunisiens et pas seulement au profit d'une élite", à travers un renforcement de l'échange économique.

A ce propos, il a rappelé qu'une délégation d'hommes d'affaires américains est attendue pour la fin du mois de mars. La volonté américaine d'apporter sa contribution à la révolution s'exprime aussi, cependant, au niveau de la mise en place "d'élections transparentes et démocratiques", a souligné M. Burns.

La séance des questions-réponses a confirmé la vision américaine qui consiste à reconnaître dans la "croissance économique" un "pilier de la transition" et, du même coup, du modèle tunisien de transition politique un modèle de transition économique.

Le responsable américain relève les atouts de la Tunisie de ce point de vue, comme le niveau d'éducation de la population, ou le respect des droits des femmes... Il évoque le tourisme, à la fois comme l'un des secteurs qui risquent de souffrir le plus de la situation actuelle, mais aussi comme un domaine qui se prête à l'investissement et à l'échange, et donc à un soutien de la part de son pays.

Mais le tourisme n'est pas le seul secteur où l'accroissement du partenariat économique a des possibilités de développement.

Sur l'intérêt que représente la révolution tunisienne pour l'administration américaine, M. Burns rappelle que, de la même manière que les Etats-Unis avaient soutenu notre pays lors de son indépendance il y a 50 ans, la réussite de la Tunisie demeure aujourd'hui très importante : "C'est aussi l'intérêt des Etats-Unis que la Tunisie soit prospère".

Au sujet d'un rôle supposé que l'administration américaine aurait joué dans les événements qui ont poussé le président Ben Ali à fuir le territoire, le diplomate a nié toute implication de son pays : "Cette révolution est 100 % tunisienne".

Les Etats-Unis n'ont pas eu d'autre rôle que celui du soutien, a-t-il fait remarquer, en rappelant toutefois les critiques faites à l'ancien régime par son administration au sujet de la question des droits de l'Homme : "Nous avons toujours exprimé nos divergences".

M. Burns a également été sollicité au sujet des événements qui se déroulent en Libye. L'action américaine consiste à s'inscrire dans une concertation au niveau des Nations unies, mais aussi avec des structures comme l'Union européenne ou la Ligue arabe. Il est cependant question de "pas très concrets dans les prochains jours" car, dit-il, "la communauté internationale doit agir".

En réponse à une question qui consiste à demander si les Etats-Unis continueront à considérer Israel comme une démocratie modèle dans la région, alors que ce pays a exprimé son hostilité à l'égard de ce vent démocratique qui traverse le monde arabe, le diplomate américain s'est contenté de réaffirmer le soutien américain aux mouvements de revendication en affirmant que "aucun leadership ne sera immune face au peuple" dans les pays arabes et en insistant sur la nécessité de "construire des modèles de réussite".



11-02-26 - Al Jazeera -- Deaths in Tunisia clashes


Three people dead after clashes between demonstrators and security forces in Tunis, in second day of unrest in capital.

Last Modified: 26 Feb 2011 20:55 GMT


Three people have been killed in clashes between demonstrators and security forces in Tunis, the interior ministry said  after a second day of unrest in the Tunisian capital.

"Three people died from the dozen who were wounded during clashes and were transferred to hospital for treatment," it said in a statement on Saturday.

"Several members of the security forces were wounded to different degrees."

Security forces had fired warning shots and tear gas at the anti-government demonstration, and protesters responded by hurling stones, journalists from the AFP news agency said.

An interior ministry official, who declined to be named, told the Reuters news agency that the deaths had occurred after a riot orchestrated by loyalists of Zine El Abidine Ben Ali, the ousted president.

"Those who were arrested have admitted they were pushed by former Ben Ali officials," he said. "Others said they were paid to do it."

On Friday, tens of thousands of protesters had taken to the streets demanding the resignation of Mohamed Ghannouchi, the country's interim prime minister, who was part of the regime of Ben Ali, who fled the country on January 14.

The interior ministry statement said more than 100 people were arrested on Saturday and 88 people had been arrested on Friday.

It blamed the clashes on "agitators" who it said had infiltrated the peaceful demonstrations.

They had used students "as human shields to carry out violent acts, fires aimed at sowing terror among the people and targeting the internal security forces," the statement said.

Ghannouchi announced on Friday that the government will hold elections by mid-July.


11-02-26 - France 2 -- 3 morts dans de violents affrontements

Publié le 26/02/2011 | 20:23

Tunis: 3 morts dans de violents affrontements

Par FTV avec AFP  

Des milliers de tunisiens manifestent contre le gouvernement à Tunis, le 25 février 2011.

AFP - Borni Hichem

De violents affrontements ont opposé samedi manifestants et forces de l'ordre, faisant trois morts à Tunis

Une véritable bataille rangée et des courses poursuites tous azimut se sont tenues à Tunis, ont constaté des journalistes de l'AFP.

 

Dès le matin, un rassemblement s'était formé au lendemain de violents affrontements entre les forces de l'ordre tunisiennes et des manifestants réclamant le départ du Premier ministre transitoire, Mohammed Ghannouchi.


Des policiers des unités anti-émeutes et d'autres en civil, la plupart cagoulés, ont tenté de faire barrage à des manifestants qui leur jetaient des pierres à la hauteur de l'avenue de Paris, toute proche de l'ambassade de France.

La police a procédé à de nombreuses arrestations musclées et a demandé des renforts,

Des jeunes femmes participaient également aux affrontements et jetaient des  pierres sur les policiers qui, pour la plupart des Tunisiens, symbolisent  toujours la répression sous le régime de Zine El Abidine Ben Ali, chassé du  pouvoir le 14 janvier.



11-02-26 - L'Express -- Désolation à Tunis, des policiers accusent des terroristes

publié le 26/02/2011 à 10:29, mis à jour le 26/02/2011 à 11:59

TUNIS - Commissariats incendiés, voitures de police brûlées, cafés saccagés, arbres et bancs arrachés: l'avenue Habib Bourguiba à Tunis a ressemblé dans la nuit à un véritable champ de bataille, avec des policiers lancés à la poursuite de "terroristes" accusés de vouloir "semer le chaos".

Vendredi 23h00: une véritable chasse à l'homme est en cours dans le centre de Tunis, où des groupes de manifestants ont provoqué durant plus de cinq heures des forces de l'ordre déployées près du ministère de l'Intérieur, réclamant la "chute du gouvernement" après une manifestation géante devant la Kasbah.

Rafales de tirs de sommation, gaz lacrymogènes, suivis par des tirs d'automatiques, la panique s'empare de la population dans la capitale qui se terre et n'avait pas vu une telle violence après la chute du régime policier du président Ben Ali à la mi-janvier.

Soldats, forces anti-émeutes, policiers en civil cagoulés armés de matraques sillonnent ensuite la ville. Des hélicoptères de l'armée survolent à basse altitude la capitale durant des heures.

Mais rien n'arrête une poignée d'irréductibles déterminés à vouloir pénétrer dans le ministère de l'Intérieur, entouré de barbelés et de chars de l'armée: des véhicules de police dans le parking du ministère de l'Intérieur brûlent.

L'avenue Bourguiba s'enfonce dans d'épaisses colonnes de fumée noire après plusieurs foyers d'incendie allumés par des manifestants. L'air, chargé de gaz lacrymogène et de fumée des incendies, brûle les yeux et est irrespirable.

Des policiers armés et cagoulés s'approchent de journalistes de l'AFP. Leur attitude est presque menaçante pensant qu'il s'agit de manifestants qui ont semé les troubles.

A proximité, deux motos de police brûlent encore. Quelque mètres plus loin, la façade d'un commissariat près de la rue de Yougoslavie, est noire de suie. Les dalles de marbre à l'entrée sont arrachées et les fenêtres brisées.

"Ils (manifestants) étaient nombreux, environ 200 ou plus, à vouloir s'introduire dans le bâtiment, ils ont mis tout d'abord le feu à deux voitures de police garées près du poste. J'avais peur pour ma vie surtout quand ils ont essayé de m'attraper après avoir menacé de me brûler vif", raconte un policier, Saleh, 30 ans, encore sous le choc.

"+Allah Akbar, Allah Akbar+, c'est votre jour, nous allons vous tuer bande d'abrutis" nous lançaient ces manifestants alors que "nous étions retranchés dans le bâtiment en attendant des secours", dit-il.

Ces "terroristes" ont "mené une action coordonnée", selon un autre policier, "ils nous disaient: +Vous avez été augmentés, vous les soldats de Ben Ali mais vous saurez toujours des minables+".

Deux carcasses de voitures de police et deux motos fument encore à proximité.

"J'ai vraiment cru que c'était mon dernier jour, il y avait tellement de haine dans leur regards et leur paroles", ajoute un autre policier, matraque en main.

Plus loin encore, alors que résonnent encore des détonations, un Monoprix situé près de l'ambassade de France, saccagé, finit de se consumer.

Les forces de l'ordre arrêtent des manifestants à tout va, procédant à des passages à tabac musclés, certains n'hésitant pas à frapper au sol un homme interpellé et hurlant de terreur.

Puis soudain, elles arrêtent un tramway pour en sortir de force des hommes de l'intérieur. Les coups pleuvent. Les hommes arrêtés sont engouffrés dans des fourgons de police.

Alors que le centre de Tunis n'est plus que désolation, des cris résonnent. Un jeune vient d'être arrêté par plusieurs policiers. L'un d'eux le frappe violemment derrière la nuque avant de le laisser partir.

Le jeune traverse la rue en courant avant de s'agenouiller rapidement comme pour demander pardon avant de disparaître. Tunis s'enfonce dans une nuit secouée par des détonations.

Par AFP



11-02-27 - Le Monde -- De nouvelles violences éclatent à Tunis

De nouvelles violences éclatent à Tunis

LEMONDE.FR avec AFP | 26.02.11 | 15h41  •  Mis à jour le 27.02.11 | 13h10


Un poste de police brûlé lors d'une manifestation anti-gouvernement, samedi 26 février, à Tunis.AP/Hassene Dridi

De nouvelles violences ont éclaté dimanche en début d'après-midi dans le centre de Tunis, où des jeunes se livraient à des saccages en régle au lendemain d'affrontrements ayant fait trois morts, ont constaté des journalistes de l'AFP sur place. La police a riposté en tirant en l'air et en lançant des grenades lacrymogènes. Scandant des slogans hostiles au gouvernement de transition, les protestataires, rassemblés en petits groupes sur l'avenue Bourguiba, épicentre des émeutes, tentaient d'avancer en direction du ministère de l'intérieur et d'une rue adjacente où était positionné un blindé de la police.

Le calme était pourtant revenu dimanche matin, après que le ministère de l'intérieur a annoncé l'arrestation de plus 100 personnes, qui s'ajoutent aux 88 autres auteurs d'actes de vandalisme interpellés vendredi lors des premiers affrontements. Le ministère avait attribué ces actes de violence contre la police "à un groupe d'agitateurs infiltrés dans les rangs de manifestants pacifistes et qui se sont servis de jeunes lycéens comme boucliers humains pour se livrer à des actes de violences, d'incendies visant à semer la terreur parmi les citoyens et visant les forces de sécurité intérieures".

BATAILLE RANGÉE

Manifestants et forces de l'ordre se sont livrés une véritable bataille rangée samedi. Des policiers ont tiré de nombreuses grenades lacrymogènes et effectué des tirs de sommation, tandis que les manifestants les bombardaient de pierres. Des dizaines de rafales d'armes automatiques, des tirs incessants de gaz lacrymogènes, des tirs de sommation, des sirènes de voiture de police et d'ambulances, des hurlements de policiers et de manifestants ont résonné pendant plus de quatre heures.

