avenir d'une offensive

Dossier Tunisie 3

11-01-03 – Thala Kasserine Regueb


11-01-04 - Jura Libertaire -- Deuxième jour d'affrontements à Thala


Mardi 4 janvier 2011

Tunisie : Deuxième jour d'affrontements à Thala

Tunisie : affrontements entre la police et des manifestants à Thala

  Avec la reprise des cours après les vacances d'hiver, de violents affrontements ont opposé mardi, pour la deuxième journée consécutive, la police à des centaines de manifestants, en majorité des lycéens, dans la ville de Thala, à 250 km de Tunis, a-t-on appris de source syndicale.

Appuyés par des renforts venus de régions voisines, les forces de l'ordre ont eu recours «intensivement» aux bombes lacrymogènes pour disperser la foule qui manifestait par solidarité avec la population de Sidi Bouzid, une région du centre-ouest du pays, où avaient éclaté le 17 décembre dernier des troubles sociaux sur fond de chômage et de précarité des conditions de vie.

 

«La police s'est introduit dans un lycée en maltraitant élèves et enseignants», a témoigné un syndicaliste joint au téléphone par l'Associated Press, notant que les établissements scolaires de la ville ont dû être fermés l'après-midi.

 

Plusieurs personnes, blessées, ont été transférées à l'hôpital de Kasserine, chef-lieu de la région, a précisé ce syndicaliste qui a requis l'anonymat. Il a également fait état de nombreuses interpellations.

 

La veille, les manifestants ont incendié le siège du parti au pouvoir et mis le feu à des pneumatiques.

Les heurts de Sidi Bouzid, qui ont fait trois morts et un blessé grave, ont éclaté à la suite d'une tentative de suicide d'un jeune vendeur ambulant dont la marchandise, des fruits et légumes, a été saisie par des agents municipaux qui l'ont maltraité.

 

Empêché de rencontrer des responsables locaux pour porter plainte, il s'est immolé par le feu en s'aspergeant d'essence. Aux dernières nouvelles, son état critique demeure stationnaire.

 

Face à ces troubles, le président Zine El Abidine Ben Ali a limogé le gouverneur (préfet) de Sidi Bouzid et annoncé des mesures «urgentes» pour le lancement de projets et la création d'emplois dans les régions de l'intérieur du pays.

 

Leur presse (AP), 4 janvier 2011.



11-01-04 - Radio Canada -- Des manifestants affrontent encore la police en Tunisie

Des manifestants affrontent encore la police en Tunisie

Mise à jour le mardi 4 janvier 2011 à 22 h 13

Les affrontements se poursuivent en Tunisie entre les corps policiers et des manifestants qui dénoncent le chômage et le coût de la vie dans le pays.

Les manifestations qui agitent la Tunisie depuis plus de deux semaines ont commencé le 17 décembre, lorsque Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur itinérant, s'est immolé par le feu pour protester contre la saisie par la police des fruits et légumes qu'il vendait sans permis.

Le jeune homme de 26 ans, qui est toujours hospitalisé, possède un diplôme universitaire, mais n'a pas de travail stable. Il vendait des produits dans la rue pour gagner un peu d'argent.

La plus récente manifestation a éclaté à Thala, une petite ville située à 250 kilomètres au sud-ouest de la capitale. Des centaines d'élèves du secondaire et d'autres civils ont lancé une marche de soutien aux manifestants de la région de Sidi Bouzid, où trois personnes ont perdu la vie dans des affrontements. La marche a pris une tournure violente lorsque les policiers ont tenté de contenir les manifestants en lançant des gaz lacrymogènes.

Un représentant syndical sur place a déclaré que les manifestants avaient ensuite mis le feu à des pneus et au bureau local du parti au pouvoir.

Trois morts

Trois Tunisiens sont morts depuis le début des affrontements. Un adolescent a été abattu par la police le 24 décembre. Un homme de 44 ans a été atteint par les tirs policiers le même jour et est mort des suites de ses blessures, jeudi dernier.

Un autre jeune homme s'était lui-même enlevé la vie au cours d'une manifestation, le 22 décembre, après avoir crié qu'il n'en pouvait plus d'être sans emploi.

Droits, libertés... et indifférence?

Les manifestations sont rares en Tunisie. Le gouvernement tolère peu la dissension. Reporters sans frontières a d'ailleurs rétrogradé ce pays dans son classement de l'Index de liberté de la presse en 2010, le faisant tomber de la 154e à la 164e place.

En entrevue au réseau Al-Jazira, la secrétaire générale de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, Khadija Cherif, a dénoncé l'indifférence des pays occidentaux quant à la situation en Tunisie, comparant le silence des gouvernements étrangers aux nombreuses voix s'étant élevées lors des manifestations populaires en Iran, en 2009. « Cela discrédite l'Europe et les pays occidentaux » considère Mme Cherif.

Nous voyons clairement que c'est l'intérêt personnel qui prime, et non pas les valeurs comme la démocratie et la liberté.

— Khadija Cherif, secrétaire générale de la Ligue tunisienne des droits de l'homme

Le président Zine El Abidine Ben Ali a réagi aux soulèvements en annonçant la mise sur pied d'un plan de 4,5 milliards de dollars américains pour créer des emplois destinés aux diplômés universitaires.

L'opposition juge toutefois que la réponse du gouvernement est inadéquate et estime que les manifestations sont alimentées non seulement par le chômage, mais aussi par le manque de libertés individuelles dans le pays.

Mardi dernier, le président tunisien a dit regretter les émeutes, ajoutant que ces manifestations violentes étaient inacceptables et nuisaient à l'emploi et au tourisme.

Il a également dénoncé « l'ampleur exagérée qu'ont pris ces événements à cause de leur instrumentalisation politique par certaines parties, qui ne veulent pas le bien de leur patrie et recourent à certaines chaînes de télévision étrangères qui diffusent des allégations mensongères sans vérification et se fondent sur la dramatisation [...] et la diffamation médiatique hostile à la Tunisie ».

Le taux de chômage en Tunisie oscille autour de 14 %, mais serait beaucoup plus important dans les régions rurales, selon l'Associated Press.

11-01-04 - WSWS -- La police ouvre le feu tandis que les manifestations se propagent

Tunisie: La police ouvre le feu tandis que les manifestations se propagent

Par Ann Talbot
4 janvier 2011


Des manifestants revendiquant des emplois se sont affrontés aux forces de sécurité alors que les manifestations se propagent à l’ensemble de la Tunisie. Une éruption sociale d’une telle ampleur est littéralement sans précédent dans ce pays d’Afrique du Nord hautement réprimé et étroitement contrôlé.

Mohamed Amari, 18 ans, a été tué par balle quand la police a ouvert le feu sur des manifestants à Sidi Bouzid, une ville située à quelques 200 kilomètres au Sud de la capitale, Tunis. Les protestations avaient débuté le 17 décembre lorsque la police avait confisqué la marchandise de Mohamed Bouazizi, 26 ans, en l’accusant de commerce illégal sans permis. Il s’immola par le feu pour protester contre ce traitement.

Bouazizi a survécu à son calvaire et été transféré au service des grands brûlés à Tunis. Mais un autre jeune homme s’est suicidé depuis en s’électrocutant au contact d’un câble de haute tension. Avant de mourir il a crié, « Non à la misère ! Non au chômage ! »

Le désespoir de ces jeunes gens reflète le haut niveau de chômage en Tunisie. Officiellement, le taux de chômage et de 14 pour cent mais le niveau réel est bien plus élevé.

Plus de la moitié des demandeurs d’emploi sont diplômés de l’université et la moitié de la population a moins de 25 ans. Cette situation a contraint de nombreux jeunes gens à travailler dans le secteur informel où ils tentent de gagner leur vie au moyen du commerce ambulant. Un grand nombre de ceux condamnés à travailler à leur compte sont dans la misère.

Des manifestations ont été signalées à Sfax, Kairouan, Sousse, Médenine et Ben Guerdane. Les forces de sécurité ont attaqué les manifestants à Sfax.

Des protestations organisées par les syndicats ont eu lieu à Médenine, lors desquelles les manifestants ont scandé, « Nous voulons du travail » et « Honte au gouvernement ». A Kairouan, la police a affronté les manifestants et on ne connaît pas le nombre de personnes blessées. On n'a pas non plus connaissance du nombre de personnes interpellées.

On ne trouve pas beaucoup de reportages des manifestations parce que les journalistes sont exclus des villes où se déroulent les protestations. Le gouvernement a empêché les journaux d’opposition Tareeq-al Jadid et Al Mawqif de paraître parce qu’ils avaient couvert les protestations.

La plupart des couvertures ont été faites par des médias sociaux tels Twitter, Facebook et YouTube. Le militant local Ali Bouazizi a décrit les protestations continues à Sidi Bouzid. Il a dit au Financial Times par téléphone, « Il y a eu des émeutes jusqu’à mardi à l’aube. Il y a maintenant une forte présence policière dans la ville. Ils se trouvent dans toutes les artères principales et les bâtiments gouvernementaux. Les journées sont normalement calmes mais les gens sortent le soir et c’est là que les affrontements commencent. »

Les protestations se sont étendues à la capitale. Mardi, les avocats ont manifesté à Tunis pour exprimer leur solidarité avec les manifestants. Un syndicat de lycéens a organisé une manifestation devant le ministère de l’Education. Des forces de sécurité ont bloqué un rassemblement de la Confédération tunisienne du Travail dans la ville de Gafsa.

Ces expressions de solidarité reflètent un vaste sentiment de sympathie vis-à-vis du sort des jeunes chômeurs et du mécontentement croissant à l’égard du gouvernement du président Zine al-Abidine Ben Ali. Le président a dénoncé dans une émission télévisée les protestations comme étant « inacceptables ». « La loi sera appliquée en toute fermeté à l’égard d’une minorité d’extrémistes et de mercenaires qui ont recours à la violence et au désordre, » a-t-il averti.

Ben Ali a succédé au président Habib Bourguiba en 1987. Bourguiba était à la tête de la Tunisie depuis que cette colonie française avait acquis son indépendance en 1956. Durant les 23 dernières années, Ben Ali a réprimé impitoyablement toute forme de dissidence. Un message du gouvernement américain publié par WikiLeaks décrit la Tunisie comme un « Etat policier », bien que Washington soutienne le régime.

La Tunisie est officiellement une démocratie multipartite, mais Ben Ali remporte de façon constante des majorités écrasantes. Lors des dernières élections de 2009, il avait remporté 89,62 pour cent des votes. Deux des trois candidats rivaux étaient ses partisans, et tout affichage électoral avait été interdit au troisième.

Human Rights Watch (HRW) avait dit que les élections s’étaient déroulées dans « une atmosphère de répression. » Le Comité pour la protection des journalistes avait dit que 97 pour cent de la couverture médiatique était consacrée à Ben Ali. Le syndicat tunisien des journalistes était réprimé et le journaliste Taoufik Ben Brik était condamné à neuf d’emprisonnement après la publication d’articles dans la presse française. La journaliste du Monde, Florence Beaugé fut refoulée de Tunisie.

Les protestations ont éclaté parce que la situation économique s’est détériorée en Tunisie suite au déclin du commerce avec l’Europe, le principal partenaire commercial du pays et source du tourisme. La Tunisie dépend fortement du tourisme et de l’agriculture. Il y a maintenant une forte compétition avec d’autres pays du Maghreb ainsi qu'avec l’Egypte et Israël pour le marché touristique et la demande en baisse d’Européens à court de liquidités.

Mais les problèmes économiques auxquels la Tunisie est confrontée ne sont pas d’un caractère passager. Ils reflètent les efforts de longue date entrepris pour réorienter l’économie vers le marché mondial sous la pression des principales puissances impérialistes. Un programme d’ajustement structurel est mis en place en vertu duquel les prix des denrées de base se sont plus subventionnés. Des entreprises d’Etat ont été privatisées et des emplois supprimés.

Le gouvernement s’est empressé de promettre un développement dans les régions les plus gravement touchées et des mesures pour accroître l’emploi. Les responsables locaux de Sidi Bouzid ont été licenciés et le gouvernement national a été remanié.

Néanmoins, les tensions sociales ont atteint un degré insoutenable. Ecrivant pour le quotidien Al-Charq al Awsat sis à Londres, le chroniqueur Abdul Rahman Al-Rached, a mis en garde que les protestations signalaient une perte de crédibilité politique.

Il a rapporté: « Les manifestations en Tunisie ne veulent cesser; elles se sont répandues aux villes et ont même atteint la capitale du pays, dans un défi évident pour l’Etat. Devrions-nous nous inquiéter au sujet de la Tunisie ? Ou n’est-ce juste qu’une autre crise concernant le prix du pain qui sera réglé par certaines promesses et le recours à la force militaire ? A mon avis, le problème de la Tunisie est plus politique qu’économique et va au-delà de la colère des masses de chômeurs. C’est le problème du manque de confiance dans le gouvernement et de la perte de la crédibilité [gouvernementale]. »

Al-Rached a poursuivi en signalant que la Tunisie est l’un des régimes arabes les plus prospères en termes de revenu par habitant et où le niveau d'éducation de la population est le plus élevé. En précisant qu’il a un taux de croissance plus élevé que celui de l’Algérie voisine, qui dispose de réserves de pétrole et de gaz, il a posé la question, « Si les citoyens de Tunis sont mécontents, que peut-on dire des citoyens des autres nations arabes qui endurent une situation et une réalité encore pire ? »

(Article original paru le 30 décembre 2010)

11-01-05 - Breitbart -- Tunisian protester dies of burns

Tunisian protester dies of burns

Jan 5 10:54 AM US/Eastern

A young Tunisian who set himself alight last month in a protest over unemployment, sparking a wave of unrest and clashes, has died in hospital, his relatives told AFP Wednesday.

The death on Tuesday of 26-year-old university graduate Mohamed Bouazizi, who doused himself in petrol and set himself alight nearly three weeks ago, was also announced by Paris-based rights groups.

"Mohamed died yesterday (Tuesday) at 5:30 pm at the hospital in Ben Arous," said his brother Salem Bouazizi. He would be buried on Wednesday, he said.

"It is a tragedy. The whole family is united at Mohamed's family home to wait for the arrival of the body," his uncle Mehdi Horchani added.

Despite his education, Mohamed Bouazizi was forced to sell fruit and vegetables on the street in the Sidi Bouzid region of central Tunisia to earn a living.

After police confiscated his produce because he did not have a proper permit, he burned himself in protest on December 17, rights groups said.

Unrest and clashes erupted across tightly-controlled Tunisia, with a teenager shot dead by security forces in one protest, several people wounded and cars and buildings set alight.

The Paris-based International Federation of Human Rights Leagues, announcing Bouazizi's death, said the underlying causes of the unrest should be looked into.

"An investigation or a national commission is needed to determine the causes and the solutions of this social protest which has taken a tragic form," said the leader of the group, Souhayr Belhassen.

"We have learned of the death of young Mohamed Bouazizi in the Ben Arous hospital from serious burns," the Committee for the Respect of Freedom and Human Rights in Tunisia said in Paris separately.

The health ministry also announced his death in a statement on the official TAP news agency that recalled that President Zine El Abidine Ben Ali had visited Bouazizi in hospital late December.

On December 22 another young man, Sidi Bouzid, climbed up an electricity pylon and electrocuted himself on the cables, saying he was fed up with being unemployed.

The government would not confirm the suicide, but ordered a judicial investigation into the circumstances of his death.

The worst day of the rioting was December 24, when thousands of people took to the streets and burned the local headquarters of the national guard, which responded with gunshots that killed an 18-year-old protestor.

Protests spread to the capital Tunis in late December.