Des manifestants ont de leur côté arraché des panneaux publicitaires et des bancs pour tenter de freiner la progression des fourgons de police. Des jeunes femmes participaient également aux affrontements et jetaient des pierres sur les policiers qui, pour la plupart des Tunisiens, symbolisent toujours la répression exercées sous le régime de Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir le 14 janvier.

APPELS À LA DÉMISSION DU GOUVERNEMENT

Ce nouveau rassemblement de manifestants a eu lieu au lendemain de violents affrontements entre policiers et groupuscules qui avaient tenté de pénétrer dans le ministère et avaient incendié ou saccagé trois commissariats dans le centre. Plus de 100 000 personnes, mobilisées via Facebook, avaient réclamé vendredi le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi au cours de la plus grande manifestation à Tunis depuis la chute de Ben Ali.


11-02-27 - Le Monde -- Retour au calme après des affrontements à Tunis (à virer)

Retour au calme après des affrontements à Tunis

LEMONDE.FR avec AFP | 26.02.11 | 15h41  •  Mis à jour le 27.02.11 | 10h43

Au lendemain de violents affrontements entre forces de l'ordre et manifestants qui ont fait 3 morts, la situation semblait se normaliser dimanche 27 février au matin dans la capitale tunisienne. Dès l'aube, des tracteurs avec des remorques se sont dirigés vers l'avenue centrale Habib Bourguiba, épicentre des émeutes, pour dégager la rue où des bancs, des arbres et des pancartes avaient été arrachées par les manifestants samedi. Des hélicoptères de l'armée ont survolé une grande partie de la nuit la capitale.

Trois personnes sont mortes dans les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre  et plusieurs membres des forces de l'ordre ont été blessés. Le ministère de de l'intérieur a également annoncé l'arrestation de plus 100 personnes, qui s'ajoutent aux 88 autres auteurs d'actes de vandalisme interpellés vendredi lors des premiers affrontements. Le ministère a attribué ces actes de violence contre la police "à un groupe d'agitateurs infiltrés dans les rangs de manifestants pacifistes et qui se sont servis de jeunes lycéens comme boucliers humains pour se livrer à des actes de violences, d'incendies visant à semer la terreur parmi les citoyens et visant les forces de sécurité intérieures".

BATAILLE RANGÉE

Manifestants et forces de l'ordre se sont livrés une véritable bataille rangée samedi. Des policiers ont tiré de nombreuses grenades lacrymogènes et effectué des tirs de sommation, tandis que les manifestants les bombardaient de pierres. Des dizaines de rafales d'armes automatiques, des tirs incessants de gaz lacrymogènes, des tirs de sommation, des sirènes de voiture de police et d'ambulances, des hurlements de policiers et de manifestants ont résonné pendant plus de quatre heures.

Des manifestants ont de leur côté arraché des panneaux publicitaires et des bancs pour tenter de freiner la progression des fourgons de police. Des jeunes femmes participaient également aux affrontements et jetaient des pierres sur les policiers qui, pour la plupart des Tunisiens, symbolisent toujours la répression exercées sous le régime de Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir le 14 janvier.

APPELS À LA DÉMISSION DU GOUVERNEMENT

Ce nouveau rassemblement de manifestants a eu lieu au lendemain de violents affrontements entre policiers et groupuscules qui avaient tenté de pénétrer dans le ministère et avaient incendié ou saccagé trois commissariats dans le centre. Plus de 100 000 personnes, mobilisées via Facebook, avaient réclamé vendredi le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi au cours de la plus grande manifestation à Tunis depuis la chute de Ben Ali.

Au lendemain de cette manifestation géante et des heurts qui ont suivi, deux journaux tunisiens ont averti que le pays risquait de s'enliser dans le chaos, si le gouvernement transitoire restait "insensible" au message du peuple. L'équipe de transition, ignorant ces appels, a annoncé la tenue d'"élections au plus tard mi-juillet" sans préciser s'il s'agissait d'un scrutin présidentiel ou législatif.


11-02-28 - HeraldTribune -- Minister follows PM in resigning from Tunisia govt

Minister follows PM in resigning from Tunisia govt


By BOUAZZA BEN BOUAZZA
Associated Press

Published: Monday, February 28, 2011 at 4:22 p.m.
Last Modified: Monday, February 28, 2011 at 4:22 p.m.

TUNIS, Tunisia - Another minister in Tunisia's caretaker government has resigned, a day after the prime minister bowed out following a wave of deadly protests.

Industry and Technology Minister Afif Chelbi presented his resignation Monday.

Mohamed Ghannouchi quit Sunday after 11 years as prime minister.

Outside parliament, youths joined large police patrols to help keep the peace in Tunisia's tense capital after a weekend of protests and clashes with riot police left at least six people dead, opposition leaders said.

Tunis saw no new major demonstrations Monday.

In nearby Ben Arous, an industrial zone, authorities suspended public schools following weekend violence, the official TAP news agency reported. One person was killed while pillaging stores and several "delinquents" were arrested, the agency said.

Ghannouchi had survived for more than a month despite long-standing ties to Zine El Abidine Ben Ali, the autocratic leader pushed into exile Jan. 14 as demonstrations swept the nation. He is succeeded by Beji Caid Essebsi, 84-years old, who held numerous posts under founding president, Habib Bourghiba, ousted in a palace coup in 1987 by Ben Ali.

The interim government is laying the groundwork for presidential and parliamentary elections expected in about five months.

Interim authorities say "agitators" are trying to derail Tunisia's moves toward democracy after the protests brought down Ben Ali sparked uprisings across the Arab world.



11-02-28 - Afrique Hebdo -- Tunisie Affrontements meurtriers


Tunisie : Affrontements meurtriers


Trois personnes sont mortes dans les affrontements hier entre manifestants et forces de l'ordre en plein centre de Tunis, a annoncé le ministère de l'Intérieur dans un communiqué.

Selon ce communiqué, «trois personnes ont trouvé la mort parmi les douze qui ont été blessées lors de ces heurts et qui ont été transférées dans un hôpital pour y être soignées». L'utilisation du terme «personne» laisse entendre qu'il s'agirait de manifestants. «Plusieurs membres des forces de l'ordre ont été blessés à différents degrés», selon le communiqué qui ne précise par leur nombre.

D'autre part, selon le communiqué, «plus de 100 personnes ont été arrêtées hier» et «88 autres auteurs d'actes de vandalisme ont été arrêtés la veille», lors des premiers affrontements entre forces de l'ordre et manifestants survenus vendredi à Tunis. Cette dernière a connu, hier, une véritable bataille rangée entre forces de l'ordre et manifestants dans le centre de la capitale, théâtre de scènes de chaos et d'une chasse à l'homme tous azimuts.

Des dizaines de rafales d'armes automatiques, des tirs incessants de gaz lacrymogènes, des tirs de sommation, des sirènes de voiture de police et d'ambulances, des hurlements de policiers et de manifestants résonnaient depuis plus de quatre heures dans le cœur de Tunis, où une multitude d'arrestations très musclées étaient opérées en fin d'après-midi. La circulation, même des piétons, a d'ailleurs été interdite à partir d’hier 18h 00 (17h 00 GMT) jusqu'à ce dimanche minuit sur l'avenue. Alors que des flammes s'échappaient d'un immeuble, deux blindés de l'armée ont remonté l'artère sous les invectives de policiers nerveux et fatigués.

Des Tunisiens, pour la plupart âgés de moins de 20 ans, encagoulés ou portant des masques, ont harcelé et nargué les forces de l'ordre depuis 14h 00. Dispersés une première fois devant le ministère de l'Intérieur, les manifestants s'étaient regroupés dans l'avenue Habib-Bourguiba et les rues adjacentes pour attaquer de nouveau les policiers avec des pierres et des barres de fer. Aux cris de «Nous voulons faire tomber le régime», ces jeunes se présentent comme «les lionceaux de la révolution». Ils ont lancé au moins deux attaques contre la police, contraignant cette dernière à se replier vers le ministère de l'Intérieur.

D'autres manifestants scandaient : «Les policiers ont réprimé, violé, torturé nos proches et maintenant on augmente leurs salaires.» Auparavant, des policiers des unités anti-émeutes et d'autres en civil, la plupart encagoulés, ont tenté de faire barrage à des manifestants, qui continuaient de leur jeter des pierres à la hauteur de l'avenue de Paris, perpendiculaire à l'avenue centrale Habib Bourguiba. La police avait déjà procédé en début d'après-midi à de nombreuses arrestations musclées et demandé des renforts.

Des manifestants ont, de leur côté, arraché des panneaux publicitaires et des bancs pour tenter de freiner la progression des fourgons de police. Des jeunes femmes participaient également aux affrontements, dont une a été brutalement arrêtée. Pour la plupart des Tunisiens, la police symbolise toujours la répression sous le régime de Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir le 14 janvier.



11-02-28 - Le Monde -- Deux nouvelles démissions au sein du gouvernement tunisien


Deux nouvelles démissions au sein du gouvernement tunisien

LEMONDE.FR avec AFP | 28.02.11 | 14h52  •  Mis à jour le 28.02.11 | 19h28

Le ministre de la planification et de la coopération internationale, Mohamed Nouri Jouini, qui figurait dans le dernier gouvernement du président déchu Zine El-Abidine Ben Ali, a présenté lundi 28 février sa démission. L'annonce de son départ suit de quelques heures celle du ministre de l'industrie et de la technologie du gouvernement de transition, Mohamed Afif Chelbi, lui aussi membre du dernier cabinet du dirigeant renversé le mois dernier.

Cette double démission survient au lendemain de la démission du premier ministre Mohamed Ghannouchi, remplacé aussitôt par Béji Caïd Essebsi à la tête du gouvernement de transition. Leur présence était contestée par les manifestants de la place de la Kasbah à Tunis, qui réclament depuis une dizaine de jours le départ du gouvernement de transition.

Le départ de M. Ghannouchi ne semblait pas avoir convaincu les protestataires. "Nous maintenons notre sit-in jusqu'à la formation d'une Assemblée constituante et la reconnaissance du conseil de protection de la révolution", a déclaré lundi le coordinateur du sit-in, Mohamed Fadhel, en référence à un collectif de l'opposition en cours de formation.

JOURNÉES DE CONTESTATION ET DE VIOLENCES

La capitale tunisienne a connu plusieurs journées de contestation et de violences : six personnes ont notamment été tuées, samedi, lors des affrontements ayant opposé à Tunis les forces de sécurité à des manifestants.

Depuis la chute et la fuite de l'ancien président Ben Ali le 14 janvier et la nomination de M. Ghannouchi comme premier chef du gouvernement de l'après-Ben Ali, l'éxécutif tunisien a connu peu de répit. La première équipe qu'avait formée Mohamed Ghannouchi, avec notamment des poids-lourds de l'ancien régime, n'a pas tenu deux semaines. Au bout de cinq jours de manifestations sous ses fenêtres, il avait jeté l'éponge le 27 janvier et formé une nouvelle équipe expurgée, tout en sauvant sa tête.



11-02-28 - Le Monde -- La révolution tunisienne est mise en péril par des actes de déstabilisation


La révolution tunisienne est mise en péril par des actes de déstabilisation

Le premier ministre Mohammed Ghannouchi, qui a démissionné, évoque un "complot".

Par Isabelle Mandraud

Publié le 28 février 2011 à 15h09, modifié le 28 février 2011 à 15h11

Quarante-cinq jours après la chute du régime de Zine El-Abidine Ben Ali, Mohammed Ghannouchi, premier ministre de la transition, a démissionné, dimanche 27 février. Le dirigeant tunisien, qui s'est exprimé depuis le Palais de Carthage, a justifié sa décision par la pression de la rue dont il fait l'objet depuis six semaines et qui a changé de nature dans les dernières quarante-huit heures, en devenant de plus en plus violente. "Je ne serai pas le premier ministre de la répression", a-t-il déclaré, avant d'ajouter cette mise en garde : "La majorité silencieuse est seule capable aujourd'hui de mettre un terme au complot qui se trame contre la révolution." Les manifestations, samedi, à Tunis, ont fait cinq morts parmi les jeunes.