The latest clashes were on Monday when security forces fired tear gas to disperse a march of mainly high school students in the western town of Thala, a union member and witness said.

The march of around 250 people turned violent when police fired teargas to disperse the group and one gas canister fell into a mosque, a witness said.

Demonstrators responded by setting alight tyres and the local offices of the governing party, the Constitutional Democratic Rally.

Ben Ali has said he was concerned by the tensions but also accused the opposition of exploiting the situation and exaggerating the scale of the protests, and foreign media of dramatising events.

He sacked three government ministers and the regional governor of Sidi Bouzid, as well as other regions, as the unrest continued.

Civil groups and the opposition in Tunisia say the protests are driven by high unemployment and high prices of raw materials and have called for radical reforms.

Tunisia's unemployment rate is officially 14 percent, but the percentage of graduates without work is about double that, and has prompted a warning from the International Monetary Fund.

11-01-05 - Libération -- Tunisie, la colère est dans la rue

Tunisie, la colère est dans la rue

5 janvier 2011 à 00:00 (Mis à jour: 13:03)

Par CHRISTOPHE AYAD

Libération

Que se passe-t-il en Tunisie ? Pas encore une révolution, mais plus qu’une révolte. Cela fait deux semaines et demi que le pays couve comme un volcan en phase de réveil. Le président Ben Ali, qui règne d’une main de fer depuis 1987, a cru y mettre fin par un discours télévisé de père (Fouettard) de famille, dans lequel il a expliqué comprendre les manifestants mais ne plus tolérer de troubles. Deux ministres et trois gouverneurs ont été débarqués pour l’exemple. Mais, rien n’y fait. La protestation se poursuit : avocats, enseignants, lycéens prennent le relais un peu partout, comme un feu de prairie qui s’éteint ici pour reprendre là. Hier, la police a violemment dispersé des centaines de lycéens à Tala, dans l’ouest du pays, rassemblés pour une marche de solidarité.

Tout a commencé le vendredi 17 décembre. Mohamed Bouazizi, un diplômé chômeur de 26 ans, tente de mettre fin à ses jours en s’aspergeant d’essence et en craquant une allumette sur la place principale de Sidi Bouzid (centre), juste devant la préfecture. Il entend protester contre la confiscation de sa marchandise par des agents municipaux et, plus généralement, contre une vie de misère : à quoi bon faire des études, si c’est pour vendre des légumes au marché. Le lendemain, des dizaines, puis des centaines de jeunes participent à un sit-in devant le siège du gouverneur. Lequel les fait chasser par la police à coups de gaz lacrymogènes et de matraques. La ville s’enflamme, rapidement imitée par d’autres bourgades de la région. La répression alimente les manifestations. Le 22 décembre, un autre jeune, Houcine Neji, se suicide sous les yeux de la foule, à Menzel Bouzaiane, en s’accrochant à une ligne haute tension : «Je ne veux plus de la misère et du chômage», crie-t-il à la foule. La bourgade entre en convulsions. Les manifestants incendient trois voitures de police, les bureaux du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, au pouvoir), un poste de la garde nationale et un train marchandises… Le 24, la police tire à balles réelles et tue un manifestant, Mohamed Ammari, 18 ans, touché en pleine poitrine. Légitime défense plaide la police. Un deuxième manifestant, Chawki Hidri, grièvement blessé, décède le 1er janvier.

Black-out. Puis, le mouvement prend une tournure nationale. Des chômeurs diplômés manifestent le samedi 25 et le dimanche 26 décembre, au centre de Tunis, sur la place Mohamed-Ali. Des rassemblements de solidarité essaiment dans le pays : Bizerte, Sfax, Kairouan, Meknessi, Regueb, Souk Jedid, Ben Gardane, Medenine, Siliana, Sousse etc. L’UGTT, la centrale syndicale dont la direction est acquise au gouvernement, se déchire. La Tunisie «de l’intérieur», loin des côtes, du tourisme et des investissements, n’est pas la seule touchée par cette vague de colère. A Paris, la diaspora manifeste devant l’ambassade de Tunisie. Un rassemblement est prévu demain à 18 heures, Fontaine des Innocents, à Paris.

Sur place, les journalistes Zouheir Makhlouf et Moez El-Bey sont violemment empêchés de travailler, ce dernier étant même tabassé en direct lors d’une émission de radio le 24 décembre. Un black-out quasi total de l’information est organisé ; même les agences de presse internationales présentes à Tunis n’accèdent aux informations qu’avec la plus grande difficulté. L’essentiel de la mobilisation - surtout celle des lycéens - passe par Facebook, dernier espace du Net que le pouvoir n’a pas encore verrouillé. Dans la région de Sidi Bouzid, plusieurs localités sont placées sous couvre-feu et l’armée est mobilisée. A Menzel Bouzaiane, les blessés ne peuvent pas être transportés, les habitants ont du mal à s’approvisionner et les écoles servent à loger les renforts de police.

Le 28 décembre, ce sont deux avocats qui sont arrêtés à l’issue d’une journée de solidarité de la profession - les membres du barreau ont tous porté, ce jour-là, un brassard rouge. Mes Abderraouf Ayadi et Choukri Belaïd ont été relâchés après une nuit au poste, le premier ayant été, au passage, violemment molesté. Des journalistes à Tunis, des enseignants à Bizerte ont aussi mené des actions symboliques. Si aucun chiffre n’est disponible sur le nombre d’arrestations ces trois dernières semaines, plusieurs cas de torture ont été confirmés, notamment un militant du PDP (opposition de gauche) à Sidi Bouzid.

Déconnexion. La répression ne suffisant pas, Zine el-Abidine Ben Ali sort de son silence le 28 au soir. Dans une rare et solennelle allocution pour un homme qui n’aime pas s’exprimer ni agir sous la pression, il dit comprendre «les circonstances et les facteurs psychologiques» de la révolte des chômeurs. C’est pour mieux recourir aux vieilles recettes : Ben Ali dénonce «l’instrumentalisation politique de certaines parties» et l’influence de chaînes étrangères. «L’usage de la violence dans les rues par une minorité d’extrémistes contre les intérêts de leur pays n’est pas acceptable», met-il en garde. D’autant, explique-t-il, qu’elle va décourager touristes et investisseurs.

Le remaniement gouvernemental, annoncé dans la foulée, donne la mesure de la déconnexion du régime avec les attentes de la société : le principal changement consiste en effet à remplacer… le ministre de la Communication, Oussama Romdhani, par son homologue de la Jeunesse et des Sports. Le titulaire des Affaires religieuses change aussi, remplacé par un proche du gendre du Président, Sakher el-Materi, cité comme un dauphin potentiel. Trois gouverneurs, dont celui de Sidi Bouzid, sont limogés. Tout ça pour ça : comme si les événements des jours passés relevaient d’un problème de communication.

Laminée par deux décennies de répression, l’opposition politique tente, elle, tant bien que mal de suivre un mouvement qu’elle n’a ni vu venir ni pu organiser. Regroupées dans l’Alliance pour la citoyenneté et l’égalité, plusieurs formations de gauche ont réclamé des «solutions radicales» pour traiter cette «crise sociale grave, loin d’être conjoncturelle». En l’absence de cadre politique et syndical, il y a peu de chance que la révolte de Sidi Bouzid débouche sur un changement politique. En revanche, elle en dit long sur la fragilité du contrôle du parti-Etat au pouvoir, le RCD, qui revendique près d’un million d’adhérents, soit un Tunisien sur dix. Les services de sécurité, qui emploient 100 000 personnes (1 pour 100 habitants !), se sont montrés tout aussi impuissants. Les failles du système Ben Ali sont béantes, mais il n’y en a pas de rechange. Demain, une journée de grève nationale de solidarité est prévue. Un nouveau test pour le régime.



11-01-05 - Le Monde -- C'est bien un mouvement sans précédent que nous vivons là pour la Tunisie

"C'est bien un mouvement sans précédent que nous vivons là pour la Tunisie"

LEMONDE.FR | 05.01.11 | 19h02  •  Mis à jour le 06.01.11 | 18h13

"Mon nom est un pseudo, mon e-mail est une adresse électronique jetable et je ne suis pas professeur. Pour vous écrire, je suis passé par un proxy." Les mots d'"Ahmed*, professeur", 45 ans, l'un des nombreux Tunisiens à avoir répondu à l'appel à témoignages du Monde.fr, sont révélateurs de l'ambiance qui règne dans le pays.

Sites Internet bloqués, policiers en civil dans la rue, établissements scolaires fermés : les autorités surveillent comme le lait sur le feu une population dont la mobilisation est sans précédent depuis le suicide d'un jeune vendeur ambulant à Sidi Bouzid, dans le centre du pays. Lors de son inhumation mercredi, une foule estimée à 5 000 personnes a marché derrière son cortège funèbre en criant sa colère.

DES MOUVEMENTS CIRCONSCRITS MAIS QUI SE MULTIPLIENT

Plus de trois semaines après son geste désespéré, les heurts secouent toujours Thala, une petite ville de l'intérieur du pays, à 250 km de Tunis et à une centaine de kilomètres de Sidi Bouzid. "Une manifestation pacifique a commencé devant le lycée et s'est déplacée vers le centre-ville", raconte un jeune Thalois sous le couvert de l'anonymat. "Les policiers ont commencé à lancer des bombes lacrymogènes et ça a dégénéré, les manifestants ont mis le feu à des pneus. Ils en ont jeté un dans le jardin du poste de police, et ont incendié le local du RCD [Rassemblement constitutionnel démocratique, le parti au pouvoir]. Le ciel était noir avec les fumées du gaz lacrymogène et des pneus." A Hammamet et Kasserine, plusieurs internautes font également état de rassemblement ces derniers jours.

Malgré les tensions, l'ambiance n'est pourtant pas encore celle d'un embrasement généralisé. Selon les témoignages recueillis par Le Monde.fr, les rues des grandes villes du pays sont calmes et les quelques rassemblements très vite pris en main par les forces de l'ordre. A Tunis, des étudiants de l'Institut préparatoire aux études d'ingénieurs de Tunis, sorte de "prépa" tunisienne, s'étaient rassemblés il y a quelques jours devant l'établissement : "Des agents de l'administration essayaient de dissuader les étudiant en s'infiltrant parmi les étudiants et en s'adressant à chacun pour les intimider, raconte Karim*, leur disant 'qu'est-ce que tu fais là, éloignes-toi un peu, tu ne veux pas avoir de problèmes'."

Les forces de l'ordre agissent le plus possible dans la discrétion. Malgré les quatre personnes qui ont déjà péri dans les troubles, ils tentent d'éviter que les choses s'emballent. Car si les mouvements restent pour l'instant circonscrits, l'audace des manifestants est inédite. "Travail pour tous", "à bas les pistons et les pots-de-vins", mais aussi " Tunisie Libre... Ben Ali dehors". "La foule ose scander des propos qu'on n'aurait pas osé dire en public il y a peine un mois", témoigne Anis*, 36 ans. Pour Nadia*, 26 ans, "c'est bien un mouvement sans précédent que nous vivons là pour la Tunisie", ajoute-t-elle.

LE WEB BOUILLONNE

Chez les jeunes, Facebook et Internet en général ont joué un grand rôle dans la mobilisation : les autorités ne s'y sont pas trompées, et tentent en vain de museler la Toile. "Grâce aux réseaux sociaux et à Internet, nous avons pu relayer les informations entre nous, jeunes Tunisiens", témoigne Nadia*. Certains se sont créé un profil anonyme, d'autres n'hésitent pas à relayer les informations et à les commenter sous leur propre nom. Les mots d'ordre pour des rassemblements partent souvent du Web, puis circulent par le bouche à oreille et arrivent jusque dans les cafés, très fréquentés par les Tunisiens, s'étendant à toutes les générations.

Une émission de la chaîne privée Nessma TV, en particulier, a fait beaucoup parler d'elle : les Tunisiens ont écouté avec attention un débat aussi libre qu'inédit. L'avocate Bochra Belhaj Hamida y déclare en direct : "Ce n'est pas possible d'avoir un emploi sans donner de l'argent ou devoir employer des moyens malsains." Des propos qui n'apprennent rien à beaucoup de Tunisiens, mais qui détonnent dans le paysage médiatique. "C'est extraordinaire, c'est la première fois que les gens parlent de corruption, de médias qui ne font pas leur travail", commente Sofiane*, 27 ans.

La situation sociale est tendue, en particulier chez les jeunes, où même les diplômés ont beaucoup de mal à trouver du travail.AFP/STR

UNE SITUATION SOCIALE EXPLOSIVE

Si jusqu'ici la population tunisienne acceptait un régime autoritaire mais qui lui avait apporté une certaine prospérité économique, la crise et certaines politiques gouvernementales ont changé la donne. Le chômage tourne autour de 30 % chez les jeunes. Une situation d'autant plus mal vécue que les familles les plus modestes se sont souvent endettées pour envoyer leur enfant faire des études, sans que celle-ci offrent le débouché espéré. "La voiture la moins chère en Tunisie vaut 14 000 dinars, avec un salaire minimal aux environs de 250 dinars", explique Walid*, 22 ans. "Comment voulez-vous vivre, s'occuper de sa famille, rembourser sa banque, profiter de la vie, s'amuser ?"

A Tunis, Sousse, Thala et ailleurs, beaucoup espèrent que cette vague de mobilisation puisse faire bouger les choses. "L'Etat doit comprendre qu'il est temps pour la société et les jeunes de découvrir leur droits et d'apprendre à vivre avec", conclut Mehdi*, 25 ans.

*Tous les prénoms des personnes ayant témoigné dans cet article ont été changés pour protéger leur anonymat.

Marion Solletty

11-01-06 - Monde Diplomatique -- Le réveil tunisien

Le réveil tunisien

Cinq mille personnes ont assisté aux funérailles, le 5 janvier, du jeune Tunisien qui s’était immolé par le feu le 17 décembre à Sidi Bouzid. L’effervescence persiste en Tunisie, notamment dans le centre-ouest (nous reviendrons sur cette situation dans notre édition de février). A l’appel du conseil de l’ordre, les avocats ont fait grève le 6 janvier pour protester contre les mauvais traitements dont ils sont l’objet de la part de la police. Ce mécontentement traduit les nombreux échecs du régime et met en lumière les défis auxquels il est confronté.

Par Jean-Pierre Séréni

Journaliste, auteur (avec Ania Francos) d’Un Algérien nommé Boumediène, Stock, Paris, 1976.

Le malaise social qui s’exprime ouvertement en Tunisie est indissociable de la crise économique. 2009 a marqué une rupture profonde : la croissance a réduit ses ambitions de moitié, les exportations industrielles ont fortement reculé, les touristes européens sont restés chez eux, les investisseurs étrangers également. La mauvaise récolte de 2010 n’a rien arrangé. Résultat, l’emploi a souffert : la croissance n’absorbe plus, bon an mal an, que la moitié d’une classe d’âge, contre près des deux tiers avant la crise.

Réélu il y a un an à l’issue d’un pseudo-scrutin présidentiel sans risque ni enjeu, le président Zine el-Abidine Ben Ali — au pouvoir depuis 1987 — doit faire face à quatre défis majeurs. Une dégradation rapide de la situation priverait à terme le régime de son principal produit d’appel vis-à-vis de l’étranger : la stabilité politique et sociale.

LA POLITIQUE. L’exécutif écrase le régime, le président étouffe le modeste jeu des institutions pourtant prévu par la Constitution, le Parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement, et la justice est aux ordres. Les quelques mesures prises en 2010 l’ont été pour la galerie, comme, par exemple, les 20 % de sièges réservés à l’opposition, quel que soit son score, dans les conseils municipaux. L’ouverture s’impose d’urgence. Elle pourrait commencer au Parlement et au sein du parti. Les députés, même mal élus, plus au contact de la population et de la province que les hommes du président, doivent retrouver une influence dans la détermination des politiques publiques, avant que se tiennent rapidement des élections plus « propres » et sans exclusive.

Cela passe aussi par une réforme du parti dominant, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), héritier du Néo-Destour du père de l’indépendance Habib Bourguiba. Actuellement, le président de la République, qui est aussi président du parti, en nomme tous les responsables, du bureau politique aux secrétaires généraux, fédéraux ou de sections. Le rétablissement de l’élection comme mode de désignation de ses dirigeants lui redonnerait vie et offrirait un premier débouché au mécontentement.

L’INFORMATION. Internet, Facebook et les télévisions satellitaires arabes ont mis à mal le contrôle de l’information en place depuis une vingtaine d’années. Le blocage médiatique n’a servi à rien, sinon à exaspérer l’opinion. Le ministre de l’information — que l’on pourrait plutôt définir comme ministre de la propagande —, M. Oussama Romdhani, à la tête du secteur depuis 1996, l’a payé de son poste.

Depuis un an, le pouvoir, percevant l’usure d’une façon de faire totalement obsolète, a pris quelques initiatives étriquées. Ayant fait racheter par son gendre le groupe de presse privé Dar Assabah, en ayant confié la direction à un professionnel reconnu, M. Ben Ali a toléré quelques audaces et un ton nouveau. Avec, bien sûr, une ligne rouge à ne pas franchir – la mise en cause, même légère, du pouvoir. Le 7 juin 2010, le président a ordonné des « rencontres périodiques » télévisées où des ministres dialogueraient avec les « parties concernées ». On promettait des « débats francs et ouverts ». Mais sans journalistes. Depuis la rentrée, quelques ministres s’y sont collés. L’opinion n’a pas vu la différence avec les habituelles émissions de propagande. Il faut à l’évidence changer de cap, libérer la presse et enlever le couvercle. La population, urbaine à 60 % et mieux instruite, le revendique avec force.

LES INÉGALITÉS. Ce n’est pas un hasard si les dernières manifestations sont parties du gouvernorat de Sidi Bouzid, une région de l’intérieur enclavée et rurale. Le développement économique de ces vingt dernières années a profité d’abord aux zones côtières où se concentrent le tourisme, l’immobilier et les industries. La politique volontariste mise en place à partir des années 2000 n’a pas corrigé le mouvement, même si les efforts récents ont commencé ici ou là à porter leurs fruits, comme à Kairouan. L’intérieur, plus pauvre dans l’ensemble, continue à se sentir victime d’une discrimination sur le plan de l’emploi en faveur du Sahel et de la capitale, Tunis, dont sont issues les élites dans leur majorité.

A l’inégalité régionale s’ajoute l’inégalité sociale. Les 10 % les plus riches de la population perçoivent le tiers des revenus, les 30 % les plus pauvres doivent se contenter de moins de 10 % du PIB…

La fiscalité aggrave ces disparités au lieu de les corriger. Consommateurs et salariés supportent l’essentiel de l’impôt. Commerçants et entreprises y échappent largement. Le candidat Ben Ali avait promis dans son programme électoral de s’attaquer à l’un des abus criants de la fiscalité : l’impôt forfaitaire empêche d’imposer 350 000 contribuables qui contrôlent pourtant le tiers du PIB du pays. La loi de finances 2011, qui vient d’être adoptée, a oublié les promesses du candidat.

LA « FAMILLE ». M. Ben Ali est à la tête d’une famille envahissante, qui contrôle une bonne partie des conglomérats industrialo-financiers du pays. Ses filles ont épousé quatre des plus riches héritiers du pays. Sa deuxième épouse, Leïla, symbolise aux yeux de l’opinion la rapacité de la famille. Elle a fait fermer par le fisc une école privée, implantée de longue date, qui faisait de l‘ombre à celle qu’elle voulait ouvrir. Son frère, Belhacen Trabelsi, marié à la fille du patron des patrons tunisiens, a pris le contrôle d’une banque privée grâce à l’intervention en sa faveur du gouverneur de la Banque centrale — qui a laissé sa réputation dans l’affaire.

Faire disparaître Mme Ben Ali de la une des journaux, où chaque jour elle parade, ne suffira pas à faire disparaître la suspicion. Le retrait de la « famille » des affaires et de la politique est un préalable. Son hostilité à toute concession politique ou sociale, la mauvaise santé du président, âgé de 75 ans, font craindre qu’elle ne cherche à s’imposer dans la succession qui s’annonce.

11-01-06 - Rue89 -- La Tunisie gronde toujours, mais qui pour remplacer Ben Ali

La Tunisie gronde toujours, mais qui pour remplacer Ben Ali ?

By Marie Kostrz

Created 01/06/2011 - 17:12

Entête large: 

Faute de relais suffisant dans la population, l'opposition ne devrait pas profiter du mouvement de protestation parti de Sidi Bouzid.

Plus de trois semaines après le début des émeutes et malgré le durcissement de la répression, les Tunisiens continuent à descendre dans la rue [1] pour demander le départ de Ben Ali. Pourtant, les alternatives au régime actuel sont minces et ont du mal à se structurer.

En France depuis trois mois, Adel Ghazala suit les manifestations tunisiennes avec beaucoup d'attention. Cet activiste qui a demandé l'asile politique est pessimiste quand il s'agit d'évoquer l'après Ben Ali :

« Il n'y a pas d'alternative possible pour le moment. Cela va prendre des années pour mettre sur pied un projet politique porteur. »

« Les Tunisiens n'ont pas de culture politique du débat »

Pour expliquer cette impasse, Yanis -le prénom a été modifié-, universitaire tunisien, dénonce le verrouillage politique opéré par Ben Ali :

« Le régime a détruit tout espace de débat. Les Tunisiens n'ont pas de culture politique du débat, il est impossible de susciter un dialogue intellectuel d'où une personnalité et des idées nouvelles pourraient émerger. »

Selon Vincent Geisser [2], chercheur à l'Institut de recherche et d'études sur le monde arabe et musulman (Iremam) [3] et spécialiste du Maghreb, le président tunisien a opéré un virage sécuritaire depuis le début des années 90 . Contrairement à ce qu'il avait promis, le système de parti unique (le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD [4]), héritier du Parti socialiste destourien [5] d'Habib Bourguiba) n'a pas été remis en cause.

L'étau s'est progressivement resserré autour des organisations susceptibles de tenir tête au pouvoir en place. Le principal syndicat, l'Union générale du travail de Tunisie [6] (l'UGTT), a ainsi été infiltré par le gouvernement. Selon Yanis, quelques sections régionales refusent encore de rallier le mouvement de protestation :

« Certains responsables de l'UGTT occupent des fonctions dans le parti unique, ils ne veulent pas se mouiller. »

Des partis d'oppositions officiels existent bien, mais n'emportent pas l'adhésion des Tunisiens. Un professeur tunisien précise :

« Ils ont été créés par le gouvernement afin de légitimer son action. C'est un simulacre de démocratie. »

Depuis le début des émeutes, cinq partis ont ainsi rejoint la position officielle [7] dictée lors du discours de Ben Ali [8] et selon laquelle les médias étrangers ont instrumentalisé la révolte partie de Sidi Bouzid.

Une opposition déconnectée de la réalité

Malgré ce blocage politique, des personnalités se démarquent. Parmi elles, Hamma Hammami [9], leader du parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT). Déjà opposant sous Bourguiba, il a acquis une réputation d'homme honnête et constant dans sa lutte pour la démocratie.

Les membres de cette organisation, non autorisée par le pouvoir, sont obligés de vivre clandestinement. Un problème selon Yanis :

« Hamma Hammami est longtemps resté dans la clandestinité. Même si ses idées sont intéressantes, il peine à être en lien direct avec la population tunisienne. »

Moncef Marzouki [10], ancien candidat à la présidentielle contre ben Ali, exilé politique en France depuis le début des années 2000, est aussi une des figures de l'opposition tunisienne. Fondateur du Congrès pour la République, il milite pour l'instauration d'une seconde république, le régime actuel se rapprochant selon lui davantage d'une monarchie.

S'il n'exclut pas d'être candidat à la présidentielle de 2014, il reconnaissait lors d'une conférence à Sciences-Po que le mouvement qu'il incarne ne représente pas une réelle menace pour le régime de Ben Ali :

« C'est à la jeunesse maintenant de sortir, c'est à elle d'organiser ce front de rupture [avec la dictature]. » (Voir la vidéo)

Le professeur tunisien, que j'ai interrogé, nuance cependant son influence :

« Il est très populaire parmi la diaspora qui l'apprécie pour sa combativité et la pertinence de son analyse, mais il n'est pas connu en Tunisie. »

Pour Vincent Geisser, une caractéristique commune empêche les deux hommes de percer :

« Ils font partie d'un cercle élitiste d'intellectuels en rupture avec le petit peuple tunisien, dont il n'a pas vu venir la colère. Le moteur des revendications actuelles provient vraiment de la base de la population. »

Le chercheur souligne que les émeutes, qui ne sont pas du tout organisées, reposent davantage sur une solidarité familiale et locale que sur un soutien politique de ces partis d'opposition, aussi indépendants soient-ils.

Ettajdid [11], le seul d'entre eux qui soit indépendant et toléré par le régime, partage ce même défaut. Marguerite Rollinde, chercheurse au Centre de recherche en science sociale et politique de Paris-équipe Genre, travail et mobilités, ajoute :

« Comme d'autres partis d'opposition, il ne pourra pas prendre le relais car ses dirigeants ont trop longtemps oscillé entre une position en claire opposition à Ben Ali et un soutien au président, pour faire front commun contre les islamistes. »

Les islamistes, une crainte réelle ?

Ces derniers inquiètent Yanis :

« Il existe à présent un terreau fertile pour les islamistes en Tunisie. Les habitants sont frustrés par la pauvreté et sont désormais nombreux à se tourner vers la religion. »

Les attaques contre les personnalités critiques envers la pression de l'islam se sont multipliées. Sawsen Mâalej, comédienne progressiste, a ainsi été victime d'une campagne de dénigrement [12] menée par le chanteur tunisien Psycho-M et très relayée sur Facebook, pour quelques blagues osées à la télévision.

La sénatrice Riadh Zghal, qui a émis l'idée que l'appel à la prière pouvait gêner les élèves des écoles situées à proximité des mosquées, a elle aussi été vivement critiquée [13]. Certains détracteurs ont même demandé la déchéance de son statut de musulmane [14].

Pourtant, Rached Ghannouchi [15], leader historique des islamistes tunisiens, ne fait plus l'unanimité. Exilé à Londres, il a laissé derrière lui les partisans de son parti, Ennahada. Sévèrement opprimés par Ben Ali et libérés depuis peu, ils restent discrets et ne cherchent pas à prendre le contrôle du mouvement de revendication.

Vincent Geisser précise :

« Ghannouchi n'a aucune prise sur la population, les jeunes ne le connaissent pas. Au même titre que les autres partis d'opposition, il est dépassé par la réalité du terrain. »

Selon Yanis, l'alternative islamiste, possible sans être immédiate, sera plus radicale :

« Il s'agira d'un mouvement situé à la droite de Ghanouchi, qui n'acceptera pas de faire un compromis politique comme Ennahda a tenté pour intégrer le régime. »

Un remplaçant issu du parti unique, mais à la réputation intacte ?

Le vide politique qu'a créé Ben Ali ne donne pas beaucoup d'illusions aux Tunisiens : personne n'affirme que son régime s'effondrera dans une semaine ou dans un mois. Vincent Geisser appelle à encore plus de patience. Pour lui, le changement ne sera pas radical, et viendra davantage de l'intérieur :

« Des élites du parti de Ben Ali contestent de plus en plus la dictature. Une partie des cadres du parti est saine, il s'agit de haut fonctionnaires qui administrent le pays en dépit du régime autoritaire. »

Selon lui, il est possible que l'un d'entre eux succède au président actuel :

« Il faudrait un remplaçant issu du sérail, mais dont la réputation n'a pas été salie par des affaires de corruption. Un technicien qui engagerait des réformes économiques et politiques, pour ouvrir progressivement le paysage politique. »

Il s'agira forcément de quelqu'un de soutenu par la communauté internationale :

« Wikileaks a démontré l'implication des Etats-Unis, qui semblent chercher un successeur à Ben Ali, dont ils déplorent la corruption [16]. »

En attendant, les émeutes continuent. En France, Adel Ghazal espère un changement, sans réellement y croire :

« Il ne suffit pas d'être opposant pour être un leader crédible et porter une alternative. »

Mis à jour le 7/01/2011 à 12h15 : Ce n'est pas Marguerite Rollinde, chercheurse au Centre de recherche en science sociale et politique de Paris-équipe Genre, travail et mobilités, qui s'est exprimée sur Hamma Hammami mais bien Yanis.

Les Tunisiens fatiqués d'un pays tenu par quelques familles [17]

Tunisie : "On ira très loin pour défendre nos droits" [18]

Emeutes en Tunisie : une brèche dans la censure [19]

Emeutes en Tunisie après l'immolation d'un jeune chômeur [20]

Communiqué de Reporters Sans Frontières sur les arrestations de blogueurs [21]

URL source: http://www.rue89.com/2011/01/06/la-tunisie-gronde-toujours-mais-qui-pour-remplacer-ben-ali-184012

Links:
[1] http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jSZ72DKiku6l5iuS8rFMpc2gUpuw?docId=CNG.cb70f1372d99820b8126a624cd43ce56.141
[2] http://www.rue89.com/2009/06/08/un-chercheur-menace-de-sanctions-bronca-au-cnrs
[3] http://iremam.univ-provence.fr/spip.php?article54
[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Rassemblement_constitutionnel_démocratique
[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_destourien
[6] http://www.ugtt.org.tn/
[7] http://www.espacemanager.com/macro/sidi-bouzid-5-partis-de-l-opposition-tunisienne-denoncent-une-campagne-mediatique-calomnieuse.html
[8] http://www.tunisie7.tn/evennement_detail.php?code=137&evennement=5928
[9] http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/opinion/20101206.OBS4248/portrait-hamma-hammami-par-taoufik-ben-brik.html
[10] http://moncefmarzouki.com/
[11] http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_Ettajdid
[12] http://www.marhba.com/forums/actualites-3/psyco-m-contre-sawsen-maalej-et-olfa-youssef-affaire-passe-devant-justice-53383-p2.html
[13] http://blogdesamialdeeb.blog.tdg.ch/archive/2010/12/27/tunisie-on-s-insurge-contre-l-appel-a-la-priere-des-minarets.html
[14] http://www.gnet.tn/revue-de-presse-nationale/riadh-zghal-sexplique-autour-de-laffaire-des-mosquees/id-menu-958.html
[15] http://fr.wikipedia.org/wiki/Rached_Ghannouchi
[16] http://wikileaks.ch/cable/2008/06/08TUNIS679.html
[17] http://www.rue89.com/2011/01/02/les-tunisiens-fatigues-dun-pays-tenu-par-quelques-familles-183378
[18] http://www.rue89.com/2010/12/29/en-tunisie-on-ira-tres-loin-pour-defendre-nos-droits-182692
[19] http://www.rue89.com/2010/12/31/emeutes-en-tunisie-a-la-tele-une-breche-dans-la-censure-183147
[20] http://www.rue89.com/2010/12/26/emeutes-en-tunisie-apres-limmolation-dun-jeune-chomeur-182422-0
[21] http://fr.rsf.org/tunisie-vague-d-arrestations-de-blogueurs-06-01-2011,39233.html

11-01-07 - AFP -- Tunisie cinq manifestants blessés dans un affrontement près de Sidi Bouzid

Tunisie: cinq manifestants blessés dans un affrontement près de Sidi Bouzid

(AFP) – 7 janv. 2011 

TUNIS — Cinq manifestants et un agent de sécurité ont été blessés au cours d'un affrontement violent vendredi dans une localité proche de Sidi Bouzid, dans le centre-ouest de la Tunisie, ont indiqué des proches et des témoins.