Dimanche, dans la soirée, le président par intérim, Fouad Mebazaa, a fait une courte apparition à la télévision pour annoncer le nom du successeur de M. Ghannouchi, Béji Caïd Essebsi, 84 ans, un ancien ministre d'Habib Bourguiba, le père de l'indépendance tunisienne, dont il a été très proche. M. Essebsi, qui a présidé l'Assemblée nationale en 1990 et 1991 sous Ben Ali, a exhorté les membres du gouvernement Ghannouchi à rester à leur poste jusqu'aux élections prévues à la mi-juillet. Ancien ministre des affaires étrangères et de la défense, M. Essebsi l'a aussi été de l'intérieur, entre 1965 et 1969, à un moment où des militants d'extrême gauche ont été arrêtés, parmi lesquels figurait alors Mohamed Charfi, dont l'épouse Faouzia Charfi, est aujourd'hui secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur...

La Tunisie est-elle aujourd'hui en proie à une contre-révolution ? La question peut se poser, tant le pays apparaît soumis à une forte déstabilisation. Tout en annonçant, dimanche, le chiffre de cinq morts, tués par balles, le ministère de l'intérieur a évoqué des jeunes utilisés "comme des boucliers humains" par des manipulateurs. De fait, les manifestations ont changé de nature. Alors que pas un magasin, pas une vitrine n'avaient été endommagés sur l'avenue Habib-Bourguiba, à Tunis, lors du renversement de l'ancien chef de l'Etat Zine El-Abidine Ben Ali, des centaines de jeunes armés de pierres ont ravagé la principale artère de la capitale tunisienne.

Parasols des terrasses de café incendiés, vitrines brisées, lampadaires et bancs arrachés : l'avenue, noyée dans les fumées de gaz lacrymogènes et survolée par des hélicoptères, s'est transformée en quelques heures en zone de guérilla. L'armée et la police, très nerveuse, ont tenté de repousser les assaillants qui visaient le ministère de l'intérieur, attaqué à plusieurs reprises. La police a ouvert le feu. Repoussés dans les ruelles voisines, les jeunes ont cependant continué à harceler les forces de sécurité. Un couvre-feu total a été décrété sur l'avenue durant tout le week-end, tandis qu'un climat de peur s'est répandu dans la ville.

Parmi les jeunes manifestants se trouvaient des "ultras", des supporteurs de foot identifiables notamment par leur tambour. Or beaucoup, parmi les responsables politiques, les soupçonnent d'être payés par des membres de l'ancien parti du pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), pour "semer le chaos". M. Ghannouchi y a fait lui-même allusion en avançant le chiffre de 100 jeunes arrêtés pour des actes de pillage et de violence et en révélant la découverte d'une somme d'argent importante retrouvée dans une camionnette...

Agora permanente

Autre lieu de la contestation, la place de la Kasbah, située de l'autre côté de la Medina par rapport à l'avenue Bourguiba, est, elle, restée calme. Occupée en permanence depuis cinq jours par des centaines de jeunes et d'habitants venus du centre du pays, de Sidi Bouzid, de Thala, ou de Gafsa, la place est devenue une sorte d'agora permanente. Elle possède, au pied du ministère des finances, sa "cafétéria", sa propre radio locale, et son service d'ordre qui fouille tout nouvel arrivant. "On a peur des provocations", explique Amine, un étudiant. Mais là aussi, des questions se posent sur le financement de l'organisation. Un étudiant et une femme, pris en train de donner de l'argent à un jeune, ont été interpellés dimanche, puis relâchés.

A Sfax, le même jour, un meeting du parti (postcommuniste) Ettajdid, représenté au gouvernement, a été empêché de se tenir et ses affiches déchirées. Les responsables du parti assurent avoir identifié parmi les agresseurs des membres de l'Union générale tunisienne du travail, la centrale syndicale, des anciens du RCD et des jeunes.

"Il faut remettre le pays en marche, s'inquiétait samedi Yadh Ben Achour, le président de la commission des réformes politiques chargée de préparer les futures élections, lors d'une réunion organisée par Ettajdid à Tunis. Nous sommes dans une situation très difficile de déstabilisation, et cela peut nous mener au chaos."

"Beaucoup de révolutions ont échoué parce qu'il y a eu alliance entre les anciens des régimes et les ultra-radicaux, s'est alarmé de son côté Hamadi Redessi, un professeur de sciences politiques. Je dis aux radicaux, faites attention, car si cette révolution échoue, cela aura des conséquences dans tout le monde arabe." Lundi matin, le blogueur Slim Amamou, secrétaire d'Etat à la jeunesse, se réconfortait en écrivant sur Twitter : "Le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères espagnol m'a rassuré hier : ils ont eu le même bordel après Franco, ça s'est calmé après les élections."

Isabelle Mandraud



11-02-28 - Le Monde -- Les jeunes ne se reconnaissent pas dans Béji Caïd Essebsi


Tunisie : "Les jeunes ne se reconnaissent pas dans Béji Caïd Essebsi"


LEMONDE.FR | 28.02.11 | 16h12  •  Mis à jour le 28.02.11 | 19h44


Deux jours de manifestations, des violences qui ont provoqué la mort de cinq personnes au moins : la pression de la rue a finalement fait plier le premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi, remplacé par Béji Caïd Essebsi, dimanche 27 février. C'est désormais cet ancien ministre de Bourguiba qui doit mener le pays jusqu'aux élections de juillet.

Au lendemain de cette annonce, les protestataires continuent de camper sur la place de la Kasbah à Tunis. Rien d'étonnant selon Eric Gobe, politologue à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman : "les jeunes ne se reconnaissent pas dans Béji Caïd Essebsi", âgé de 84 ans, "figure lointaine" qui symbolise un "gouvernement décalé face à l'ébullition politique du pays". 

Comment analyser la démission de Mohammed Ghannouchi, dernier chef du gouvernement du président Ben Ali ?

Cette démission, c'est avant tout une réponse à la pression d'une partie de la population tunisienne. Aujourd'hui, deux courants politiques se structurent dans le pays. D'un côté, les partisans du gouvernement de transition constitués pour partie des composantes les plus technocratiques et les moins compromises de l'ancien régime, ainsi que des leaders de l'opposition reconnue de l'époque de Ben Ali. Cette opposition, qui s'inscrit dans une logique de compromis, veut des élections législatives et présidentielle anticipées, organisées dans le cadre d'une Constitution et d'un code électoral amendés.

Le second courant, quant à lui, est beaucoup plus radical dans sa revendication démocratique et c'est ce courant qui, avec l'appui des manifestants, a fait céder Mohammed Ghannouchi. On y retrouve les partisans du Front du 14-Janvier fondé le 2 février 2001, qui a lui-même débouché sur la création d'un Conseil national pour la sauvegarde de la révolution. Ce conseil rassemble 28 partis politiques et associations, du syndicat unique, l'Union générale tunisienne du travail, en passant par des partis d'extrême gauche ou Ennahda [parti islamiste tunisien].

Or, les membres du conseil exigent une rupture totale avec le passé. Ils demandent une forte épuration de l'appareil d'Etat. Ils exigent aussi, plus ou moins rapidement, l'élection d'une assemblée constituante. Le principe d'une assemblée constituante est de faire table rase du passé institutionnel de la Tunisie et de modifier le système de fond en comble, afin de proposer une nouvelle Constitution instituant un régime parlementaire.

Qu'incarne la figure de Béji Caïd Essebsi ?

Béji Caïd Essebsi est un ancien militant nationaliste. Il était aussi un haut cadre du Parti socialiste destourien [le parti de Bourguiba, président de 1957 à 1987]. Avocat de formation, il a été appelé par Bourguiba pour participer à la construction de la Tunise indépendante. C'est un homme d'appareil, passé par tous les ministères régaliens : la défense, l'intérieur, les affaires étrangères. Il était avant tout au cœur de l'ère Bourguiba.

C'est aussi un homme du sérail. Il a été député sous Ben Ali et président de la chambre des députés entre 1990 et 1991. Et sous Ben Ali, nul n'était élu député par hasard. Pour asseoir sa légitimité, Ben Ali s'était appuyé sur les personnalités fortes de la période Bourguiba. Mais en 1994, Béji Caïd Essebsi a pris ses distances vis-à-vis du régime et s'est retiré de la vie politique pour reprendre ses activités d'avocat.

Béji Caïd Essebsi a également été choisi parce qu'il figurait dans le logiciel du président par intérim, Foued Mebazaa : les deux hommes se connaissent, ils font partie de la même génération, celle des plus de 80 ans. Avec son départ du Parlement en 1994, le président par intérim a jugé que Béji Caïd Essebsi avait suffisamment pris ses distances avec Ben Ali et qu'il pouvait être un premier ministre moins contestable que Mohammed Ghannouchi.

Dans ce contexte, est-ce qu'on peut parler d'un nouveau départ ?

Pas vraiment. Le président tunisien par intérim nomme une personne plutôt âgée, un cacique du régime politique de Bourguiba. Et bien qu'il ait pris ses distances avec Ben Ali, il reste quelque part associé à l'ancien régime.

Le problème est que les jeunes ne se reconnaissent pas dans Béji Caïd Essebsi, c'est une figure lointaine. Il se trouve donc en porte-à-faux vis-à-vis la jeunesse. De surcroît, il n'a participé en rien au mouvement qui a abouti à la chute du régime de Ben Ali.

Je ne pense pas que la pression de la rue va diminuer. Le Conseil national pour la sauvegarde de la révolution va sûrement continuer à tenir un discours démocratique radical. On peut donc se retrouver dans une situation où des manifestants et le conseil revendiquent la démission du nouveau premier ministre.

Cette nomination révèle-t-elle la difficulté de l'opposition à s'organiser, à faire émerger de nouvelles figures ?

Bien sûr, et c'est un problème : pour l'instant, on ne sait pas quelles forces politiques vont émerger. Ben Ali avait éliminé toute opposition sérieuse et crédible. Par conséquent les partis actuellement au gouvernement sont sans ancrage social et populaire.

On voit pour l'instant, au sein du Conseil national pour la sauvegarde de la révolution, émerger une figure charismatique, Hamma Hammami. On note également que ce conseil prend de plus en plus d'ampleur, et se pose comme porte-parole de la population tunisienne, tout au moins de ceux qui descendent manifester. Il met ainsi le pouvoir sous surveillance et sous pression.

Béji Caïd Essebsi doit organiser des élections d'ici au 15 juillet, quel va être le calendrier du gouvernement provisoire ?

Sur ce point, c'est le flou : est-ce que le conseil va imposer sa vision? Est-ce qu'il va y avoir l'élection d'une assemblée nationale constituante ? En tous les cas, il est peu probable que les figures du Conseil de sauvegarde de la révolution intègrent le gouvernement de transition. Il s'agit plutôt pour ce conseil de faire pression sur le gouvernement transitoire et de contrôler son activité. D'une certaine façon, le gouvernement de Béji Caïd Essebsi apparaît en décalage face à l'ébullition politique du pays.

Propos recueillis par Flora Genoux


11-02-28 - Libération -- C'est une révolution de la jeunesse et la voilà conduite par un vieillard de 84 ans

28/02/2011 à 12h21

Marzouki: «C'est une révolution de la jeunesse et la voilà conduite par un vieillard de 84 ans!»