Aucune indication n'a cependant pu être obtenue en fin de journée de source gouvernementale ou sécuritaire sur ces accrochages, qui ont eu lieu à Saïda, à 25 km de Regueb, dans la région de Sidi Bouzid, principal foyer de l'agitation que connaît la Tunisie depuis le 19 décembre.

Des habitants et un syndicaliste témoins ont raconté à l'AFP que les forces de l'ordre avaient ouvert le feu contre les manifestants quand ces derniers ont lancé une pluie de pierres sur un poste de sécurité et mis le feu à un pneumatique.

Ce qui devait être une marche pacifique de lycéens, rejoints en cours de route par des habitants du village, a dégénéré en affrontements avec les forces de sécurité, qui ont fait usage de lacrymogènes, puis de leurs armes à feu, ont-ils ajouté.

Parmi les protestataires, 200 à 300 personnes, Ziyad Guesmi a été atteint à la poitrine, a indiqué à l'AFP son cousin Anis, qui l'a transporté à l'hôpital.

Walid Missaoui, 25 ans, a également été blessé par balles, selon son frère Nabil, ces deux jeunes ayant été ensuite transférés dans un hôpital régional en raison de la gravité de leurs blessures, selon leurs proches.

Un lycéen, Mohamed Lamine Hammami, a été atteint à la jambe et à l'épaule, a indiqué un témoin parlant à l'AFP sous couvert d'anonymat depuis l'hôpital de Regueb.

En plus de ces trois blessés identifiés, deux autres auraient été blessés et un agent de l'ordre hospitalisé pour fracture, selon ce témoin, enseignant.

Des sources syndicales ont également fait état de nombreuses arrestations à Tala dans la région de kasserine, mais cette information n'a pu être confirmée.

Dans les lycées et collèges du pays les professeurs ont observé vendredi un arrêt de travail de vingt minutes pour dénoncer la répression des manifestants et "le traitement sécuritaire des évènements" de Sidi Bouzid, a-t-on appris auprès du syndicat de l'enseignement secondaire.

Une source gouvernementale a admis la fermeture provisoire d'établissements scolaires à Tala, près de Kasserine, dans le centre-ouest, où le suicide d'un vendeur ambulant qui s'était fait confisqué sa marchandise a déclenché un mouvement de protestation d'une rare ampleur.

Le pouvoir a pris des mesures pour apaiser les esprits et créer des emplois à Sidi Bouzid, tout en accusant l'opposition d'instrumentaliser l'agitation et les médias étrangers de l'amplifier.



11-01-07 - Pipelette -- La situation s’aggrave à Sidi Bouzid

Tunisie : La situation s’aggrave à Sidi Bouzid

Les arrestations et les grèves continuent en Tunisie. La région de Sidi Bouzid est particulièrement touchée à cause de la grogne des jeunes sur la précarité et le chômage. Le facteur déclencheur a été le suicide d’un jeune à qui on avait confisqué son étal de vente. Les jeunes critiquent violemment le président tunisien pour son absence d’actions.

La situation s’aggrave en Tunisie, et une grande partie de la population de Sidi Bouzid est dans les rues. Cette région est devenue le symbole de la lutte contre le chômage et la précarité. Tout a commencé quand Mohammed Bouazizi, un jeune de 26 ans, s’est immolé, car des agents de la municipalité avaient confisqué son étal de vente. Depuis, ce jeune homme est devenu le symbole de la jeunesse tunisienne qui en a marre de la précarité galopante. Toutes les régions de Tunisie commencent à être touchées par le phénomène, et les avocats montent aussi au créneau pour dénoncer la répression du pouvoir. Mais le plus grave est l’augmentation des suicides, ainsi un père de famille de 52 ans s’est immolé à Chebba parce qu’il n’avait pas d’aide médicale pour soigner sa maladie. Le 6 janvier 2011 à Regueb, un jeune est monté sur le toit en menaçant de se jeter dans le vide. En plus de la contestation, la rébellion des internautes continue de plus belle. Des milliers de groupes Facebook dénoncent les pratiques du président Ben Ali. Sur Twitter, le hashtag #sidibouzi est utilisé pour transmettre des informations sur les émeutes et la répression policière. RSF estime que la Tunisie fait partie des ennemis d’internet, car ce pays censure de nombreux sites internationaux.

On craint que le mouvement ne s’étende à d’autres pays, ainsi des manifestations similaires ont eu lieu en Algérie. Toute la région du Maghreb est touchée par le chômage à cause de l’immigration croissante en provenance des Philippines et de Chine. Les grands chantiers entrepris par les gouvernements ne permettent pas un développement de l’emploi. En effet, les entreprises majoritairement asiatiques utilisent leurs propres ressortissants qui travaillent pour un faible salaire. De plus, la corruption et le manque d’accès au crédit empêchent les jeunes de créer leurs propres entreprises. Pour couronner le tout, la censure permanente ne permet pas aux jeunes de se former correctement aux nouvelles technologies. Si on ajoute à cela une inflation galopante et un salaire qui stagne, on a tout les ingrédients pour une explosion sociale. Le gouvernement tunisien tente d’apaiser les choses en octroyant une enveloppe de 113 millions d’euros pour développer l’emploi. Mais le problème est que les jeunes du pays ont été réprimés pendant trop longtemps et qu’ils utilisent la précarité de l’emploi comme un défouloir de toutes leurs privations. La France a dénoncé timidement les émeutes en appelant toutes les parties à une atmosphère d’apaisement. Certains médias français ont été accusés de garder le silence pendant les premiers jours d’émeutes.

11-01-07 - L'Humanité -- protestation et colère ne faiblissent pas

Monde - le 7 Janvier 2011

Afrique

Tunisie : protestation et colère ne faiblissent pas

Après les obsèques du jeune Bouazizi, qui ont donné lieu à une manifestation contre le régime, les avocats tunisiens ont observé une grève dans tous les tribunaux du pays.

Mohamed Bouazizi, vingt-six ans, qui s’était immolé par le feu sous les fenêtres du gouverneur (préfet) de Sidi Bouzid (à 260 km de Tunis) aura été le détonateur d’un mécontentement populaire au cours duquel trois autres jeunes ont trouvé la mort. Jeudi, à Sidi Bouzid, ils étaient plus de 5 000 personnes à marcher derrière son cercueil scandant « Adieu Mohamed nous te vengerons », « ton sang n’aura pas coulé pour rien ». La veille, les autorités ont dû couper l’électricité pour prévenir un suicide collectif, une femme et ses trois enfants, qui avaient escaladé un pylône à haute tension pour exiger du travail et un logement ! Et hier, jeudi, des milliers d’avocats ont observé une grève dans tous les tribunaux tunisiens pour dénoncer la répression le 31 décembre d’une manifestation de solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid. Et ce en dépit d’une vaine tentative d’opposition à cette grève émanant des avocats membres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) au pouvoir. « La grève a été suivie par 95 % des avocats dans l’ensemble des tribunaux », à l’appel du Conseil national de l’Ordre des avocats (Cnoa), a indiqué le bâtonnier Abderrazak Kilani. « Cela s’est déroulé dans le calme et aucun incident n’a été enregistré dans les régions ni dans Tunis, les avocats démontrant qu’ils peuvent riposter avec sagesse et responsabilité », a-t-il ajouté.

Une chose est certaine, Mohamed Bouazizi aura été le symbole du refus du chômage et du mépris affiché par le régime envers les Tunisiens. Son oncle n’a pas tout à fait tort en estimant que « Mohamed a sacrifié sa vie pour attirer l’attention sur sa condition et celle de ses frères ». Car ils sont nombreux ces jeunes – plus de 200 000 diplômés universitaires chômeurs – à la recherche d’un emploi correspondant à leurs qualifications et contraints d’accepter des emplois précaires ou de vivre d’expédients. Plus que la question sociale, le contexte répressif éprouvant, sans équivalent en Algérie et au Maroc, est devenu à la longue insupportable. L’omniprésence policière est un sujet occulté par les partenaires européens, dont notamment la France, pour qui la petite Tunisie est un modèle de bon élève des institutions financières. En plus de la police, qui intervient partout, il faut compter avec les structures du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique), le parti au pouvoir et ses relais qui quadrillent les quartiers des villes et des villages, véritables milices, participant à la mise sous surveillance de la société tunisienne. Dans la vie, cela se traduit par d’innombrables abus de pouvoir émanant de petits potentats locaux contre de simples citoyens, de multiples tracasseries au quotidien, comme faire attention à ce qu’on dit en public, et qui à la longue ont fini par exaspérer les Tunisiens. Et si, jusque-là, seuls les intellectuels et les militants politiques et associatifs tentaient de casser cette chape de plomb répressive, aujourd’hui force est de constater que la contestation, qui a gagné les milieux populaires, est en train de poser avec force la question de la justice sociale et du respect des droits fondamentaux longtemps bafoué par le régime avec la complicité européenne.

Hassane Zerrouky



11-01-08 - Le Monde -- un homme s'immole par le feu à Sidi Bouzid

Tunisie : un homme s'immole par le feu à Sidi Bouzid

pour Le Monde.fr | 08.01.11 | 17h30  •  Mis à jour le 08.01.11 | 18h05

Un nouveau marchand ambulant s'est immolé par le feu, samedi 8 janvier, à Sidi Bouzid, en Tunisie. Agé de 50 ans, Moncef Ben K., marié et père de famille, s'est aspergé d'essence alors que se tenait le marché de la ville. Il a été emmené en ambulance et son état est jugé grave.

Au même endroit, à Sidi Bouzid, capitale agricole située au coeur de la Tunisie, un vendeur de fruits et légumes, Mohamed Bouazizi, 26 ans, s'était immolé par le feu le 17 décembre avant de décéder le 4 janvier. Son geste de désespoir a provoqué une vague de contestation et de manifestations contre le chômage et la cherté de la vie sans précédent depuis vingt ans dans tout le pays.

Depuis la mi- décembre, plusieurs autres cas de suicides ont été signalés. Samedi, la ville de Metlaoui, dans la région minière de Gafsa, enterrait un jeune qui s'était également immolé par le feu.

Lors d'un rassemblement public organisé samedi à Tunis, l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), centrale syndicale unique, a apporté son appui aux revendications "légitimes" des manifestations de Sidi Bouzid et d'ailleurs. "Nous soutenons les revendications de la population de Sidi Bouzid et des régions intérieures, l'UGTT ne peut être qu'avec ce mouvement, derrière ceux qui sont dans le besoin et qui demandent des emplois", a déclaré Abid Brigui, le secrétaire général adjoint de l'UGTT, s'adressant à la foule depuis les locaux de la centrale, sur la place Mohamed Ali.

"Il est contre nature de condamner ce mouvement, il n'est pas normal d'y répondre par des balles", a-t-il lancé sous les applaudissements, en appelant au "dialogue avec les jeunes". Deux personnes ont été tuées par balles lors d'affrontements avec la police depuis la mi-décembre. Trois autres personnes ont été blessées par armes à feu au cours de nouveaux heurts avec la police à Regueb et Saïda, près de Sidi Bouzid, vendredi.

A Tunis, quelques centaines de personnes strictement encadrées par des centaines de policiers en civil et des unités anti-émeutes, ont observé une minute de silence à "la mémoire des martyrs" du mouvement social.

Isabelle Mandraud

11-01-08 - Libération -- la jeunesse se mutine 

08/01/2011 à 00h00
Tunisie, Algérie : la jeunesse se mutine

Décryptage

Les émeutes, qui trouvent leurs sources dans le malaise des diplômés au chômage et la flambée du prix des denrées alimentaires, ne faiblissent pas.

Par CHRISTOPHE AYAD, VITTORIO DE FILIPPIS

A Alger, jeudi. (REUTERS)

L’émeute et le suicide sont devenus les modes d’expression privilégiés du malaise maghrébin. Depuis trois semaines, la Tunisie est en proie à une agitation multiforme, qui a débuté par le geste de colère et de désespoir d’un jeune diplômé chômeur, qui s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid, et affecte désormais tout le pays et plusieurs secteurs de la société : avocats, lycéens, qui ont violemment manifesté vendredi à Tala (ouest) et à Regueb (centre), où cinq manifestants auraient été blessés. En Algérie, c’est une brutale hausse des prix de plusieurs denrées de base qui a jeté la jeunesse dans la rue depuis le début de la semaine. Après une pause dans la matinée, les troubles ont redémarré vendredi après-midi à Alger, Oran (ouest) et Annaba (est), forçant le pouvoir à une réunion d’urgence samedi pour étudier les moyens de juguler l’inflation.

1983 en Tunisie, 1988 en Algérie : les émeutes du pain avaient déstabilisé les pouvoirs en place, entraînant, en Tunisie, un «coup d’Etat médical» de Ben Ali contre Bourguiba quatre ans plus tard, et en Algérie, une démocratisation mal maîtrisée, qui a mené les islamistes du FIS aux portes du pouvoir et le pays à la guerre civile. Ces deux nations, dont la taille, l’histoire et les économies ne sont pas comparables, partagent pourtant deux points communs de taille : des systèmes politiques autoritaires et sclérosés et une jeunesse pléthorique et sans espoir. C’est aussi le cas du Maroc et de l’Egypte et de telles explosions sociales y sont tout à fait possibles, voire probables. Paralysées, l’Europe et la France, sont restées quasiment muettes depuis le début de cette crise. Seuls les Etats-Unis ont convoqué, vendredi, l’ambassadeur tunisien pour lui faire part de leur «préoccupation» et lui demander que soit respectée la «liberté de rassemblement».

Les raisons de la colère

En Tunisie, c’est le geste de Mohamed Bouazizi qui a mis le feu aux poudres. Ce diplômé chômeur de 26 ans, dont la famille est étranglée par les emprunts, s’est immolé par le feu, le 17 décembre, devant la préfecture de Sidi Bouzid après la confiscation de la marchandise qu’il vendait à la sauvette. Grièvement brûlé, il est mort mardi. Chômage, absence d’emploi et de perspective d’avenir, mépris des autorités qui ont refusé de le recevoir : le cas Bouazizi a ému les habitants de Sidi Bouzid et fait des émules. La violence de la répression policière a alimenté la colère de la jeunesse : une semaine plus tard, la police tuait deux manifestants à Menzel Bouzaiane (dans le centre du pays). Des avocats qui entendaient manifester leur solidarité ont été violemment battus le 28 décembre. D’où la grève générale de la profession observée jeudi. Depuis une semaine, ce sont surtout les lycéens qui entretiennent la flamme de la contestation.

En Algérie, une hausse brutale des prix des denrées de première nécessité (23% pour les produits sucrés, 13% pour les oléagineux, 58% en un an pour la sardine) a entraîné des troubles à Oran, puis en Kabylie et à Alger. Le rituel de l’émeute sociale n’est pas nouveau en Algérie, mais ce qui l’est, c’est la simultanéité et l’ampleur des troubles.

Qui se soulève ?

En Algérie, comme dans le reste du Maghreb, ils sont ceux qu’on appelle «les diplômés chômeurs». En Tunisie, le taux de chômage des jeunes diplômés, officiellement de 23,4%, frôlerait en réalité les 35%. En Algérie, le même indicateur toucherait plus de 20% des jeunes diplômés, très loin des 10% officiels. Au Maroc, où le mouvement des diplômés chômeurs est institutionnalisé depuis plus d’une décennie, six d’entre eux ont d’ailleurs tenté de s’immoler devant le ministère du Travail, à Rabat, dans les jours qui ont suivi l’affaire de Sidi Bouzid. L’effet de miroir et de contagion est désormais facilité par Al-Jezira, la chaîne arabe d’information qui a supplanté les chaînes françaises.

Entre les lycéens tunisiens, qui sont devenus le moteur de la mobilisation, et la jeunesse pauvre d’Alger s’attaquant à une bijouterie dans le quartier chic d’el-Biar, ce sont, en fait, tous les jeunes qui sont en ébullition. Pas étonnant dans des pays où les moins de 20 ans représentent près de 50% de la population, alors qu’ils sont dirigés (à l’exception du Maroc) par des hommes nés entre les deux guerres.

Spécificité tunisienne, la révolte a touché d’autres couches comme les avocats, au nom de la défense des libertés publiques. C’est dans ce pays que la liberté d’expression a été la plus caricaturalement réprimée, ajoutant au sentiment d’étouffement de toute la société.

Des régimes autoritaires et corrompus

Le produit intérieur brut algérien a triplé au cours des dix dernières années. Résultat : dès 2005, l’Algérie rattrapait la Tunisie en terme de PIB par habitant, dépassant même largement le voisin marocain. Mais la bonne fortune de cette performance ne tient qu’en un mot : hydrocarbures. Avec à la clé un énorme bémol sur ce qui pouvait ressembler à un rattrapage économique. Car quand un pays à du pétrole et du gaz à revendre, il ne cherche pas forcément à développer son tissu industriel. «Et c’est exactement ce qui s’est passé en Algérie, note un universitaire local sous couvert d’anonymat. Certes les émeutes peuvent s’expliquer par la hausse des prix des matières alimentaires de bases, mais le malaise de notre société a des racines bien plus profondes.» En effet, le pouvoir algérien a mené de 1992 à 1999 une «sale guerre» pour éradiquer l’islamisme dans laquelle ont péri 100 000 à 200 000 personnes. Mais la fin des Années de plomb ne s’est pas accompagnée d’une ouverture politique : au contraire, les élections sont truquées comme jamais ; la rue est gérée à la trique, et les islamistes - tant qu’ils désertent le champ politique - sont libres de dicter leurs vues à la société. Pendant ce temps, le pouvoir et la richesse nationale restent confisqués par la petite clique politico-militaire qui dirige le pays, comme l’a révélé le scandale de la Sonatrach, qui a éclaté il y a un an et a conduit à la démission du ministre du Pétrole, un proche de Bouteflika.

En Tunisie, les frasques et l’avidité de la belle-famille de Ben Ali font les délices des télégrammes américains - qui parlent d’un Etat «quasi-mafieux» - révélés par WikiLeaks. Elles amusent moins les Tunisiens, qui touchent du doigt les limites du «miracle» qu’on leur chante tous les jours dans les médias officiels. La presse indépendante n’existe plus, et les partis d’opposition ont été réduits à des clubs privés qui passent leur temps à tenter de se réunir. Désormais, le seul espace de liberté est Internet : c’est sur Facebook que se passe la mobilisation lycéenne, et c’est sur la Toile qu’une «cyberguérilla» - emmenée par un groupe nommé les Anonymes - attaque les sites gouvernementaux. D’où les arrestations de blogueurs (dont celles de Slim Amamou et El Aziz Amami) qui se multiplient depuis jeudi.

Même le Maroc, le pays où les libertés sont les plus importantes au Maghreb et celui où les partis ont un vague rapport avec la réalité, est en pleine régression démocratique. La vie politique est gérée depuis le palais, qui contrôle aussi l’essentiel du secteur privé.

Des pouvoirs sans projet

En Algérie, l’après-pétrole se fait toujours attendre. Craignant que les investisseurs étrangers ne fassent main base sur le tissu économique local, Alger a promulgué du jour au lendemain l’année dernière une nouvelle loi interdisant à tout étranger de posséder plus 49% d’une entreprise locale. «Du jour au lendemain nous avons assisté à un effondrement des investissements étrangers, comme si tout le monde craignait subitement un retour à une économie totalement administrée», explique un universitaire algérois.

La Tunisie, elle, souffre d’un excès de main-d’œuvre qualifiée, qui ne demande qu’une chose : un travail en relation avec sa formation, souvent au rabais. La Tunisie à certes réussi à développer des secteurs comme le tourisme ou encore le textile et la confection. Mais cette stratégie initiée pendant les années 70 est dans l’impasse. Elle révèle surtout à quel point le pays n’a pas su monter en gamme, pour rompre sa trop forte dépendance aux commandes européennes.

11-01-09 - Orlando Sentinel -- Tunisian union officials report 11 people dead

Tunisian union officials report 11 people dead in rioting; authorities say 2 died

BOUAZZA BEN BOUAZZA

9:39 AM EST, January 9, 2011

TUNIS, Tunisia (AP) — Union officials in three Tunisian towns say at least 11 people have died in clashes with security forces in new rioting in the North African country where unrest is in its fourth week.

The Interior Ministry has confirmed that at least two people died in the western town of Thala. Union official Belgacem Saihi told The Associated Press that up to five people had died there.

In nearby Kasserine, union official Amor Mhamdi said three people were shot to death Saturday night as protesters attacked public buildings.

Kamel Laabidi, a union official in Regueb, reported three people killed there.

Regueb is near Sidi Bouzaid, the central-western town where riots over joblessness started Dec. 17.

Two demonstrators have previously been shot to death by police.

THIS IS A BREAKING NEWS UPDATE. Check back soon for further information. AP's earlier story is below.

TUNIS, Tunisia (AP) — Tunisia's Interior Ministry says at least two people have been killed and eight injured in new rioting in this tiny North African nation where unrest is in its fourth week. A union official put the death toll at five.

The Interior Ministry's statement Sunday did not say how the deaths the previous day occurred. Two demonstrators have previously been shot to death by police.

Union official Belgacem Saihi told The Associated Press that up to five people had died in the western city of Thala.

The unrest that began in the central-western town of Sidi Bouzaid over joblessness and other social ills has spread through that region and beyond and shows no signs of stopping.

Two demonstrators have also died in similar violence in neighboring Algeria.



11-01-09 - Breitbart -- Opposition says 20 killed in Tunisian clashes


Opposition says 20 killed in Tunisian clashes

Jan 9 10:33 AM US/Eastern

At least 20 people were killed in weekend clashes with police in two central Tunisian towns amid protests over the cost of living, the opposition said Sunday, contradicting an official toll of two dead.

Ahmed Nejib Chebbi, leader of the opposition Progressive Democratic Party (PDP) said the death toll had been collated by his party's network of members in the south-central towns of Kasserine and Tala, the epicentre of clashes since Friday.

Chebbi appealed to Tunisian President Zine El Abidine Ben Ali "to call an immediate ceasefire to spare the lives of innocent citizens and respect their right to protest."

The toll contradicts a statement from the interior ministry earlier Sunday, which said two people had been killed and eight wounded after security forces fired on demonstrators.

"Reports reaching us from Kasserine and Tala speak of at least 20 killed by bullets in the clashes which were continuing this morning," said Chebbi

Chebbi, quoting his party's network of sources in the towns, said funeral processions for the victims had been fired upon on Sunday.

Witnesses earlier told AFP that four people had been killed by gunfire in Kasserine. Some witnesses said the toll could rise because of "the large number of seriously injured" in the clashes.

The interior ministry, in a statement carried by government news agency TAP, said "many security force members" had been injured, "including three in a serious condition".

It said the security forces had fired on demonstrators after a warning but said this was an act of "legitimate self defence".

"From 8:00 pm (1900 GMT) groups of individuals attacked the service station, the local regional authority headquarters and the police station, using Molotov cocktails and stones," the ministry said.

"These individuals then went to the Delegation (local authority) headquarters which was under the protection of the security forces, proceeding to encircle it and attack it with firebombs, stones and sticks".

Security forces tried "in vain" to warn the protesters, before using their weapons "in an act of legitimate self defence when the assailants tried to enter the Delegation headquarters by force," it said.

Union sources said troops were deployed on Saturday for the first time since the crisis erupted in the central town of Sidi Bouzid in mid-December, and had taken up positions around public buildings. However, they had taken no direct action against the demonstrators.

Union official Belgacem Sayhi said the death toll in Tala alone reached five early Sunday when a 17-year old youth died from his injuries. He said the victims had been killed when police opened fire on demonstrators in the town centre.

Another union official Sadok Mahmoudi, told AFP that angry demonstrators had on Friday set several official buildings and a bank on fire in Tala, a few dozen kilometres from Kasserine near the border with Algeria, where at least four people have reportedly been killed in days of rioting over rising food prices.

In France, police said a blast damaged shutters at the Tunisian consulate in Paris, which the country's ambassador denounced as a "terrorist act".

Tunisia's ambassador to France, Raouf Najar, said in a statement sent to AFP: "The disinformation these past few days on what is happening in Tunisia is such that anything is possible, even this terrorist act."

11-01-09 - Libération -- Manifestations mortelles en Tunisie

09/01/2011 à 12h52

Manifestations mortelles en Tunisie

Une vingtaine de personnes sont mortes lors d'affrontements avec la police, selon l'opposition. A Pantin, «petite explosion» devant le consulat.

Un dirigeant de l’opposition a fait état dimanche d’au moins 20 personnes tuées par balles à Thala et Kasserine, dans le centre-ouest de la Tunisie. «Les informations qui nous proviennent de Kasserine et Thala font état d’au moins vingt morts tombés sous les balles depuis samedi dans des affrontements qui se poursuivaient ce matin même», a déclaré à l’AFP Ahmed Nejib Chebbi, chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP, opposition légale). «On a tiré sur les cortèges funèbres», a-t-il affirmé, expliquant tenir ses informations des relais de son parti dans les deux villes.

Affirmant vouloir attirer l’attention du chef de l’Etat sur «la gravité de la situation», Ahmed Nejib Chebbi l’a appelé à «faire cesser le feu immédiatement». «J’adresse un appel urgent au président de la République pour lui demander de faire cesser le feu immédiatement afin d’épargner la vie des citoyens innocents et de respecter leur droit à manifester», a-t-il déclaré.

Selon des témoignages concordants recoupés par l’AFP, au moins quatre personnes ont été tuées dimanche et plusieurs blessées par balles à Kasserine, à 290 km au sud de Tunis. Ces sources affirment que le bilan devrait s’alourdir dans les heures à venir en raison d’un «grand nombre de blessés graves». Sur les quatre tués dans des affrontements avec la police, trois ont été tués par balles et identifiés.

Quatre morts à Thala

Samedi soir, des affrontements à Thala, localité situé à 50 km de Kasserine, avaient fait au moins quatre morts et six blessés graves, selon des sources syndicales. Le gouvernement a fait état dimanche de deux morts samedi à Thala affirmant que la police avait été attaquée par des individus avant d’ouvrir le feu dans un acte de «légitime défense».

Les victimes de samedi ont été tuées lorsque les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur des manifestants dans le centre de la ville, localité proche de Kasserine, dans le centre-ouest du pays, a indiqué à l’AFP Belgacem Sayhi, un instituteur syndicaliste.

Durant les affrontements, Marwane Jomni, 20 ans, Ahmed Boulaabi, 30 ans, Mohamed Omri, 17 ans et Nouri Boulaabi, 30 ans, ont été tués et plusieurs autres personnes ont été blessées, selon un bilan provisoire recueilli auprès de Belgacem Sayhi, et corroboré par deux habitants ayant requis l’anonymat. Parmi les blessés, six ont été très grièvement atteints et transférés dans un hôpital de Kasserine, chef-lieu de la région, selon les mêmes sources, où des affrontements sanglants ont été également signalés dans la nuit de samedi à dimanche. Un enfant de 12 ans aurait été tué d’une balle à la tête dans la cité Ennour, a affirmé un témoin ayant requis l’anonymat. La veille, Tala a été le théâtre d’affrontements violents durant lesquels les manifestants ont saccagé des biens et mis le feu à une banque et à des bâtiments officiels, selon un dirigeant syndical local. Selon ce témoin joint par téléphone par l’AFP, l’armée s’est déployée samedi pour la première fois depuis le début des troubles, autour des bâtiments officiels.

De son côté, le communiqué du gouvernement fait état de deux morts seulement et de «nombreux agents de l’ordre blessés dont trois dans un état grave», affirmant que les forces de sécurité ont fait usage de leurs armes, après sommation, dans un acte de «légitime défense». Les autorités ont affirmé que ces affrontements ont opposé la nuit dernière les forces de l’ordre à des «individus» qui les attaquaient à coups de cocktails Molotov, de pierres et de bâtons.

A Tunis, la foule observe une minute de silence

A Tunis, devant quelques centaines de personnes strictement encadrées par des centaines de policiers en civil et des unités anti-émeutes, le secrétaire général adjoint de l’UGTT, Abid Brigui, a proclamé son appui aux revendications «légitimes». «Nous soutenons les revendications de la population de Sidi Bouzid et des régions intérieures», a-t-il déclaré à la foule depuis les locaux de la centrale, sur la place Mohamed Ali. «Il est contre nature de condamner ce mouvement, il n’est pas normal d’y répondre par des balles», a-t-il lancé sous les applaudissements, appelant plutôt au «dialogue avec les jeunes». La foule a observé une minute de silence à «la mémoire des martyrs» du mouvement social, entre hymne national et chansons engagées diffusés par hauts-parleurs.

Vendredi, cinq manifestants et un agent de sécurité ont été blessés lors d’un affrontement violent à Saïda, une localité proche de Sidi Bouzid. Ce qui devait être une marche pacifique de lycéens, rejoints en cours de route par des habitants du village, a dégénéré en affrontements avec les forces de sécurité, qui ont fait usage de lacrymogènes, puis de leurs armes à feu, selon des témoins.

De nouvelles tentatives de suicide ont par ailleurs été signalées samedi par des témoins à Kasserine et à Sidi Bouzid, dont celle d’un père de quatre enfants, Moncef Abdouli, 52 ans, qui a tenté de mettre fin à ses jours en s’immolant par le feu près du marché, en plein centre-ville. A Kasserine, un jeune chômeur, Hilmi Khadraoui, s’est aspergé de pétrole près du lycée, tandis qu’un homme de 35 ans avait tenté de se suicider après une manifestation, selon un journal privé local.

Traditionnel allié de la Tunisie, les Etats-Unis de sont dit «préoccupés» vendredi par les troubles et ont convoqué l’ambassadeur de ce pays à Washington, Mohamed Salah Tekaya, pour demander le respect des libertés individuelles, notamment en matière d’accès à l’internet.

A Pantin, «petite explosion» devant le consulat

A Pantin, le consulat de Tunisie a subi une «petite explosion» dimanche matin, qui a occasionné «des dégâts minimes» sur son rideau de fer, a-t-on appris de source policière, tandis que l’ambassade évoque une «bombe artisanale» à l’origine d’une «forte déflagration». Selon la préfecture de Seine-Saint-Denis, «des hydrocarbures auxquels on a mis feu» pourraient être à l’origine de l’explosion.