Interview

L'opposant tunisien, candidat à la présidentielle, ne se satisfait pas de la nomination d'un nouveau Premier ministre. Il critique la conduite de la transition démocratique, par une classe politique qui a conservé ses vieux réflexes.

Recueilli par Elodie AUFFRAY


Moncef Marzouki, à Sidi Bouzid, le 19 janvier 2011. (Zohra Bensemra / Reuters)

Après deux jours de manifestations massives, qui ont dégénéré en violences meurtrières, le Premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi a démissionné, dimanche. La rue était mobilisée depuis plus d'un mois contre le maintien de cet homme au poste de Premier ministre, qu'il occupait depuis onze ans.

Dans la foulée, le président Foued Mebazaa a annoncé la nomination de Béji Caïd Essebsi, 84 ans. Proche de Bourguiba, dont il a été conseiller dès l'indépendance en 1956, il a occupé plusieurs postes ministériels depuis: Défense, Intérieur, Affaires étrangères. Député jusqu'en 1994, il a depuis repris son métier d'avocat.

Pas sûr que cette nomination calme les Tunisiens. Le sit-in, qui se tient depuis dix jours sur la place de la Casbah, à Tunis, devant les bureaux du chef du gouvernement, se poursuit ce lundi. Les tensions persistent sur l'avenue Bourguiba, centre de la contestation et théâtre de violences ces derniers jours.

Moncef Marzouki, président du Congrès pour la République et candidat à l'élection présidentielle, qui doit se tenir d'ici mi-juillet, critique le déroulement de la transition démocratique en Tunisie.

Le départ de Ghannouchi est-il une victoire?

C'est surtout la preuve de la détermination des Tunisiens à faire partir les caciques de l'ancien régime. Le peuple est descendu dans la rue lorsque cinq ministres du RCD [Rassemblement constitutionnel démocratique, ex-parti de Ben Ali, ndlr] ont été nommés au gouvernement, [le 17 janvier].

Ils ont manifesté après la nomination de vingt préfets du RCD dans les régions. Il a aussi fallu se mobiliser pour la dissolution du RCD.

Le peuple a conscience du danger et la mobilisation ne faiblit pas, c'est ce qu'il y a de plus important. Le problème, c'est qu'il va falloir continuer, car ces caciques jouent toujours un rôle important. Ce n'est absolument pas fini. Ce régime, on ne l'abat pas par KO mais par points.

Comment réagissez-vous à la nomination de Beji Caïd Essebsi?

C'est une révolution de la jeunesse, démocratique, et la voilà conduite par un vieillard de 84 ans!

Tous les partis d'opposition sont déçus, y compris le Congrès pour la République, que je préside. Le syndicat UGTT a aussi exprimé son désaccord.

Nous déplorons moins le profil de la personne que le processus qui a conduit à sa nomination. Dans un processus révolutionnaire, il aurait fallu convoquer toutes les composantes. Or ce régime ne se fait conseiller que par les caciques du RCD.

Comment la transition démocratique doit-elle s'opérer?

Nous voulons la formation d'un gouvernement d'union nationale, qui comprenne tous les partis d'opposition et pas seulement les deux qui y sont actuellement, qui n'ont aucune légitimité parmi le peuple et sont même considérés comme des traîtres à la révolution.

Hormis le départ de l'ensemble du gouvernement, nous exigeons la tenue d'une assemblée constituante. Si ce nouveau Premier ministre le fait, c'est tant mieux, mais pour le moment, nous ignorons ce qui va se passer. Tout cela commence à être pesant pour les Tunisiens, qui ont besoin de stabilité.

Etes-vous prêts à participer à un éventuel gouvernement d'union nationale?

Nous sommes des gens constructifs, qui ne font pas que s'opposer. Oui, nous sommes donc prêts à entrer dans un gouvernement d'union nationale qui aurait un programme clair.

Mais nous ne sommes absolument pas consultés. Moi-même je suis interdit de télévision nationale, je fais partie d'une liste noire, occulte, qui n'a pas droit de cité à la télévision.

De quelle façon l'ancien régime continue-t-il à peser en Tunisie?

Il reste des groupes mafieux, des forces de sécurité, des responsables du RCD. Ils sont derrière les violences et les troubles qui agitent le pays. Ils sont toujours en liberté, ils complotent, ont de l'argent et achètent les gens, lancent des casseurs dans toutes les manifestations.

Face à cela, il faut un gouvernement fort, d'union nationale, qui puisse être à même de ramener la sécurité, de remettre la police au travail. Une police républicaine, débarrassée des ex-satrapes de Ben Ali, qui heureusement ne sont pas si nombreux. C'était d'ailleurs l'un des principaux reproches faits à Ghannouchi: sa faiblesse vis-à-vis de ces groupes. Il faut leur faire face, dans le cadre du droit, mais avec fermeté.

Avez-vous confiance pour la suite de la transition démocratique?

J'ai confiance dans le pays, dans cette jeunesse, dans la révolution, mais pas dans les hommes qui restent au pouvoir, qui tergiversent. Ils n'ont pas compris ce qu'est cette révolution, comment la traiter. C'est un cercle de vieux amis qui continuent à fonctionner entre eux. Ils n'ont pas compris la nouvelle Tunisie, et je suis effrayé par le hiatus entre cette classe politique et la jeunesse.


11-02-28 - Libération -- une révolution qui n’en finit pas

28/02/2011 à 00h00

Tunisie : une révolution qui n’en finit pas

Analyse

La démission hier du Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, proche de Ben Ali, après la mort de 5 manifestants samedi, plonge le pays dans l’incertitude, plus d’un mois après la chute du raïs.

Par CHRISTOPHE AYAD

Le Premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi annonce sa démission à la presse, le 27 février 2011 à Tunis. (© AFP Fethi Belaid)

Un Premier ministre qui démissionne au lendemain de la violente répression d’une manifestation ayant causé cinq morts : elle est peut-être là, la vraie révolution tunisienne. Mohamed Ghannouchi, contesté depuis plusieurs semaines, a finalement jeté l’éponge hier après-midi. «J’ai décidé de démissionner de ma fonction de Premier ministre», a-t-il déclaré hier sobrement, ajoutant : «Je ne serai pas le Premier ministre de la répression.» Avec cette démission, le dernier symbole du benalisme quitte le pouvoir comme le réclamaient des opposants qui, depuis deux jours, manifestaient à Tunis.

La capitale a connu, vendredi et samedi, ses rassemblements les plus importants, mais aussi les plus violents depuis le début de la révolution : 100 000 manifestants, selon le ministère de l’Intérieur, ont ainsi investi la Kasbah et l’avenue Bourguiba. Mais, vendredi comme samedi, les manifestations ont dégénéré dans l’après-midi quand une partie des protestataires s’est massée devant le ministère de l’Intérieur, symbole par excellence de l’ancien régime, attaqué à coups de pierres. Les forces de l’ordre ont alors dispersé les rassemblements avec une violence inouïe, provoquant cinq morts et des dizaines de blessés. Le centre de Tunis a été le théâtre de scènes de guérilla urbaine, qui se sont poursuivies hier, et d’une véritable chasse à l’homme. Tandis qu’à Kasserine, dans le centre du pays, l’armée a tiré à balles réelles dans les jambes de manifestants pour les empêcher d’investir les bâtiments publics et a procédé à de nombreuses arrestations parmi les jeunes de cette ville déshéritée et en ébullition depuis des semaines.

Malaise. Cette brusque dégradation de la situation, à laquelle ne sont pas étrangères diverses manipulations, révèle au grand jour un malaise persistant depuis la fuite le 14 janvier de l’ex-président Ben Ali, en exil en Arabie Saoudite. En effet, la rupture, souhaitée par une partie de la population, en particulier la jeunesse déshéritée de province et certaines forces politiques, n’a jamais eu lieu. Ghannouchi, Premier ministre de Ben Ali depuis 1999, avait pris la tête d’un gouvernement dit de transition dès le 17 janvier, comptant une majorité de membres issus du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) au pouvoir sous Ben Ali. Au bout d’une dizaine de jours de manifestations, Ghannouchi avait été contraint de nommer une nouvelle équipe exempte de responsables RCD et dominée par des technocrates, dont une brochette de diplômés des grandes écoles directement venus de France, qui ont été accueillis avec méfiance. Par la suite, Ghannouchi a annoncé la «suspension» des activités du RCD, puis la tenue d’élections mi-juillet pour tenter de calmer les suspicions.

Intenable. Rien n’y a fait, la confiance faisait toujours défaut à ce gouvernement dirigé par un homme, qui, bien qu’économiste compétent, technocrate plus que politique, avait cautionné tous les abus, exactions et malversations de Ben Ali. La mise en place, ces derniers jours, d’un Comité de protection de la révolution regroupant toutes les forces hostiles au gouvernement (la centrale syndicale UGTT, avocats, juges, le Forum démocratique de Moustafa ben Jaafar, ONG, islamistes d’Ennahda…) a fini par rendre la position du chef de gouvernement intenable. Son départ, hier, est un revers pour les milieux d’affaires et une partie de la bourgeoisie, qui tablait sur une transition en douceur, sans remise en cause du système. Il plombe aussi le Parti démocratique progressiste (PDP) de Néjib Chebbi et Ettajdid d’Ahmed Brahim, deux formations d’opposition qui avaient décidé de participer au gouvernement Ghannouchi.

Hier soir, un certain désarroi dominait en Tunisie. Le pays plonge en effet dans l’inconnu alors que l’économie est fragilisée par le quasi-tarissement de deux de ses principales sources de devises : le tourisme, en plein marasme, et les travailleurs émigrés en Libye, qui rentrent par dizaines de milliers au pays pour fuir les violences. Sans compter les conflits sociaux larvés, qui ralentissent l’activité. «Nous en sommes là où on devait en être le 15 janvier, résumait hier soir un observateur de la politique tunisienne. C’est maintenant que commence la vraie page blanche.» Hier soir, le président par intérim, Fouad Mebazaa, a annoncé la nomination de Béji Caïd Essebsi, un ex-Premier ministre de Bourguiba âgé de 84 ans, à la tête du gouvernement.


11-03-01 - Libération -- Amnesty International dénonce des meurtres commis par la police tunisienne

01/03/2011 à 15h30

Amnesty International dénonce des «meurtres» commis par la police tunisienne

Amnesty International a qualifié mardi de «meurtres» la mort de plusieurs personnes tuées en Tunisie dans la répression policière des manifestations ayant conduit à la chute du président Zine El Abidine Ben Ali et a réclamé une enquête impartiale.

«Ce sont des meurtres qui doivent faire l'objet d'une enquête transparente, impartiale et complète», a déclaré un responsable d'AI, Denys Robiliard, qui a présenté à Tunis les conclusions d'une mission d'enquête sur les troubles ayant conduit à la fuite le 14 janvier de Ben Ali (télécharger ici l'intégralité du rapport, en pdf)

«Ce qui frappe dans ces décès, c'est qu'actuellement, et sauf erreur de notre part, il n'y a pas eu d'enquête» de la part du gouvernement tunisien de transition, a-t-il déploré.

«Dans notre rapport sur des morts du 8 au 16 janvier, on peut conclure que les policiers ont tiré alors que leurs collègues n'étaient pas en danger et qu'ils n'étaient dans des situations de légitime défense», a-t-il ajouté.

«On a délibérément tué des manifestants»

«On a délibérément tué des manifestants et des personnes qui n'étaient pas des manifestants», a encore dit M. Robiliard qui avait conduit la mission d'enquête d'AI du 14 au 23 janvier.

«Le nouveau gouvernement doit faire en sorte que les homicides imputées aux forces de sécurité et les graves allégations de violations les incriminant donnent lieu sans délai à des enquêtes exhaustives et indépendantes et que les responsables présumés rendent des comptes», a déclaré pour sa part le directeur du programme d'AI pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Malcolm Smart.

«Après les longues années de répression qu'a connues le pays sous le président Ben Ali, les autorités tunisiennes doivent désormais prendre des mesures concrètes pour brider les forces de sécurité et inculquer la culture des droits humains aux forces de police en particulier», a ajouté M. Smart dans un communiqué.

Plus de 200 morts

Alors qu'une source proche du gouvernement avait fait état le 8 février de 234 tués depuis le début des troubles, la répression des récentes manifestations s'est soldée par six tués la semaine dernière à Tunis et à Ben Arous, dans la banlieue sud de la capitale.

«Il n'est pas normal qu'à l'occasion de manifestations des personnes décèdent par des tirs des forces de l'ordre», a commenté mardi M. Robiliard, interrogé sur ces nouvelles victimes.

Le 1er février, l'ONU avait rendu public un bilan de 219 morts, dont 72 prisonniers, et de 510 blessés, dans les troubles en Tunisie.

(Source AFP)


11-03-03 - Kapitalis -- Tunisie_ Les causes des violences à Ksar Hellal

Jeudi, 03 Mars 2011 00:23

Selon des témoins, 80 blessés à Ksar Hellal, ville du textile au Sahel. C’est le bilan d’une nuit blanche et d’une querelle qui a de vilains relents de régionalisme.


Pour éteindre les feux et arrêter les violences, il a fallu que toutes les forces de la région interviennent et on a demandé même du renfort des régions voisines. La poursuite des malfaiteurs a duré de 21heures à minuit. Bilan selon les habitants: 80 blessés.
Les raisons de ce soulèvement n’ont aucun lien avec la politique et les politiques. Des usines qui emploient les milliers d’ouvriers ont été prises d’assaut par Awled Ayar, une communauté du centre-ouest et qui vit (et travaille) dans la ville depuis plusieurs années. Que veulent Awled Ayar? Selon des témoins, ils exigent de déplacer toutes les usines dans leur région natale, sinon ils mettent les feux partout.
Des émeutes se sont déclenchées entre cette population et les patrons d’usines avec à l’appui, armes blanches. «Nous avons vécu une nuit terrible. Les avions n’ont pas cessé de pétarader. C’était horrible. Nous nous préparons ce soir au pire et pas seulement à Ksar Hellal, mais à Moknine, à Bouhjar, à Sayada et dans toutes les villes dotées d’usines», raconte à Kapitalis, Samira. Qui dit qu’il y a eu aujourd’hui du renfort de la part de Awled Ayar». Cette communauté a tenté de casser la statue de Bourguiba et de vouloir la remplacer par celle de Bouazizi.


11-03-03 - Tunisie Soir -- Emeutes à Ksar Hellal plus de 184 blessés dont 4 graves

Les émeutes survenues, au cours des deux dernières nuits, dans la ville de Ksar Hellal (gouvernorat de Monastir), entre des citoyens des cités Erriadh 2 et 3, se sont soldées par plus de 184 blessés dont quatre dans un état grave, c'est ce qu'a affirmé, à la correspondante régionale de l'agence TAP, une source médicale.

Dr Lotfi Mhenni, médecin au service des urgences à l'hôpital régional de Ksar Hellal, a indiqué que les cas graves ont été transférés vers l'hôpital universitaire Fattouma Bourguiba, à Monastir, tandis que trois autres personnes asphyxiées au gaz lacrymogène ont été secourues, à l'hôpital régional de Ksar Hellal, et ont pu quitter l'établissement hospitalier.

Les blessures contractées sont dues au jet de pierres, à l'usage d'armes blanches et aux tirs de feu, a-t-il précisé.

De son côté, M. Amara Tamboura, directeur de l'hôpital universitaire Fattouma Bourguiba, a fait savoir que 14 blessés ont afflués vers l'hôpital, mercredi soir à partir de 21h00 jusqu'à 02h00 du matin. L'un d'eux, blessé par balle, a été transféré à l'hôpital Sahloul, à Sousse.

Une source médicale a indiqué qu'une personne présentant une blessure à l'arme blanche sous l'épaule droite, au niveau du poumon, a subi une intervention chirurgicale, jeudi après-midi, à l'hôpital universitaire Fattouma Bourguiba et que son état est stable.


11-03-04 - Libération -- En Tunisie, une Assemblée constituante sera élue le 24 juillet

04/03/2011 à 09h00

En Tunisie, une Assemblée constituante sera élue le 24 juillet

Le président tunisien par intérim Foued Mebazaa a annoncé jeudi soir, dans un discours télévisé à la nation, l’élection le 24 juillet d’un Assemblée constituante, chargée d’élaborer une nouvelle Constitution pour l’après-Ben Ali.

«Nous proclamons aujourd’hui l’entrée dans une nouvelle ère (…) dans le cadre d’un système politique nouveau qui rompt définitivement avec le régime déchu», a déclaré M. Mebazaa.

Pour cela, des élections seront organisées le 24 juillet pour «la formation d’une Assemblée nationale constituante (ANC) qui élaborera une nouvelle constitution», a-t-il ajouté.

«Place au travail et à l’arrêt des sit-in, y compris à la Kasbah» (le quartier gouvernemental au coeur de Tunis), a réagi Ali Ben Romdhane, le secrétaire général adjoint de la puissante centrale syndicale UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) qui avait largement contribué aux manifestations qui ont fait tomber Ben Ali.

«Nous allons travailler avec les autres forces politiques pour aider l’autorité publique à réaliser sa mission. Le programme est clair, il n’y a plus de flou», a-t-il déclaré à l’AFP.

«C’est une victoire du peuple et de la révolution», a déclaré à l’AFP Hamma Hammami, chef du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT), tout en émettant des réserves notamment sur le délai «trop court de quatre mois et demi» selon lui pour l’élection de l’ANC.

M. Mebazaa a en outre annoncé implicitement la dissolution de l’actuelle Constitution qui «ne répond plus aux aspirations du peuple après la révolution» du 14 janvier (la chute et la fuite de Zine El Abidine Ben Ali) et «constitue un obstacle à des élections transparentes».

M. Mebazaa, dont le mandat intérimaire expire le 15 mars en vertu de l’actuelle Constitution, a affirmé qu’il allait rester en place «contrairement aux rumeurs» qui lui avaient prêté l’intention de se retirer.

«Je m’engage (…) à poursuivre ma mission à l’expiration du délai du 15 mars», a-t-il dit.

Le président par interim

et le gouvernement de transition, que doit constituer le nouveau Premier ministre Béji Caïd Essebsi, formeront «l’autorité publique» dont l’action «cessera le jour de l’élection de l’Assemblée nationale constituante», a-t-il précisé.

En vue de cette élection, a détaillé le président, «un système électoral spécial» sera préparé «au plus tard avant la fin du mois de mars» par la «Haute commission pour la réalisation des objectifs de la révolution, la réforme politique et la transition démocratique».

Cette Haute Commission regroupe désormais deux instances: le Conseil et la Commission des experts, a indiqué à l’AFP son président, Yadh Ben Achour.

Le texte électoral fera «l’objet de consultations dans le cadre du Conseil» de la Haute commission, formé de personnalités, de représentants des partis politiques et des organisations de la société civile «qui ont participé à la révolution ou l’ont soutenue».

Cela semble clairement exclure du processus le Rassemblement Constitutionnel démocratique (RCD), le parti de Ben Ali, suspendu en attendant sa dissolution par voie de justice.

Le président par intérim a exhorté les Tunisiens à «se remettre au travail» au moment où l’économie subit les incidences des troubles ayant émaillé le soulèvement populaire qui a conduit à la fuite de Ben Ali.

Selon une source proche du gouvernement, Béji Caïd Essebsi devrait annoncer vendredi son gouvernement de transition, un cabinet de «technocrates» après la démission en deux jours de cinq ministres, dont les deux représentants de partis d’opposition.

Ce sera le troisième gouvernement depuis la chute de Ben Ali, les deux premiers ayant été conduits par Mohammed Ghannouchi.

(Source AFP)



11-03-04 - Ma Tunisie sans Ben Ali -- Les manifestants de la Kasbah garants de la Révolution

Pendant plusieurs jours, un sit-in à la Place de la Kasbah à Tunis a réuni plusieurs milliers de Tunisiens qui exigeaient le départ de Mohamed Ghannouchi. Le Premier ministre, fidèle compagnon de Ben Ali depuis plus d’une dizaine d’années, avait jusque là ignoré les appels du peuple et avait vainement tenté de contenter la foule à travers deux remaniements ministériels.

En marge de ces manifestations pacifistes, une centaine de jeunes «casseurs» se sont attaqués à l’avenue Habib Bourguiba, saccageant et brûlant plusieurs commerces. Une atmosphère de chaos régnait sur le centre ville de Tunis, amenant les forces de l’ordre à réagir violemment. Le bilan très lourd de ces affrontements entre policiers et jeunes est de cinq morts. On s’accorde aujourd’hui à penser que ces actes sont à décorréler des revendications des manifestants de la Kasbah.

Sous la pression, Ghannouchi cède

Encore une fois, le gouvernement a réagi sous la pression populaire. Les manifestants de la Kasbah auront eu «la tête» de Ghannouchi à l’usure. «Je ne suis pas l’homme de la répression et ne le serai jamais», a-t-il déclaré dans son ultime allocution au peuple tunisien. Il aura donc fallu cinq morts pour que Ghannouchi se désolidarise de ce gouvernement, une façon pour lui de partir tout en gardant l’estime des Tunisiens.

On a l’impression que la démission du premier ministre provient plus d’une résignation que d’un choix réfléchi. Ghannouchi semblait totalement sous pression au sein du gouvernement de transition, en témoignent ses larmes à peine contenues lors de ces deux passages télévisés. On ne peut comprendre comment cet homme aussi sensible a pu cautionner la répression aux côtés de Ben Ali. Ghannouchi n’a eu de cesse de nous avertir que l’on a évité «le bain de sang», qu’un vrai complot a été déjoué, sans jamais nous révéler le réel scénario et les acteurs. Prenant des décisions très mesurées, il essayait de contenter toute contestation, sans toutefois y répondre concrètement.

Mais voilà, lorsqu’un peuple fait déchoir un dictateur en trois semaines, lorsque les événements s’enchaînent à une vitesse vertigineuse, quarante jours d’immobilisme sont une éternité.

Les Tunisiens se divisent

Par sa sensibilité et peut-être aussi par cet immobilisme, Ghannouchi s’était aussi attiré la sympathie d’une partie de la population tunisienne. Le soir de son départ, il s’est distingué par sa plus grande action depuis le 14 janvier 2011, réveillant ainsi la «majorité silencieuse ». Plusieurs milliers de personnes ont investi un autre lieu de la capitale, «la coupole», réclamant le retour au calme social et au travail afin de préserver l’économie du pays.

Depuis le 14 janvier 2011, la liberté a été obtenue, la dignité retrouvée. Les Tunisiens ne se battent plus pour des valeurs, mais pour des idées et des intérêts. C’est sans nul doute là où les clivages ont commencé. Ben Ali, l’ennemi commun qui avait uni les Tunisiens, n’est plus. Si l’on s’accordait avant à dire que la démocratie ne pouvait venir qu’avec son départ, la voie que doit aujourd’hui emprunter la Révolution tunisienne afin de déboucher sur une vraie démocratie est loin d’être définie. Chacun y va de ses propositions, et dans un pays où la politique reste une notion très obscure, on comprend alors aisément qu’il puisse régner un vrai climat de méfiance. Les théories du complot fusent de toutes parts sur les ennemis de la Révolution. Le comité de protection de la révolution, composé de formations politiques et de plusieurs membres de la société civile, est loin d’avoir l’aval de la population. Les partis d’opposition, censés être à l’image du pluralisme idéologique des Tunisiens, sont, pour la plupart, inconnus du peuple. En qui aujourd’hui peut-on avoir confiance pour préserver les acquis de la révolution? Un vrai problème de légitimité se pose, auquel seules des élections présidentielles rapides peuvent répondre.