Dans une déclaration écrite à l’AFP, l’ambassadeur de Tunisie en France, Raouf Najar, a dénoncé «un acte terroriste»: «la désinformation ces derniers jours sur ce qui se passe en Tunisie est telle que tout en devient possible, même cet acte terroriste». «La caméra de surveillance a enregistré le dépôt par trois personnes de ce qui semble être une bombe artisanale», a précisé l’ambassade dans un communiqué. Cet engin a provoqué «une forte déflagration (qui) a détruit la porte d’entrée du consulat», a-t-elle ajouté.

Le consulat, une annexe du consulat général de la Tunisie à Paris, était ouvert dimanche vers 10 heures, a constaté un journaliste de l’AFP. Le rideau métallique, brûlé, était presque totalement relevé, et une vingtaine de personnes faisaient la queue. Quelques policiers étaient postés devant le consulat installé au rez-de-chaussée et au premier étage d’un immeuble d’une dizaine d’étages à l’angle de la porte de Pantin. La brigade criminelle de la police judiciaire est saisie de l’enquête.

(Source AFP)



11-01-09 - Le Monde -- Les affrontements se poursuivent en Tunisie

Les affrontements se poursuivent en Tunisie

LEMONDE.FR avec Reuters, AFP | 09.01.11 | 11h52  •  Mis à jour le 09.01.11 | 16h42

Le bilan des affrontements qui ont opposés samedi et dimanche des manifestants aux forces de l'ordre dans les villes de Thala et Kasserine, dans l'ouest de la Tunisie, s'alourdit d'heure en heure. Le pays est secoué depuis fin décembre par une vague de contestation et de manifestations contre le chômage et la cherté de la vie sans précédent depuis vingt ans.

Le gouvernement, qui faisait déjà état jusqu'ici de deux tués à Thala, a déclaré dans un communiqué publié dimanche 9 janvier que huit personnes étaient mortes au total dans des affrontements avec la police au cours des dernières 24 heures.

Ahmed Nejib Chebbi, un dirigeant de l'opposition, a lui évoqué le chiffre de vingt personnes tuées par balles dans ces deux villes. Il a appelé le président à faire cesser le feu.

"Les informations qui nous proviennent de Kasserine et Thala font état d'au moins vingt morts tombés sous les balles depuis samedi dans des affrontements qui se poursuivaient ce matin même", a déclaré Ahmed Nejib Chebbi, chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP, opposition légale), expliquant tenir ses informations des relais de son parti dans les deux villes.

Des témoignages concordants recoupés par l'AFP faisaient état d'au moins quatre morts dans chaque ville. Quatre personnes auraient été tuées dimanche et plusieurs blessées par balles à Kasserine, un bilan qui devrait s'alourdir dans les heures à venir en raison d'un "grand nombre de blessés graves".

Trois ont été identifiés. Il s'agit de Raouf Bouzid, Mohamed Amine Mbarki et Rabah Nasri, a indiqué Sadok Mahmoudi, membre du bureau exécutif du syndicat régional de Kasserine. Ce syndicaliste a fait état d'un quatrième tué sans précision d'identité.

Samedi soir, des affrontements à Thala, localité situé à 50 km de Kasserine, avaient fait au moins quatre morts et six blessés graves, selon des sources syndicales. L'AFP donne le nom des victimes, obtenus auprès d'habitants de Thala ayant requis l'anonymat : Marwane Jomni, 20 ans, Ahmed Boulaabi, 30 ans, Mohamed Omri, 17 ans et Nouri Boulaabi, 30 ans. Le gouvernement a fait état dimanche de deux morts dans cette ville.

La tension était toujours palpable, dimanche, après les heurts qui ont éclaté à Thala dans la nuit. Des coups de feu ont été signalés à Kasserine, où des affrontements avaient lieu entre manifestants et forces de l'ordre.

À "LA MÉMOIRE DES MARTYRS"

Samedi, un nouveau marchand ambulant s'est immolé par le feu à Sidi Bouzid. Agé de 50 ans, Moncef Ben K., marié et père de famille, s'est aspergé d'essence alors que se tenait le marché de la ville. Il a été emmené en ambulance et son état est jugé grave. Au même endroit, à Sidi Bouzid, capitale agricole située au coeur de la Tunisie, un vendeur de fruits et légumes, Mohamed Bouazizi, 26 ans, s'était immolé par le feu le 17 décembre avant de décéder le 4 janvier.

Son geste de désespoir a provoqué une vague de contestation et de manifestations sans précédent depuis vingt ans dans tout le pays. Depuis la mi- décembre, plusieurs autres cas de suicides ont été signalés. Samedi, la ville de Metlaoui, dans la région minière de Gafsa, enterrait un jeune qui s'était également immolé par le feu.

Lors d'un rassemblement public organisé samedi à Tunis, l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), centrale syndicale unique, a apporté son appui aux revendications "légitimes" des manifestations de Sidi Bouzid et d'ailleurs. Des centaines de personnes strictement encadrées par des centaines de policiers en civil et des unités anti-émeutes, ont alors observé une minute de silence à "la mémoire des martyrs" du mouvement social.



11-01-09 - 20 Minutes -- Plusieurs morts dans les manifestations en Tunisie


Plusieurs morts dans les manifestations en Tunisie

Créé le 09.01.11 à 14h45 -- Mis à jour le 09.01.11 à 18h08


MONDE - Le bilan officiel de huit morts est contesté par l'opposition, qui en annonce au moins vingt...

Huit civils ont été tués dans des affrontements avec la police dans la nuit de samedi à dimanche, à Thala et Kasserine, affirme le gouvernement tunisien, cité par Reuters. Mais pour le leader de l'opposition, au moins vingt personnes ont perdu la vie.

Deux, trois ou quatre morts?

Selon des témoins, des heurts étaient toujours en cours, dimanche, dans une ville voisine de Thala, Kasserine, entre une foule d'émeutiers lançant des pierres et des bombes incendiaires et des policiers. Trois personnes auraient été tuées par des tirs. Trois témoins, dont un militant syndical, ont déclaré avoir vu trois corps à Kasserine - l'un tué samedi soir et les deux autres dimanche. D’autres témoins, se présentant comme étant des voisins des victimes, ont dit à Reuters avoir vu quatre corps après les affrontements. Ces informations n'ont pas été confirmées par les autorités.

Les autorités ne répondaient pas aux appels de Reuters pour tenter d'obtenir confirmation du bilan à Kasserine. De même, les médecins de l'hôpital local refusaient de répondre aux questions. Kasserine, où selon ces témoins les heurts ont débuté samedi soir, est le chef-lieu du gouvernorat auquel appartient Thala.

Chômage

La Tunisie connaît depuis la fin décembre une rare agitation sociale, les jeunes dénonçant la pénurie d'emplois. Le président Zine al Abidine Ben Ali a déclaré que les manifestations violentes étaient inacceptables et le gouvernement les a imputées à une minorité d'extrémistes.

«La police a ouvert le feu en état de légitime défense et cela a conduit à la mort de deux personnes et huit personnes ont été blessées. Plusieurs personnes ont été blessées parmi les forces de l'ordre, dont trois grièvement», affirme dans un communiqué le gouvernement, faisant référence aux pierres et aux cocktails molotov lancés sur les policiers.

En plus d’officiers de la police, l’armée participerait également à la répression des manifestations. Au moins six habitants de Thala, joints par Reuters au téléphone, ont indiqué avoir vu plusieurs véhicules militaires pénétrer dans la ville samedi soir. Il s'agit de la première information faisant état d'une intervention de l'armée aux côtés de la police pour mettre un terme aux émeutes.

Avec Reuters


11-01-09 - AFP -- week-end sanglant dans des affrontements dans le centre-ouest


Tunisie: week-end sanglant dans des affrontements dans le centre-ouest

(AFP) – Il y a 3 heures

TUNIS — La révolte sans précédent que connaît la Tunisie depuis la mi-décembre contre le chômage a dégénéré ce wend-end en émeutes sanglantes, faisant huit tués par balles selon le gouvernement et au moins 20 selon l'opposition à Thala et Kasserine.

Ces affrontements, qui se poursuivaient dimanche à la mi-journée selon des sources concordantes, ont fait huit tués par balles et neuf blessés dans ces deux localités, selon un dernier bilan officiel du ministère de l'Intérieur.

Cependant, des témoignages concordants recoupés par l'AFP, au moins quatre personnes ont été tuées dimanche par balles à Kasserine, à 290 km au sud de Tunis, et quatre autres au moins la veille à Thala.

Ces sources ont affirmé que le bilan devrait s'alourdir en raison d'un "grand nombre de blessés graves", alors que des syndicalistes parlant sous couvert d'anonymat ont fait état dimanche à l'AFP de 35 morts entre Thala et Kasserine et Regueb, dans la région de Sidi Bouzid.

Un dirigeant de l'opposition Ahmed Nejib Chebbi a annoncé quant à lui, au moins vingt tués par balles et appelé le président Zine El Abidine Ben Ali à ordonner "un cessez-le-feu immédiat".

"Les informations qui nous proviennent de Kasserine et Thala font état d'au moins de vingt morts tombés sous les balles depuis samedi", a déclaré à l'AFP Ahmed Nejib Chebbi, chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP, opposition légale).

"On a tiré sur les cortèges funèbres", a-t-il affirmé, expliquant tenir ses informations des relais de son parti dans les deux villes.

Le bilan gouvernemental limite à huit morts par balles au total, le nombre de manifestants tués depuis le début de l'agitation partie de Sidi Bouzid, après le suicide le 17 décembre d'un vendeur ambulant sans permis qui s'était immolé pour protester contre la saisie de sa marchandise de fruits et légumes.

Mohamed Bouazizi, 26 ans, soutien de famille, est devenu le symbole d'une révolte sans précédent contre la précarité sociale et le chômage qui a gagné autres régions, où actes suicidaires, grèves et manifestations se sont multipliés.

Le gouvernement a fait état de "nombreux agents de l'ordre blessés dont deux "dans un état critique", indiquant que les forces de sécurité ont fait usage de leurs armes, après sommation, dans un acte de "légitime défense", lorsque des individus ont voulu forcer le siège de la Délégation de Thala (sous-préfecture) au moyen de bouteilles incendiaires, de pierres et de bâtons.

"Il ne s'agit pas de manifestants, ni de revendications sociales, ce sont des bandes de pilleurs infiltrés", a dit à l'AFP un responsable gouvernemental sous couvert d'anonymat.

Dans un bulletin spécial, la télévision nationale TV-7 a diffusé des images de bâtiments mis à sac à Thala, avec des équipements calcinés, des toits éventrés, des portes et fenêtres cassées.

Elle a interrogé des habitants qui ont dénoncé des "actes de violence injustifiée perpétrés par des délinquants" sans rapport avec les revendications de la population, selon eux.

Cet accès de violence "traduit un ras-le-bol des jeunes qui sont sortis la nuit pour se venger des forces de répression et crier leur colère contre un régime qui méprise leurs aspirations", a estimé Menzli Chaabani, un opposant de Kasserine.

Samedi, alors que l'agitation entrait dans sa 4e semaine, l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT, centrale syndicale unique) a proclamé son appui aux revendications "légitimes" des populations à Sidi Bouzid et dans les régions intérieures.

11-01-09 - JDD -- Emeutes en Tunisie, reportage à Sidi Bouzid


9 Janvier 2011

A Sidi Bouzid, au coeur de la révolte

C’est dans cette ville de 40.000 habitants qu’ont débuté les émeutes qui secouent le pays. Rencontre avec les proches de Mohamed Bouazizi, qui s’est immolé par le feu le 17 décembre

Paru dans leJDD

A Sidi Bouzid, la révolte continue. (Maxppp)

C'est donc d'ici. De cette terre désolée au centre du pays qu’est partie la révolte. Une terre de paysans qui suinte le chômage et la frustration. Sidi Bouzid, 40.000 habitants. Son nom sera dorénavant indissociable de celui de Mohamed Bouazizi. Le 17 décembre, le vendeur ambulant s’est immolé pour protester contre les violences policières qui l’empêchaient de travailler et faire vivre sa famille. Il est mort mardi, à 26 ans. Depuis son geste suicidaire, des dizaines de rassemblements ont eu lieu dans tout le pays. Menzel Bouzaïene, Sfax, Meknassy, Kerouan, Thala, Kasserine… Sbitla hier. La liste des noms des villes touchées par la protestation sociale s’allongent comme autant de tentatives de défier un pouvoir autoritaire détenu par un président omnipotent depuis vingt-quatre ans. Zine el-Abidine Ben Ali s’est exprimé deux fois, il a limogé des gouverneurs de région. L’épidémie de manifestations se poursuit. Hier, à Sidi Bouzid, un autre homme, marié et père de famille, s’est immolé par le feu. Emmené en ambulance, son état était jugé grave hier soir.

A Nour El Gharbi, quartier populaire de Sidi Bouzid, la petite pièce où se repose la mère de Mohamed Bouazizi s’est remplie en un clin d’oeil. Mannoubia, sa mère, raconte comment son fils aîné, qui avait étudié jusqu’au bac, a travaillé pendant des années avec son oncle agriculteur. Jusqu’au jour où cet oncle s’est fait confisquer sa terre pour une obscure raison. Mohamed s’est mis à vendre des légumes sur le marché. Combien de fois a-t-il supporté les bousculades des agents municipaux pour lui enlever son étal? Combien de fois a-til été insulté, giflé? Le 17 décembre, une policière lui a craché dessus. C’était trop. Mohamed a voulu se plaindre au gouverneur. Le responsable de l’Etat l’a envoyé au diable. Alors, le jeune homme s’est aspergé de térébenthine.

60% de jeunes sans emploi

"Les choses ne seront plus comme avant", prédit Khélil Ezzaouia, membre de la Ligue tunisienne des droits de l’homme et du parti d’opposition le Forum démocratique. Comme l’ensemble de la population, le chirurgien orthopédique de l’hôpital Charles-Nicolle de Tunis suit au jour le jour les manifestations spontanées de jeunes chômeurs: "Le pouvoir est discrédité. Le développement social et régional qu’il avait promis n’est qu’un mensonge." En échange d’absence de libertés politiques, le régime avait promis la croissance pour tous. Mais le modèle tunisien basé sur l’ascenseur social s’écroule. Le chômage touche 15% de la population et un diplômé sur trois. Sans parler des inégalités de développement, les richesses économiques se concentrant sur le littoral et les grandes villes. Pas étonnant que la révolte des laissés-pour-compte soit partie de l’intérieur du pays.

A Sidi Bouzid, pas d’industrie, pas d’hôtel touristique. On évoque 48% de chômage et 60% de jeunes sans emploi. Sur les routes, les voitures sautent sur le goudron défoncé. Des gamins vendent des bidons d’essence achetés en contrebande en Algérie. Poussés par le vent, tels des fanions de misère, des milliers de sacs en plastique s’accrochent aux figuiers de barbarie. "C’est le néant ici", affirme Atia Athmouni. Professeur de philosophie, membre du bureau politique du parti d’opposition légale, le PDP (Parti démocratique populaire), l’homme est aujourd’hui porte-parole du tout nouveau comité de soutien de Sidi Bouzid. Il a été arrêté quatre jours fin décembre. Accusé d’avoir organisé la révolte, il attend un hypothétique jugement. Jeudi, de nouvelles manifestations dans sa ville ont mal tourné. "Ce sont des marches pacifiques, raconte Atia Athmouni. Mais au lieu de calmer le jeu, les policiers attisent les violences." Ailleurs, deux manifestants ont été tués par la police. Des informations non confirmées font aussi état d’une dizaine de tentatives de suicide dans le pays.