Le nouveau Premier ministre, Beji caïd essebssi, semble l’avoir compris. A peine a-t-il été nommé qu’il annonce déjà plusieurs mesures déterminantes: l’élection d’une assemblée constituante qui devra mettre en place une nouvelle constitution et organiser les élections rapidement. Mais aussi, l’impossibilité aux membres du gouvernement de cumuler les fonctions et de choisir entre leurs ambitions politiques et leurs actions ministérielles. Cette mesure a d’ailleurs eu pour conséquence d’entraîner une cascade de démissions au sein du gouvernement.

La Kasbah, le fief de la contestation

Le nouveau Premier ministre reste néanmoins sous l’œil inquisiteur d’une partie de la population tunisienne. La Kasbah est encore, à ce jour, investie par de nombreux manifestants. Cette pression maintenue par le peuple sur le gouvernement est nécessaire voire indispensable. Depuis le départ de Ben Ali, ceux dont les voix se sont élevées de cette place n’ont eu de cesse de réclamer un gouvernement de transition «propre». La Kasbah a accueilli les vrais acteurs de la Révolution tunisienne, des habitants venus des régions les plus défavorisées du pays. Ceux qui ont le plus souffert pendant le régime Ben Ali, et ceux qui ont donné de leur sang et ont amené à la libération du peuple tunisien. Ceux qui, en fin de compte, ne nous trahiront jamais. La Kasbah est donc légitimement devenue le lieu symbolique de la contestation populaire. Il m’apparaît très important de garder la symbolique de ce lieu, comme le noyau de la voix du peuple. La Kasbah doit accompagner le gouvernement jusqu’aux élections présidentielles par des sit-in pacifistes, par des messages forts, peints sur les murs de la place, par des expositions artistiques. La Kasbah doit rester le lieu ultime de vigilance, de conscience et de mémoire.


11-03-04 - Le Monde -- Les jeunes de la Kasbah reprennent la révolution tunisienne en main

Un mois et demi après la chute du régime Ben Ali, l'inertie politique et sociale leur fait craindre qu'on ne leur vole leur révolution.

Par Hélène Sallon et Hélène Sallon

Publié le 04 mars 2011 à 16h58, modifié le 28 février 2014 à 17h57

Vendredi 4 mars, dès l'aurore, la place de la Kasbah, à Tunis, s'est activée. Des dizaines de jeunes, la mine défaite et les cheveux ébouriffés, plient les tentes de fortune qu'ils ont installées au cœur de la cité administrative du pays et préparent leur paquetage. La pluie fine qui tombe sur la ville commence à laver les traces de leur sit-in de quatorze jours.

Malgré le manque de sommeil et les conditions rudimentaires dans lesquelles ils ont vécu, tous ont cette petite étincelle de fierté dans le regard. La veille, ils ont célébré une nouvelle victoire. Le président par intérim, Fouad Mebazaa, a exaucé l'une de leurs revendications, en annonçant dans un discours télévisé l'organisation d'élections le 24 juillet pour former un conseil représentatif chargé d'amender la Constitution.

LA KASBAH, ACTE II

Ces jeunes de Kasserine, Sidi Bouzid, Gafsa, Bizerte, mais aussi Tunis, ont redonné une place centrale au peuple dans la gestion de la transition depuis ce haut lieu de la révolution tunisienne. Un mois et demi après la chute du régime Ben Ali, l'inertie politique et sociale dans laquelle ils voyaient le pays s'enliser leur a fait craindre qu'on ne leur vole leur révolution. Ils sont revenus, déterminés, pour donner voix à leur exaspération.

"Ghannouchi dégage" a été leur premier cri de ralliement. Dimanche, ils ont eu gain de cause en obtenant la démission du premier ministre de transition, et avec lui, d'une partie du gouvernement. Ils ont décidé de rester jusqu'à ce que toutes leurs revendications soient entendues. "On veut une assemblée constituante, un régime parlementaire, la fin de l'ancien régime, la démocratie et la dignité", explique Oussama, l'un des coordinateurs du sit-in venu du gouvernorat de Ben Arous.

Des Tunisois de passage s'arrêtent un instant, serrent les mains et félicitent les "jeunes héros". Des groupes se forment ici et là pour entonner les chants de la victoire. Leur chant, "Oummati, oummati" ("Ma nation, ma nation"), célèbre la fierté retrouvée du peuple et retrace l'épopée de la Kasbah II. Avec, en mémoire, les cinq manifestants tombés le précédent week-end sous les balles de la police.

Les jeunes de la Kasbah s'apprêtent à reprendre le chemin du retour, le sentiment du devoir accompli. "On a gagné !", crient des jeunes de Kasserine. "On est vraiment très heureux. C'est la première fois que le gouvernement entend notre voix et annonce qu'il accepte nos demandes", se réjouit Atef, un enseignant de technologie de 27 ans venu de Kasserine. "On accepte ce que le gouvernement a dit, mais s'il ne fait pas ce qu'il a dit, on retournera à la Kasbah inch'allah", prévient-il. Ils ont décidé de donner le bénéfice du doute au nouveau premier ministre, Béji Caïd Essebsi. "On va voir comment il va réagir, sinon on va le dégager", résume lapidaire Hamdi, une jeune de 21 ans originaire de Bizerte.

LE SOULAGEMENT DE LA "MAJORITÉ SILENCIEUSE"

A quelques kilomètres de là, dans le quartier résidentiel de la Menzah, la fin du sit-in est vécue comme un soulagement. Tous les soirs depuis lundi, des centaines de Tunisois se sont réunis à la coupole de la Menzah pour soutenir le gouvernement de transition et protester contre le "radicalisme" et la "dictature" de la Kasbah. Ils ont répondu à l'ultime appel de Mohamed Ghannouchi à la "majorité silencieuse" pour qu'elle se montre et affronte une"minorité" qui décide à la place des Tunisiens.


"Nous et la Kasbah, on défend la même cause différemment : préparer le terrain propice pour une Tunisie libre, digne, pluraliste et démocratique", explique Faris Bouazizi, étudiant en marketing et coordinateur du mouvement. Tout est question de méthode. "Il faut donner du temps au temps. La nouvelle Constitution, il faut du temps pour l'écrire puis pour réformer", justifie Ahlam Smida, universitaire. "Il faut six mois pour que les partis fassent leur marketing, qu'on les connaisse à la base", renchérit Mohamed Trabelsi, gérant d'entreprise.

Partisans de la transition douce, ils accusent la Kasbah d'entretenir un chaos et un blocage politico-économique contre-productif et dangereux pour la sécurité du pays. Ils y voient, à l'instar de Slim, professeur de cinéma, un "coup de force", une manipulation de la Kasbah, par Abdessalam Jrad, président du syndicat UGTT, et de Hamma Hammami, secrétaire général du Parti ouvrier communiste et tunisien, figures de proue d'un collectif qui a le premier appelé à la création d'un Haut Comité pour la sauvegarde de la révolution, des réformes politiques et de la transition démocratique.


LA RUE TUNISIENNE DIVISÉE

La division entre la Kasbah et la Menzah perdure. Tunisois contre Tunisiens de l'intérieur, classe active contre jeunes et chômeurs, "majorité silencieuse" contre "minorité active", "pragmatiques" contre "jusqu'au-boutistes" : les poncifs demeurent, alimentés par les rumeurs et les accusations respectives des derniers jours.

Certains à la Menzah revendiquent la victoire. "On est satisfaits de cette annonce et de la date du 24 juillet car les partis politiques auront le temps de travailler. Il n'y aura pas de vide politique car le président va rester en place jusqu'à l'assemblée constituante", commente Hedi Ben Doua, 33 ans, fonctionnaire au ministre des finances et coordinateur du mouvement Tunisie indépendante. Lui y voit même la défaite de la Kasbah : "Par notre action, nous avons pu faire basculer les choses en notre faveur. Le Comité pour la sauvegarde de la révolution n'a pas été approuvé pour mener la transition. Le nouveau premier ministre n'a pas démissionné comme ils le demandaient."

Pour beaucoup de sympathisants de la Menzah, l'union de tous doit primer sur la revendication de la victoire. Un groupe Facebook a été créé pour appeler à une marche de respect et de solidarité de la Menzah à la Kasbah vendredi après-midi. "Il faut réconforter les manifestants qui affrontent depuis des semaines le froid, la pluie, la faim, la peur et l'isolement. Il faut les réconforter et les encourager davantage à poursuivre leur combat dans leur vie quotidienne face au chômage, à la pauvreté, à l'injustice et à l'exclusion", appelle le groupe.

Hélène Sallon et Hélène Sallon


11-03-04 - Business News -- Tunisie Désordre et dérive sécuritaire à Gafsa

La ville de Gafsa connaît, depuis jeudi 3 mars 2011, une situation de désordre, une interruption de la circulation et l'installation de barrages en l'absence totale des forces de sécurité intérieure, a constaté la correspondante de l'Agence TAP dans la région.

Des rassemblements de jeunes ont été constatés au niveau des carrefours et des principales artères de la ville. Ces jeunes ont incendié des pneus de voitures et des bennes à ordures et entravé la circulation des voitures, des bus et des camions à l'entrée et à la sortie de Gafsa et au carrefour qui mène au gouvernorat de Tozeur, Om Larayes, Sidi Ahmed Zarrouk et la zone industrielle d'El Aguila.
Les transports sont interrompus depuis hier à Gafsa et à El Ksar en raison de la situation de désordre et de dérive sécuritaire, précise la correspondante de la TAP.

Le trafic des bus dans la région d'El Jerid et les villes de Metlaoui, Oms Larayes et Redeyef a été interrompu. La circulation entre la ville d'El Ksar et Gafsa a été entravée par les barrages dressés par des groupes de jeunes au niveau du pont d’Oued Baiech et de la route nationale reliant Gafsa et Gabès.
Toutes les routes menant au siège du gouvernorat, à la station de radio de Gafsa et au tribunal de première instance ont été bloquées par des groupes qui ont incendié des pneus et des bennes à ordures en utilisant des cocktails Molotov.

Ces groupes ont pénétré dans le siège de la radio régionale de Gafsa avant d'être évacués par l'armée nationale.


11-03-04 - Webmanagercenter -- Tunisie La vérité sur les événements de Ksar Helal

Par : Redaction

4 mars 2011


Maisons vandalisées, pillées et saccagées. C’est le spectacle désolant que vivent, depuis mardi 1er mars 2011, les habitants des cités Erriadh 1, 2 et 3 -surnommées «la Zone»- de la ville de Ksar Helal. Pour en savoir la ou les causes, nous nous sommes rendus sur les lieux.

La peur et la colère sont lisibles sur les visages des rares personnes que nous avons rencontrées –la plupart des habitants préfèrent se terrer chez eux.

En fait, lesdits actes de vandalisme ont entraîné des accrochages entre les habitants d’Awled Ayar et ceux dits de “la Zone“ (Cité Erriadh). Plusieurs d’entre eux ont été blessés par des armes blanches.

Il est nécessaire de préciser, tout d’abord, que la communauté Awled Ayar vit et travaille à Ksar Helal depuis de nombreuses années. Dans ce cas, deux ou trois questions méritent d’être posées: Quelles sont les causes de ces violences? Pourquoi maintenant? Et qui sont les fauteurs de trouble?

Notre déplacement dans la ville de Ksar Helal, le jeudi 3 mars 2011, visait à obtenir des réponses à ces interrogations. Mais comme on l’a indiqué plus haut, c’est une ville quasi-morte que nous avons trouvée.

Cependant, nous avons essayé de rencontrer quelques habitants pour comprendre ce qui se passe. Il est 15h30 à Ksar Helal, «comme vous le constatez, nous raconte un citoyen, tous les locaux commerciaux et autres boutiques de la ville sont fermés, les habitants vivent entre peur, colère et impuissance». Avant de souhaiter «l’intervention de l’armée et des forces de sécurité ne serait-ce que pendant la nuit».

Après ce constat, nous avons réussi à rencontrer le directeur d’une société de textile-habillement, et qui habite aux environs de la cité Erriadh. Selon M. Rachid, ces actes de violences ne sont pas le fruit du hasard. «Ils coïncident avec l’anniversaire du Parti Néo-Destour, fondé par Habib Bourguiba le 2 mars 1934 à Ksar Helal, devenu RCD en 1988», rappelle-t-il. Puis, il accuse: «des anciens RCDistes et autres Bourguibistes d’être en train de jouer la carte du régionalisme pour semer le trouble dans la zone et de prétendre que les habitants de Ksar Helal seraient des anti-révolution».

Notre interlocuteur va jusqu’à affirmer que ces anciens du régime déchu circulent dans la ville et distribuent de l’argent à des personnes pour semer des actes de vandalisme.

Toujours selon M. Rachid, la communauté d’Awled Ayar, et contrairement à ce que l’on croyait, n’a aucune revendication, sociale ou politique. Les habitants de cette localité n’ont pas demandé le démontage des usines et leur transfert vers d’autres régions; de même, ils n’ont pas tenté de casser la statue de Bourguiba pour la remplacer par celle de Bouazizi», précise M. Rachid.

Par ailleurs, notre interlocuteur a précisé, que quelques locaux de commerce ainsi que quelques maisons ont subi des dégâts après les actes de saccage et de pillage dans la nuit de mercredi à jeudi où au moins 80 personnes ont été blessées.

Enfin, M. Rachid dément catégoriquement les informations publiées par certains médias faisant état du pillage de plusieurs usines; il reconnaît cependant qu’une seule petite usine de confection a été pillée. Toutes les sociétés de la zone continuent normalement leurs activités.

Bien entendu, à cause de l’insécurité régnante et son corolaire, la peur, le taux d’absentéisme, durant cette semaine, est passé à 40%, affirme notre interlocuteur


11-03-07 - Echos -- le temps des colères sociales

07/03/11 | 02:00 | mis à jour le 11/03 à 10:56 | Marie-Christine Corbier

Tunisie : le temps des colères sociales

Grèves, sit-in, occupations d'usines... deux mois après la chute du régime Ben Ali, les revendications se multiplient en Tunisie. Et certains redoutent que le « chaos » ne fasse fuir les investisseurs.

Hervé Bauchet est prêt à lâcher les chiens. Ce chef d'entreprise a acheté quatre pitbulls pour « sécuriser l'entreprise et les gens qui y travaillent ». Il dirige Cablitec Tunisie, une société française spécialisée dans les câbles pour l'industrie automobile. Depuis le 14 janvier et la chute de l'ancien président Ben Ali, le site, installé dans la zone industrielle de Sousse, à deux heures de Tunis, connaît des débrayages à répétition. Les grévistes réclament la réintégration d'une salariée - par ailleurs représentante du personnel -licenciée en novembre. Pour « insultes, crachats et coups donnés à un autre salarié », affirme la direction. « L'UGTT (Union générale tunisienne du travail, la grande centrale syndicale du pays, NDLR) ressort des vieux dossiers pour obtenir ce qu'elle ne pouvait pas avoir avant la révolution, soutient Hervé Bauchet. Elle empêche ceux qui veulent travailler d'entrer dans l'entreprise en les intimidant et en les menaçant. Le 14 février, des salariés ont même été frappés. Nous avons sollicité l'arbitrage du gouvernorat de Sousse, puis de l'inspection du travail. » En vain. « Des grévistes m'ont dit "dégage" et on a inscrit ce slogan sur ma voiture », poursuit, amer, le patron de Cablitec Tunisie. Résultat : le 22 février, la direction commerciale du groupe, basée à Sissonne (Aisne), a suspendu la fabrication du site. « On se donne deux à trois mois avant une éventuelle fermeture », précise le dirigeant. « Pendant des années, la Tunisie a connu l'immobilisme, explique son adjoint, Tarique Essardaoui, un Tunisien. Tout cela s'est accumulé et aujourd'hui, ça explose. Ils essaient d'obtenir ce qu'ils veulent en se disant que c'est maintenant ou jamais. C'est la période des opportunistes. »

Et Cablitec est loin d'être un cas isolé... « Le chaos menace en Tunisie, s'inquiète Charles Saint-Prot, directeur de l'Observatoire d'études géopolitiques. Des soviets se mettent en place dans les usines. Cette pagaille risque de faire perdre de précieux points de croissance que le pays aura du mal à rattraper. Certains investisseurs, qui comptaient investir en Tunisie, se tournent d'ailleurs déjà vers le Maroc. »

Hausses de salaires

A une centaine de kilomètres de Sousse, près de Zaghouan, dans le centre du pays, Jean-Marc Mercier dirige Bonna Tunisie, filiale d'une entreprise française de BTP. Il sort d'un mois de conflit avec ses salariés. « Pendant la révolution, les ouvriers ont gardé l'usine, raconte-t-il. Une semaine après, ils réclamaient 30 % d'augmentation de salaire. Quelques jours plus tard, d'anciens membres du RCD (le parti unique de Ben Ali, NDLR), des membres de l'UGTT et d'anciens employés se sont postés à l'extérieur de l'usine en disant : "personne n'entre !" Les gars de l'UGTT de l'usine étaient débordés par des membres de leur propre syndicat venus d'ailleurs pour faire de la surenchère. Il y a même eu des jets de pierres entre les deux camps. » La situation s'est dénouée grâce à l'intervention de l'inspection du travail et au prix d'une augmentation du salaire de base de 10 %.

Autre exemple, Asteel Flash Tunisie, la filiale d'une entreprise française de sous-traitance spécialisée dans les cartes électroniques et implantée depuis seulement le 1er janvier dans le pays. « J'ai tout de suite accepté une augmentation des salaires de 10 % pour ne pas laisser pourrir le mouvement », explique Alain Eusebi, son directeur général adjoint.

Si les entreprises françaises sont nombreuses à avoir ainsi dû concéder des hausses de salaire courant janvier, l'explosion sociale touche également les entreprises tunisiennes. Dans le centre du pays, la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) ne peut plus exporter le phosphate qu'elle exploite. « Des tentes posées sur les voies de chemin de fer bloquent toute activité, explique Mahmoud Maaref, directeur central financier de CPG. L'entreprise perd chaque jour 2 millions de dinars [environ 1 million d'euros] et le groupe chimique qui lui est rattaché, 5 millions de dinars », déplore-t-il. Depuis plusieurs semaines, une cinquantaine de chômeurs de la région de Gafsa font un sit-in devant le siège de la CPG à Tunis, dans le centre de la capitale. « Ils réclament 17.000 embauches pour les 17.000 familles qu'ils ont identifiées comme manquant de ressources dans leur bassin minier, poursuit Mahmoud Maaref. A leurs yeux, ces emplois leur sont dus : ils considèrent que la révolution qui a renversé Ben Ali a démarré avec les émeutes sociales de Gafsa en janvier 2008 et qu'elle a donc abouti grâce à eux. »

Non loin du siège de la CPG, les salariés de Tunisie Telecom attendent, eux, d'être reçus par le secrétariat d'Etat aux Télécommunications. Ils demandent... le départ de 63 personnes recrutées en 2007. « Elles doivent dégager, commente le secrétaire général de la Fédération UGTT des télécoms, Mongi Ben Mbaret. Ce sont les yeux et les bras de l'ancien régime. » « Ces 63 personnes perçoivent l'équivalent du tiers des salaires des 8.500 salariés de l'entreprise !, tonne une salariée, Ahlem Ghorbel. Le PDG s'était engagé à ce qu'elles quittent l'entreprise, avant de se rétracter. On demande l'application de cette décision. On n'a plus confiance. »

Titulariser les précaires

A quelques mètres des barbelés entourant encore le ministère de l'Intérieur, sur l'avenue Bourguiba, la tour de l'hôtel Africa abrite des salariés qui s'estiment peu soutenus par les autorités dans le combat contre leur patron, qu'ils accusent d'être un proche de l'ancien président Ben Ali. L'hôtel a dû fermer le 10 février mais les salariés continuent d'occuper les lieux. Ils demandent « la titularisation de 60 personnes » en contrats précaires depuis parfois huit ans et plus. « On n'a jamais demandé d'augmentation de salaire. Notre seule revendication, c'est la titularisation, explique Chokri Mammami, chef de rang au room service. On n'a rien dit pendant cinquante ans. C'est maintenant l'occasion ou jamais de parler. » L'Africa n'est pas un cas isolé. « Une grande partie des hôtels sont touchés par des tensions sociales liées au travail précaire, explique Kamel Saad, secrétaire général de l'UGTT en charge du tourisme. Nous voudrions réussir à la fois la révolution et la saison touristique. Alors, il faut que les patrons nous aident. »

La carte de l'apaisement

Les revendications sociales seront bientôt portées au niveau national, puisqu'une grande négociation entre patronat et syndicats doit démarrer ce mois-ci. Elle portera notamment sur les augmentations de salaire. Et ceux qui ont déjà concédé de telles hausses s'attendent à devoir remettre la main au portefeuille. Mais le patronat, représenté par l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (Utica), aimerait différer la négociation en avril, « quand la situation sociale sera plus stable ».

Aujourd'hui, dans les deux camps, certains jouent l'apaisement. « Les revendications salariales sont négligeables lorsqu'elles sont converties en euros », note ainsi Mohamed Ben Sedrine, le coordinateur général de l'Utica. Il a provisoirement remplacé Hédi Djilani, personnage très proche des familles Ben Ali et Trabelsi, qui a démissionné le 19 janvier. De son côté, l'UGTT ne veut pas être accusée d'affaiblir l'économie tunisienne : « Nous sommes des gens responsables. Les augmentations de salaire ? C'est très important, mais ce n'est pas si urgent, assure Mohamed Boukhari, secrétaire général adjoint de la Fédération UGTT de la STEG, l'entreprise d'électricité et de gaz du pays. Il y a d'abord des gens qui ont besoin d'un travail. »

L'explosion sociale en cours ne surprend pas un diplomate français : « Le modèle tunisien, c'était des gens très bien formés, très mal payés, avec prière de la fermer. Alors, forcément, quand tout ça explose, ils revendiquent ! » Et certains s'inquiètent : « Jusqu'ici, la Tunisie attirait les investisseurs grâce à des salaires bas et à une grande stabilité sociale et syndicale, confie un proche des milieux d'affaires français... Or tout cela vole en éclats ! Une fenêtre s'est ouverte, le syndicat UGTT et les salariés se sont engouffrés dans la brèche et on a vu des demandes extravagantes d'augmentation de plus de 200 dinars pour des salaires de 250 dinars. »

« Les demandes de hausse de salaire, qui touchent l'ensemble de l'économie, vont de 30 à 50 %, et nombre d'entre elles sont légitimes ; la révolution a montré qu'on peut rendre possible l'impensable », relativisait Elyès Jouini, le ministre en charge des Réformes économiques et sociales, avant de démissionner le 1er mars.