"La mort de Mohamed Bouazizi a révélé le malaise social et économique des jeunes diplômés, précise un diplomate européen. C’est un élément déclencheur, mais la portée de ce mouvement est politique. Les gens ne supportent plus la chape de plomb." Journalistes muselés, partis politiques et syndicats progressivement étouffés, Internet censuré…

Beaucoup n’ont plus rien à perdre

Dans la capitale flotte comme un air de soulagement, teinté de crainte. Heureux que "cela bouge enfin", le chirurgien Khélil Ezzaouia reconnaît qu’il est difficile de protester à Tunis: "Dans les grandes villes, la peur de la répression reste très forte." Pourtant, ici, à Sidi Bouzid, ceux qui osent dénoncer la corruption et la mauvaise gestion des affaires sont aussi sous pression. Téléphone sur écoute, filature dès qu’une réunion se profile, menaces à peine voilées aux membres de la famille… Mais on aime à rappeler que les premiers opposants au colonialisme sont nés sur cette terre. Aujourd’hui, beaucoup n’ont plus rien à perdre.

Le président Ben Ali a proposé de donner 20.000 dinars (10.000 euros) à la famille de Mohamed Bouazizi. Certains de ses frères et soeurs sont diplômés. Tous au chômage. Comme Leila, bac plus 3. Lorsque le président Ben Ali l’a reçue avec sa mère au palais de Carthage, il lui a promis un emploi dans la capitale. Leila a rendez-vous demain à 10 heures avec le gouverneur de la région. Elle ose espérer mais sa mère n’y croit pas.

Camille Estève, envoyée spéciale à Sidi Bouzid (Tunisie) - Le Journal du Dimanche

Dimanche 09 Janvier 2011



11-01-09 - Le Temps -- Revendications des jeunes… Légitimité des jeunes… Et eux seuls

Revendications des jeunes… Légitimité des jeunes… Et eux seuls

Raouf KHALSI - raouf.khalsi.@letemps.com.tn - Que les tribuns récupérateurs déchantent : si des jeunes manifestent c’est leur fait à eux. Cela vient de leur spontanéité et donc, aussi, de la légitimité que leur confère le statut de jeunes.

Vaines, saugrenues et scabreuses même se révèlent être les velléités de récupération politicienne. Profiter, à l’intérieur comme à l’extérieur, des manifestations de désarroi des jeunes, dont la revendication première et dernière, est l’emploi, pour faire le procès du régime c’est déjà marginaliser les jeunes eux-mêmes et - comment dire – leur voler les magmas existentiels qu’induisent leur condition.


Partout, le chômage des jeunes, lorsqu’il devient massif, où qu’il croisse à vue d’œil, représente une menace potentielle pour la stabilité sociale. Et à plus forte raison lorsqu’il touche les diplômés du supérieur, c’est-à-dire, ceux pour lesquels l’Etat a consacré l’un des budget les plus historiquement importants ; ceux qui ont vécu les soubresauts du campus et sont ainsi initiés à la chose publique à travers les turbulences de l’UGET et les affrontements idéologiques qui commencent, généralement, à l’Université. Tant que l’étudiant est étudiant, il n’a la responsabilité que de rêver. Il subit, donc, le système, y adhère et y croit… Mais, une fois le diplôme en poche, il subit les renversements d’une sorte de désorientation temporo-spatiale : au sein de l’arène universitaire même si l’ordinateur a décidé pour lui de la filière qu’il suivra - il est au fait de son libre-arbitre. Car un étudiant c’est toujours quelqu’un. Mais dès qu’il enjambe le rubicon et passe au marché de l’emploi, il se perd dans les méandres kafkaïens d’une administration qu’il ne connaissait pas pour, finalement, tenir l’interminable queue derrière ceux qui l’y ont précédé.

En désespoir de cause, il finit par croire qu’il est devenu quelque chose.

Si, aujourd’hui, des milliers d’étudiants se réfugient dans les mastères, ce n’est pas vraiment pour fuir ce marché de l’emploi, dont ils mesurent le fossé le séparant, des réalités universitaires. De quel versant du fossé vient le dysfonctionnement ?

Du niveau trop académique et, vraisemblablement, approximatif de l’Enseignement ? De l’empressement des entreprises à disposer de recrues immédiatement productives et performantes et auxquelles on ne concède pas le temps d’apprentissage nécessaire ? Cette inadéquation a été maintes fois soulevée ces derniers temps. Mais, aujourd’hui, on en prend sérieusement conscience. L’adhésion totale de l’UTICA au plan d’urgence gouvernemental tient aussi compte de ce corollaire… Tout comme on réalise que les incitations à la libre entreprise doivent absolument être simplifiées par une mobilisation plus effective et moins frileuse des banques et, surtout, la banque des PME et la BTS. La garantie ? La jeunesse, justement !

Cette jeunesse, justement, qui a grondé, qui croit bon de devoir se faire électrocuter ou s’immoler par le feu mais qui est aussi confortée dans cet appel affectif. Ce sont nos jeunes. Et de grâce, laissez-les nous. Oui, laissez-les nous, messieurs les justiciers de la vingt-cinquième heure !



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  Commentaires

mouaten watani    icp_zaki@yahoo.fr

NO COMMENT...       Le: 10/01/2011


Extrait de l'éditorial du journal algérien "L'expression" du 06/01/010. "Des cadres Algériens se sont émus,à juste titre,du rétrécissement des compétences du pays,accusant au passage l'Université et l'entreprise... L'Algérie dépend totalement de la manne pétrolière.Le pays a encore engrangé 55.7 Milliards de dollars en 2010.... ...Des cadres s'alarment donc quant à la maigre performances de nos universités..(Incidement notons que dans le classement mondial des universités,la premiere université algérienne apparait à la ....4115 è place..).Ces chiffres valent ce qu'ils valent mais établissent bien le colossal déficit de l'Algérie en compétences éducationnelles.." N.KRIM IL SUFFIT SEULEMENT DE REGARDER AUTOUR DE NOUS ...POUR DECOUVRIR QUE NOTRE PAYS EST LOIN D'ETRE CET ENFER Où DES JEUNES S'IMMOLENT PAR LE FEU.. ET QUE N'AURAIT ETE LE MANQUE DE MOYENS DE REPONDRE ET TOUT DE SUITE AUX BESOINS DE CHACUN...C'EST PLUTOT UN PAYS DONT ON SE DOIT D'ETRE FIER..CE N'EST PAS EN TOUT CAS UN PAYS DE DICTATURE...AUCUNE DICTATURE N'A JAMAIS GENERE AUTANT D'UNIVERSITAIRES..(MEME CHOMEURS...) LES DICTATURES CHACUN LE SAIT PREFERENT ET ENCOURAGENT L'IGNORANCE,LE CHARLATANISME, TOUT SIMPLEMENT PARCEQUE LA LUMIERE DU SAVOIR EST LEUR PIRE ENNEMI,UN PEUPLE INSTRUIT EST INCOMPATIBLE AVEC TOUTE DICTATURE...PAR CONTRE LA DICTATURE DU CHAOS, DE L'EXPRESSION INTEMPSIVE,DU TOUT OU RIEN ,DE L'IMMEDIAT EST LA PIRE DES DICTATURES,ELLE NE GENERE QUE DESTRUCTION IRRATIONELLE,DES BLESSURES IMPOSSIBLES A GUERIR ET LA PERTE DEFINITIVE DE TOUTE LIBERTE ,CELLE DE L'EXPRESSION AUTANT QUE CELLE DE VIVRE TOUT SIMPLEMENT..ET POUR TERMINER CE N'EST PAS PARCEQUE LE JEUNE "X" DONT LE PERE EST BIEN NANTI POSSEDE UNE VOITURE DE LUXE...QUE LE JEUNE "Y" DONT LE PERE EST UN SIMPLE OUVRIER..DOIT SE SUICIDER POUR ACQUERIR LE MEME PRIVILEGE..ALORS QUE SON PERE EST INCAPABLE (DU MOINS A COURTE ECHEANCE...) DE REALISER SON REVE....OUI JE SAIS PERTINEMENT QUE CE N'EST PAS JUSTE..MAIS DESIGNEZ MOI CE MONDE PARFAIT Où TOUT LE MONDE A TOUTES LES CHANCES...REGARDONS TOUT SIMPLEMENT AUTOUR DE NOUS ET SOYONS TOUT SIMPLEMENT PATIENTS MAIS AUSSI PERSEVERANTS CAR SEUL L'EFFORT PAYE...PAS LE SUICIDE ET LA FUITE...PLUS QUE L'ALLEGENCE A UN SYSTEME PUISSE T IL ETRE DICTATORIAL...LE SUICIDE EST LA PIRE TRAHISON A SON PAYS,A SA FAMILLE,A TOUS CEUX QUE L"ON AIME..ET SURTOUT A SON PEUPLE...ET C'EST LA PIRE DES TRAHISONS...POUR LE VIDE QU'ELLE GENERE..UN VIDE QUE RIEN AU MONDE NE POURRA JAMAIS COMBLER...





Kamel1802    captg0001@gmail.com

Un bol d’oxygène       Le: 10/01/2011


Le discours du Président de la République ce jour à 16h00 est une ouverture contrôlée de l’oxygène qui manquait à l'information dont a souffert la tragédie que vient de vivre notre pays. Je me permets d'espérer, suite à cette bonne nouvelle, que les articles publiés sur " Le Temps " soient bel et bien garnis par des commentaires dans l'espace approprié, hélas tristement vide jusqu'à ce jour. Et ce nonobstant la matière sportive exclusive qui déborde dans sa culture publique au point de s'en lasser..... Bien cordialement





11-01-09 - Radio Kalima -- Massacres plus de 50 morts à Kasserine Thala, Feriana, Regueb,Meknassi

Massacres: plus de 50 morts à Kasserine Thala, Feriana, Regueb,Meknassi


Date: Dimanche 09 janvier 2011
Sujet: News


De violents affrontements se sont poursuivis entre la nuit de samedi et ce dimanche matin ayant entrainé plus de 50 morts dans les villes de Thala (16), Kasserine (22), Meknassi (2), Feriana (1) et Reguab (8). Les forces spéciales et des milices parallèles (escadrons de la mort) ont utilisé des balles réelles pour venir à bout des manifestations qui ont duré jusqu’à l’aube de la matinée d’aujourd’hui. Des témoins sur place ont qualifié ce qui s’est passé de « massacre des civils. ». Les forces spéciales ont tiré sur les cortèges funèbres et empêché les cérémonies d'ensevelissements.

Kalima a appris que la police a tiré à balles réelles sur le cortège funèbre d’un manifestant tué par balles, obligeant à l’abandon du cercueil de ce dernier sur la route menant au cimetière. Des sources ont déclaré que le nombre de morts définitif n’a pas pu être déterminé. Néanmoins vingt deux personnes auraient été tuées par les forces de l'ordre durant les affrontements d’hier à Kasserine. A la cité Ennour dans la ville de kasserine, cinq manifestants ont été tués. Il s’agit de Raouf Bouzidi, Salah al Fridhi, Mounir Mbarki, Mohammed Lassoudi et Abdelkader Boulaabi. Dans la cité Ezouhour, trois personnes sont mortes. L’identité de seulement l’un d’entre eux a été révélée, il s’agit de Salah El Boughanmi.
16 personnes au moins ont été tuées et plusieurs autres grièvement blessées par balles dans des affrontements entre manifestants et forces de sécurité à Thala. Il s’agit de Marwan Jomli, Ahmed Boulaabi, , Nouri Boulaabi, Marwane Mbarek , Nouri Boulaabi, Marawne Anemri, Ghassane Ben Taib Cheniti, Mohamed Omri, et un vielliard âgé de 90 ans, de nom de Bechir El Mbarki asphyxié par les gaz lacrymogènes.
Les mêmes sources ont fait état de trois cadavres jetés dans l’oued proche de l’hôpital régional de Kasserine.
Dans la ville de Feriana, des sources ont fait état d’un bilan provisoire de plusieurs blessés et de la mort d’un jeune de 13 ans dont l’identité n’a pas été encore révélée ; une vingtaine de personnes grièvement blessées ont été transférés vers l’hôpital Habib Bourguiba de Sfax et vers celui de Kasserine.
Dans la ville de Meknassi, les affrontements qui se sont poursuivis ont fait deux morts, Chihab Alibi et Youcef Fitouri, et sept blessées graves ont été transférés vers l’hôpital de Gafsa.
A Reguab (au centre,90 km de Sfax), des affrontements ont fait plus de 8 morts et 7 blessés graves dans la nuit du samedi à dimanche.
Par ailleurs, le consulat de Tunisie à Pantin, a connu, le dimanche 9 janvier, un explosif qui a causé des dégâts légers sur le portail. Suite à cet incident, l’ambassadeur de Tunisie, Raouf Najar, a déclaré que l’ambassade était victime d’un attentat terroriste qui serait dû à l’amplification des événements de protestation sociale qui secouent le pays.


11-01-10 - LaDépêche -- Tunisie reprise des violences dans le centre-ouest, un mort à Kasserine


Tunisie: reprise des violences dans le centre-ouest, un mort à Kasserine

Publié le 10/01/2011 à 14:40, Mis à jour le 10/01/2011 à 15:10

Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont repris lundi dans le centre-ouest de la Tunisie, alors qu'un homme blessé dimanche par balles a succombé lors de son hospitalisation, ont indiqué des sources concordantes.

Trois localités --Kasserine, Thala et Regueb-- étaient en proie à des violences lundi, signe de la poursuite des émeutes contre le chômage qui secouent la Tunisie depuis la mi-décembre. Ces violences ont fait au moins 14 morts selon le gouvernement, et plus de 20 selon des sources de l'opposition.

Lundi, des unités de la police anti-émeute se sont déployées dans le centre de Tunis pour renforcer la sécurité dans la capitale, où sont prévues des manifestations de jeunes.

A Kasserine (290 km au sud-ouest de Tunis), un homme atteint de plusieurs balles et admis à l'hôpital dimanche, Abdelbasset Kasmi, a succombé à ses blessures lundi matin, selon Sadok Mahmoudi, membre du bureau exécutif de l'union régionale des travailleurs tunisiens (UGTT, centrale syndicale).

M. Mahmoudi a également fait état d'"grand nombre" de personnes blessées qui se trouvaient en réanimation à l'hôpital de Kasserine, placé sous contrôle de l'armée. Selon des sources médicales et syndicales, l'établissement manquait lundi de sang pour traiter les blessés.

Selon M. Mahmoudi, les manifestations se poursuivaient lundi à la mi-journée dans le centre de Kasserine, devant le bâtiment du syndicat régional.

Plusieurs personnes se sont retranchés dans les locaux du syndicat pour fuir des tirs massifs de gaz lacrymogènes, a indiqué M. Mahmoudi, qui a ajouté que des ambulances sillonnaient la ville.

Les commerces de la ville sont fermés et les habitants ont crié "leur colère conte leur régime", a-t-il ajouté.

A Regueb, la police est intervenue pour disperser les habitants qui manifestaient à l'occasion de la mise en terre des morts du week-end, a constaté un correspondant de l'AFP.

Dans cette localité, totalement paralysée en ce jour de marché hebdomadaire, l'armée a tenté de s'interposer entre les forces de sécurité et les manifestants, selon un enseignant défenseur des droits de l'Homme, Slimane Roussi. Il a assuré que des douilles de balles jonchaient les rues.

A Thala, ville endeuillée près de Kasserine, la police à tiré des balles en caoutchouc, selon des sources syndicales.

La révolte sans précédent que connaît la Tunisie depuis la mi-décembre contre le chômage a dégénéré ce week-end en émeutes sanglantes, faisant quatorze morts à Thala et Kasserine selon le gouvernement, et au moins 20 selon l'opposition.