Au-delà des préoccupations salariales, la vraie crainte, partout très présente, est que les caciques de Ben Ali ne gardent la mainmise sur l'économie, voire qu'ils reprennent du service politique à l'occasion des prochaines élections, annoncées pour juillet. A la veille du « vendredi de rage » qui a conduit le chef du gouvernement Mohamed Ghannouchi à démissionner, le 27 février, Asma est allée manifester à la Kasbah, sous les fenêtres du Premier ministre. Pour réclamer le départ du gouvernement des anciens de l'équipe Ben Ali. Sur la banderole qu'elle brandissait comme un étendard, on pouvait lire : « We can we do ».

Marie-Christine Corbier,

ENVOYÉE SPÉCIALE À TUNIS


11-03-10 - Le Monde -- Béji Caïd Essebsi heureux d'avoir contribué à l'avènement de la IIe République en Tunisie

Le premier ministre estime que l'élection, le 24 juillet, d'une Assemblée constituante "est un choix juste ; dans les circonstances présentes, c'est un moindre mal".

Propos recueillis par Propos recueillis par Catherine Simon

Publié le 10 mars 2011 à 13h28, modifié le 10 mars 2011 à 13h38


Nommé premier ministre, lundi 28 février, Béji Caïd Essebsi, 84 ans, ancien étudiant à la Sorbonne, à Paris, avocat de profession, a travaillé près de trente ans aux côtés du président Habib Bourguiba (1903-2000) ; il fut son conseiller et plusieurs fois ministre - de l'intérieur, de la défense, puis des affaires étrangères. M. Essebsi a présidé la Chambre des députés durant un an, au début du règne de l'ancien chef d'Etat Zine El-Abidine Ben Ali.

Son premier discours télévisé, le 4 mars, a ramené un début de calme dans le pays. Il a été salué par les milieux patronaux comme par les dirigeants syndicaux de l'Union générale du travail tunisien (UGTT). Tandis que la place de la Kasbah se vidait dès le lendemain de ses jeunes manifestants, les défenseurs des droits de l'homme se sont félicités, lundi 7 mars, de la dissolution de la police politique.

M. Essebsi est chargé d'assurer la transition jusqu'au 24 juillet, date de l'élection de l'Assemblée constituante. Il a accordé au Monde, mercredi 9 mars, son premier entretien.

Vous attendiez-vous à être porté sur le devant de la scène - qui plus est, par une révolution ?

C'est à l'initiative du président de la République (intérimaire), Fouad Mebazaa, avec qui j'avais des relations privilégiées, et avec l'accord du premier ministre Mohamed Ghannouchi, pour lequel j'ai beaucoup d'estime, que j'ai été approché pour prendre la tête du gouvernement. Mon épouse, que j'ai consultée, m'a donné son accord.

Mener la transition est une tâche difficile et risquée. Mais je suis convaincu que nous réussirons. Pour la première fois de son histoire, le peuple tunisien a fait la révolution sans encadrement préalable et sans leadership. Après avoir crié "dégage !", les Tunisiens disent "je m'engage !". Je ferai tout mon possible pour ne pas décevoir leur confiance.


L'ancien titulaire du palais de Carthage (l'ex-président Zine El-Abidine Ben Ali) a laissé le pays à genoux. Le taux de croissance est à zéro. Résorber le chômage, en particulier le chômage des jeunes diplômés, va être ardu. Pour y arriver, il nous faudrait un taux de croissance à 8 % ou 9 %. Et une bonne gouvernance. La Tunisie en est capable. La première des priorités est de rétablir la sécurité, condition indispensable à la relance l'économie. Nous y parviendrons. Et ce, dans un délai raisonnable de quatre ou cinq mois. Je ferai tout pour cela.

Le patronat, dont je reçois ce soir (mercredi 9 mars) une délégation, fera, j'en suis sûr, les efforts nécessaires. Quant à l'UGTT, elle m'a approuvé - après une discussion assez franche. J'ai constitué mon gouvernement sans l'intervention de quiconque. Lors du remaniement, j'ai choisi la continuité et l'efficacité.

Avez-vous approuvé la décision d'élire une Assemblée constituante ?

On doit tenir compte des demandes du peuple, de ses espoirs. L'Assemblée constituante est un choix juste. Dans les circonstances présentes, c'est un moindre mal. Le projet de code électoral sera présenté fin mars. Peut-être avant, j'espère. Le président de la République prendra alors un décret-loi pour l'approuver et la campagne électorale pourra démarrer. Pour la première fois de son histoire, la Tunisie connaîtra des élections libres, organisées dans la clarté la plus absolue.

Si tout se passe bien, au lendemain du 24 juillet, dès qu'auront été élus les députés de l'Assemblée constituante, le gouvernement et moi-même aurons terminé notre travail. Je n'ai pas l'ambition de m'éterniser. Je serai heureux d'avoir pu contribuer à l'avènement de la IIe République.

Craignez-vous de voir certains acquis, concernant l'islam, qui n'a pas le statut de religion d'Etat dans l'actuelle Constitution, ou la place des femmes, remis en cause ?

Si la Tunisie est ce qu'elle est, c'est grâce aux femmes et au code du statut personnel, adopté le 13 août 1956. C'est un acquis irréversible. Quant à l'article I de la Constitution (qui, de manière volontairement ambiguë, dispose : "La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain ; sa religion est l'islam, sa langue l'arabe et son régime la république"), fruit de l'alchimie bourguibienne, il représente la colonne vertébrale de la Tunisie moderne. J'espère que la IIe République et sa nouvelle Constitution le maintiendront intact. Je combattrai pour que cela ne change pas. L'islam est une religion de tolérance et de dialogue. Il faut, sur ce point, un large consensus - à défaut d'unanimité.

L'ancien président Ben Ali, réfugié en Arabie saoudite, sera-t-il extradé ?

La Tunisie en a fait la demande. Sa fuite relève de la haute trahison. Quand on a le grade de général et le titre de chef suprême des armées, partir de cette manière, c'est déserter. Et c'est un crime passible de la peine capitale. Mais, qu'il revienne ou pas, l'histoire l'a condamné.

La dissolution de la police politique va-t-elle se traduire par des procès ?

Les policiers sont des fonctionnaires. Il y a chez eux du bon, du moins bon et, peut-être, du mauvais. Certains ont refusé d'accomplir les sales besognes, d'autres ont accepté et ont fait du zèle. Leur sort sera réglé au cas par cas, dossier par dossier. Si des Tunisiens veulent porter plainte, qu'ils le fassent. Mais il n'est pas question de salir des policiers qui ne le méritent pas. La vraie police représente le prestige de l'Etat. Il faut la rétablir dans ce rôle.

Comment envisagez-vous les relations avec la France, pour le moins dégradées ?

L'amertume n'est pas une solution. Devant l'attitude de la France, la Tunisie a éprouvé de la déception, c'est vrai. Mais il faut aller de l'avant. Nous sommes prêts à saisir la première occasion pour discuter franchement avec nos amis français. Pour l'instant, je n'ai rencontré aucun haut responsable, pas même l'ambassadeur, qui n'a pas encore présenté ses lettres de créance.

La France, nous la connaissons bien. J'ai moi-même été étudiant, puis ambassadeur à Paris, où j'ai forgé des liens d'amitié très forts. La France est le pays d'Europe dont nous sommes le plus proche. La Tunisie est en passe d'obtenir le statut de partenaire privilégié avec l'Union européenne. Tâchons de regarder ensemble vers l'avenir.

Quelle issue voyez-vous aux violences qui ravagent la Libye - et mettent la guerre aux portes de la Tunisie ?

Des relations séculaires unissent nos deux peuples. La Libye est notre voisin : si nous ne voulons pas regarder ce qui se passe chez eux, ce sont eux qui regardent chez nous... On ne peut que souhaiter au peuple libyen de retrouver, très vite, sécurité et quiétude. La Tunisie, avec sa révolution, a provoqué un choc mondial. Mais elle n'a jamais eu la prétention d'exporter la révolte.

La Libye demeure un ami privilégié et un allié stratégique. Ce que les Libyens endurent doit s'arrêter. Les violences et les exécutions doivent cesser. Il faut que la Libye soit sauvée de cette folie meurtrière. La Tunisie a accueilli des dizaines de milliers d'exilés - et elle l'a fait avec un élan de générosité insoupçonnable. Mais il faut que la paix revienne.

Propos recueillis par Catherine Simon


11-03-12 - Prokerala -- Two killed in Tunisia riots

Tunis, March 12 : Two young people were killed and 20 injured in the southern Tunisian town of Metlaoui in a riot over the recruitment policy of a phosphate company, the interior ministry said.

The riot broke out after an "untruthful" memo outlining tribal quotas for new hires was circulated, the ministry said in a statement.

The army was called in to help break up a demonstration by a crowd of more than 1,000 protesters, who were armed with hunting rifles, stones and Molotov cocktails, the statement said.

The two victims were killed by shots fired from hunting rifles, the authorities said. A soldier was among the injured.


11-03-13 - Le Figaro -- Tunisie 2 morts dans des troubles

Tunisie: 2 morts dans des troubles

Par AFP

Publié le 13/03/2011 à 09:57

Un couvre-feu a été décrété hier soir dans la localité tunisienne de Metlaoui (sud) après des incidents vendredi et hier qui ont fait deux morts et plus de 20 blessés dans des affrontements entre des habitants sur des questions d'emplois, a anoncé l'agence officielle TAP.

Le couvre-feu a été établi de 19h00 à 05h00 du matin, a précisé l'agence. Vendredi, une source du ministère de l'Intérieur avait confirmé un bilan de deux personnes, dont une jeune fille, tuées par des tirs de fusils de chasse et plus de 20 blessées. Des affrontements avaient éclaté à la suite de l'affichage de fausses offres d'emplois à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), proposant des quotas sur une base tribale. Les autorités locales avaient affirmé que ces avis étaient des faux et assuré la population que les recrutements à la CPG étaient conformes à la loi et non sur une base tribale. Malgré cela, les troubles se sont poursuivis vendredi et hier, poussant les autorités à décréter un couvre-feu.

Selon le ministère de l'Intérieur, cité par la TAP, des unités de la Garde et de l'armée nationale sont intervenues "pour disperser les agitateurs", ont procédé à des arrestations et "saisi 16 fusils de chasse". En 2008, le bassin minier de Gafsa avait été secoué par une longue grève, sévèrement réprimée par le régime de Zine El Abidine Ben Ali, qui tenait alors le pays d'une main de fer. Les ouvriers du bassin minier s'étaient révoltés contre des suppressions massives d'emplois à la CPG. La Compagnie était passée en quelques mois de quelque 15.000 postes à 5000 dans le cadre d'un plan de restructuration et de modernisation.


AUTRES DOCUMENTS CONSULTES :

« Le peuple veut la chute du régime » Situations et issues révolutionnaires lors des occupations de la place de la Kasbah à Tunis, 2011 (Choukri Hmed)

« Si le peuple un jour aspire à vivre, le destin se doit de répondre » Apprendre à devenir révolutionnaires (Choukri Hmed)

Forces et faiblesses de la révolution tunisienne (Solidaires International numéro 8)

SOULEVEMENTS POPULAIRES EN AFRIQUE DU NORD ET AU MOYEN-ORIENT (IV) : LA VOIE TUNISIENNE Rapport Moyen-Orient/Afrique du Nord N°106 – 28 avril 2011 (International Crisis Group)

16 janvier 2010 : la révolution tunisienne dégage Ben Ali et lance les « Printemps arabes » (Numéro Zéro)

Ghannouchi a dégagé ! Chroniques de la révolution tunisienne (Freddy Matthieu, Fathi Chamkhi, Alama Allende, 28 février 2011)