11-01-11 - Libération -- Au moins 35 morts en Tunisie après les violences du week-end

11/01/2011 à 10h19

Au moins 35 morts en Tunisie après les violences du week-end

Le bilan humain de cette révolte sociale, enclenchée le 17 décembre, a «tragiquement augmenté» ce week-end, déplore la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme.

Le nombre de morts dans les émeutes en Tunisie s’élève à au moins 35, après les violences du week-end dans des localités du centre-ouest du pays, a indiqué mardi à l’AFP la présidente de la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH), Souhayr Belhassen.

«Le chiffre de 35 morts s’appuie sur une liste nominative», a-t-elle déclaré. «Mais le nombre total des victimes est plus important. Ca tourne autour de la cinquantaine, mais c’est une évaluation», a-t-elle dit.

Le bilan humain de cette révolte sociale, enclenchée le 17 décembre après l’immolation par le feu d’un jeune Tunisien de 26 ans, a «tragiquement augmenté» après les manifestations pendant le week-end dans les localités de Regueb, Thala et Kasserine, a-t-elle ajouté.

Souhayr Belhassen, elle-même tunisienne, a affirmé que les blessés étaient très nombreux. «On ne peut pas les compter», a-t-elle dit.

En fin de semaine dernière, avant les violentes manifestations du week-end dans ces trois villes de l’intérieur du pays, le bilan de cette vague inédite de protestation sociale s’élevait à au moins 4 morts, dont deux suicides.

Selon Souhayr Belhassen, l’agitation s’est également déplacée à des villes côtières, au coeur de la Tunisie touristique. Des incidents se sont produits à Bizerte (nord) et Sousse (centre-est), a-t-elle indiqué.

Une autre ONG de droits de l’Homme, Amnesty International, a indiqué lundi qu’au moins «23 personnes» avaient été «tuées par les forces de sécurité» lors des affrontements survenus samedi et dimanche en Tunisie.

(Source AFP)



11-01-10 - CNN -- At least 19 killed in riots in Tunisia, government official says

At least 19 killed in riots in Tunisia, government official says

From Rima Maktabi, CNN

January 10, 2011 5:15 p.m. EST

Tunis, Tunisia (CNN) -- Nineteen demonstrators protesting high unemployment and poor living conditions have been killed during the past two days in riots that broke out in two Tunisian cities near its border with Algeria, a government official said Monday.

The incidents occurred in the cities of Thala and Kasserine, said Minister of Information Samir Abidi. All of the dead were demonstrators; more than 30 police were injured, he said.

Amnesty International said at least 23 people died in protests over the weekend, and it had received reports of more deaths on Monday.

Citing "information gathered by Amnesty International," it said security forces fired tear gas and live ammunition to disperse demonstrators in the cities of Thala, Kasserine and Regueb in central Tunisia.

"The authorities must urgently ensure the safety of protesters and instruct security forces to act with restraint and not to use excessive force against them," said Hassiba Hadj Sahraoui, Amnesty International's Middle East and North Africa deputy director.

"The authorities claim they acted in self-defense but the rising death toll and the images of demonstrations suppressed by the security forces cast serious doubt on this version of events," Hassiba said.

In Kasserine alone, 13 people were killed in two days, Amnesty International said.

The organization called for an investigation into the deaths and for those responsible to be punished.

Major cities were unaffected by the unrest.

The demonstrations included demands for the government to improve social services. Tunisia's government called the protesters violent troublemakers. Tunisia has been ruled for 23 years by President Zine el Abidine Ben Ali, an ally of Western powers and a target of activist and human rights groups that accuse him of running a corrupt police state that has infringed on citizens' rights.

In his second speech since the riots erupted, he said on national radio and television that he was ordering the creation of as many as 300,000 jobs and called for greater freedoms for members of the news media.

"These violent, sometimes bloody events, which caused deaths among civilians and injuries among security officers, were perpetrated by hooded gangs that attacked, at night, public institutions and even citizens in their houses," he said. "This is an intolerable act of terrorism."

He said he would lower taxes on employers who generate new jobs.

Tunisia's 14% unemployment rate does not reflect the true problems faced by the nation, Abidi said. The government pays for college educations, but only about a third of the 80,000 students who graduate each year from the nation's universities are able to find work, he said. As a result, he said, unemployment among college graduates hovers around 25%.

Abidi said the government does not oppose the right of demonstrators to express their opinions, but it will not tolerate violence.

He said extremist groups like al Qaeda might use the riots to recruit young people.

Human rights groups have said the Tunisian government has cracked down on demonstrators with force. Reporters Without Borders condemned the arrests and disappearances of bloggers and online activists across a number of Tunisian cities.

The worldwide press freedom organization said police arrested the bloggers to question them about hacking into government websites.

The wave of demonstrations was sparked by the suicide of an unemployed college graduate in early December.

Mohamed Bouazizi, 26, set himself on fire in front of a government building in the town of Sidi Bouzid in early December after police confiscated his fruit cart, saying he was selling without a permit, according to Amnesty International. He died from his injuries.

The official news agency reported that the Tunisian government called in U.S. Ambassador Gordon Grey to answer questions about U.S. government criticism of the Tunisian government's handling of the unrest.

In Washington, State Department spokesman P.J. Crowley confirmed that Grey was called to hear complaints about U.S. characterization of the situation in Tunis. "We again affirmed our concerns not only about the ongoing violence, the importance of respecting freedom of expression but also the importance of the availability of information, and we will continue that discussion," Crowley said. "We understand the government has a very legitimate right to ensure the safety of its citizens. That said, we do have concerns about some of the steps that the government has taken."

Amnesty International has urged the Tunisian government to respect freedom of expression.

"Tunisians must be allowed to express their grievances and freely protest," said a statement from the organization. "The authorities made empty promises of work opportunities which were followed by a crackdown on protesters."

Tunisian authorities have said they are acting in self-defense. Security forces fired on protesters in December, the state-run TAP news agency reported at the time.

At the United Nations, Secretary-General Ban Ki-moon called for restraint "and urges all parties to seek to resolve differences through dialogue," a spokesperson said in a statement.

11-01-10 - Radio Kalima -- découverte de cinq corps ce lundi à Thala

Tunisie : découverte de cinq corps ce lundi à Thala

Lundi 10 janvier 2011

Dans une déclaration de la ville de Thala à Radio Kalima, l'avocate Maître Mania Bouali, a annoncé la découverte de cinq nouveaux cadavres de jeunes de la ville ce lundi matin, tués par la police tunisienne. Trois corps sont toujours à l'intérieure d'un centre de la police qui refuse toujours de remettre les corps aux familles. Deux autres corps de jeunes tunisiens ont été découvert dans une petite colline non loin de la ville. Les recherches se poursuivent pour identifier les victimes.

11-01-11 - Le Temps -- Les quatre jours de Kasserine

Notre consœur Assabah publie, dans son édition d’aujourd’hui, les péripéties de ces quatre dernières journées sombres à Kasserine.

Vendredi dernier, des cohortes d’élèves et de lycéens sont sorties dans la rue, aux alentours de 8h du matin se dirigeant vers le siège du gouvernorat. Des citoyens et des sans emploi se sont joints à eux, venant des quartiers de Ezzouhour, Karma et Ennour. Ils ont été suivis par les forces de l’ordre qui ont veillé à ce qu’il n’y ait pas de débordements, les empêchant entre autres de pénétrer au siège du gouvernorat.

Tout un chacun croyait que ces manifestations étaient destinées à être pacifiques.

Or, dans la nuit du vendredi au samedi, après un calme apparent, de nouveaux troubles éclatèrent lorsqu’on apprit que le jeune Hosni Ben Mohamed Klii (36 ans, chômeur et non diplômé du supérieur) est mort au centre de Ben Arous des suites de ses blessures puisqu’il s’était immolé par le feu. Ainsi, ce furent des actes de vandalisme aux alentours du quartier où habitait le jeune malheureux. Et ce fut la nouvelle, la vraie étincelle qui s’est propagée aux autres quartiers.

Dès lors, et à l’aube du samedi, les éléments de l’armée nationale se sont déployés pour protéger les biens publics faisant une ceinture de protection autour du gouvernorat, de la municipalité et d’une station-service ainsi que des établissements bancaires.

Durant la matinée, les élèves reconduirent le même scénario. Mais c’est la nuit que des affrontements se sont produits avec les forces de l’ordre aux quartiers Ennour, Ezzouhour et la Cité olympique.

Des équipements (municipalité et autres) furent saccagés. Ainsi les habitants entendirent-ils le crépitement des balles et des bombes lacrymogènes.

Le dimanche, on enregistra un certain calme… Mais un calme qui précède une nouvelle tempête qui s’est produite lors des obsèques de jeunes ayant péri lors des manifestations. Les actes de violence se sont poursuivis jusqu’à une heure tardive de la nuit. Hier, tout était fermé à Kasserine… Mais des manifestations et des affrontements se sont produits encore une fois lors des obsèques de deux autres jeunes.


11-01-12 - Libération -- Massacre à Kasserine


12/01/2011 à 00h00

Massacre à Kasserine

Par CHRISTOPHE AYAD

Un véritable massacre aurait eu lieu ces derniers jours à Kasserine, à 290 km au sud de Tunis, où une cinquantaine de personnes auraient trouvé la mort entre samedi et lundi selon un syndicaliste local, Sadok Mahmoudi, membre de l’Union générale des travailleurs tunisiens.

La plus grande confusion régnait hier dans la ville selon lui. «C’est le chaos à Kasserine, après une nuit de violences, de tirs de snipers, pillages et vols de commerces et de domiciles par des effectifs de police en civil qui se sont ensuite retirés», a-t-il raconté à l’Agence France-Presse.

Un fonctionnaire local ayant requis l’anonymat a fait état de tirs de snipers postés sur les toits et de tirs des forces de police sur des cortèges funèbres. L’hôpital local semblait débordé par le nombre de morts et de blessés, et le personnel médical, qui manque de sang, a débrayé une heure, hier, en signe de protestation.

Le ministère de l’Intérieur tunisien fait, pour sa part, état de quatre morts et de huit policiers blessés lundi à Kasserine. Le précédent bilan officiel donnait dimanche quatorze morts pour les deux villes de Thala et Kasserine. Selon un communiqué officiel du gouvernement, Kasserine a été «le théâtre d’actes de violence et de destructions perpétrés par des groupes qui ont attaqué deux postes de police à coup de bouteilles incendiaires, de bâtons et de barres de fer. Après diverses sommations et des tirs en l’air, la police a fait usage des armes dans un acte de légitime défense, lorsque les assaillants ont multiplié les attaques, jetant des pneumatiques en feu pour forcer les locaux de la police dont les équipements ont été incendiés».

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s’est «inquiété de l’escalade des affrontements violents».



11-02-05 - Libération -- Kasserine, le point de non-retour

05/02/2011 à 00h00

Kasserine, le point de non-retour

Enquête

ACTE II Du 8 au 10 janvier, les forces d’élite du régime s’acharnent sur cette ville du centre-ouest, tuant une vingtaine de personnes. Ces journées de sang vont faire basculer le pays dans un soulèvement national.

Par CHRISTOPHE AYAD Envoyé spécial à Kasserine

Ici, la révolution n’a pas été de jasmin, mais de sang et de larmes. C’est sans doute à Kasserine que les émeutes, encore circonscrites au centre du pays, ont basculé dans le drame national le week-end des 8 et 9 janvier. Fadhel Boujidi, un menuisier du quartier al-Nour, se souvient très bien du premier mort : «Le quartier était agité depuis plusieurs jours. Ce samedi matin, on enterrait un jeune qui venait de se brûler, comme Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid. Il s’appelait Hosni Jerbi, de la cité Ennahda. Salah Dachraoui ne participait pas à la manifestation. Soudain, j’ai entendu un coup de feu, il est tombé, puis un deuxième, Raouf Bouzidi, venu le secourir.» Jamais les forces de l’ordre n’avaient encore tiré à balles réelles à Kasserine. C’est arrivé d’un coup, sans sommation. Deux morts, puis un troisième durant l’enterrement du premier. Le cycle infernal a duré trois jours, au terme desquels quinze à vingt personnes ont été tuées. Les habitants de Kasserine continuent de parler de «quarante martyrs» ; au plus fort de la répression, une source syndicale anonyme, largement reprise par les médias, avait même évoqué «au moins cinquante morts». Qu’importe le nombre, Kasserine a payé le plus lourd tribu à la révolution tunisienne.

Incendie et «club des martyrs»

Contrairement au reste du pays, la chute du régime Ben Ali n’a été suivie d’aucune manifestation de joie. Kasserine, une ville sans charme, entourée de montagnes et coincée entre deux oueds, se sent encore plus pauvre et oubliée que d’habitude. Aucune autorité, aucun média tunisien n’est venu enquêter ici, rendre hommage aux victimes ou soutenir leurs familles. Raba, la mère de Salah Dachraoui, mort à 19 ans, vit toujours dans un dénuement complet avec les six enfants qui lui restent et sa mère, une paysanne sans âge au visage tatoué et aux bras chargés de bracelets en argent. Nordine, un grand frère de Salah, porte le blouson qu’il avait le jour de sa mort : un trou sur le flanc et un autre dans le dos marquent l’entrée et la sortie de la balle. Ils se tiennent tous dans la même pièce, les mains contre un réchaud en métal, la télévision branchée sur une récitation coranique.

Une sœur montre à chaque visiteur l’agonie de Salah à l’hôpital, filmée sur son téléphone portable : il arrive les yeux ouverts, déjà vitreux, un médecin tente un massage cardiaque. A la fin de la séquence, quatre minutes plus tard, ses paupières sont fermées. Sur la rue principale, le local du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, le parti de Ben Ali) a été transformé en «club des martyrs». Repeint à la hâte après son incendie, ses murs sont décorés des photos des victimes. Cela va de Yakine Guernazi, un bébé de 9 mois asphyxié par les gaz lacrymogènes, à Ahmed Jabari, un commerçant de 61 ans, tué d’une balle tirée par derrière.

Ils viennent tous d’al-Nour et d’al-Zouhour, les deux quartiers les plus pauvres, séparés du centre-ville par la ligne de chemin de fer. Les égouts sont à ciel ouvert, seule la rue principale est goudronnée. Le chômage est encore plus élevé qu’ailleurs. «Cette misère, nous avions fini par ne plus la voir, regrette le Dr Habib Belgasmi, un notable. La dictature et l’habitude nous ont rendus insensibles.» La seule grande usine de la ville, qui fabrique de la pâte à papier, a vu six de ses sept unités de production fermer en trois ans. Même l’agriculture ne produit pas. Tout ce qu’il reste, c’est la débrouille et la contrebande. L’Algérie n’est qu’à 70 km, on va y acheter pétrole, cigarettes, pièces détachées, haschich. Kasserine a la réputation d’une ville dure, aux voyous sans pitié. Et le sentiment d’être négligé et méprisé par la capitale est encore plus fort qu’ailleurs. Fadhel Boujidi, le menuisier, avait 20 ans lors des émeutes du pain, en 1984 : «Il y avait eu beaucoup de morts à Kasserine. Ici, les gens n’ont rien. A Tunis, ils se méfient de nous et ils nous méprisent. Pour eux, nos vies ne valent rien.» Il assure qu’en 1992, une foule avait conspué Ben Ali, de passage dans la ville, parce qu’il n’était pas allé à la rencontre des habitants. «On n’en voulait plus de ce régime. On était tous dégoûtés, c’est pour ça que ça a explosé direct. On était prêts à mourir. Même les fonctionnaires en ont marre.» Fadhel a été arrêté une demi-douzaine de fois à cause de sa barbe non taillée, à la mode salafiste. «Quand le flic tapait trop fort, j’allais chez le barbier. Sinon, j’attendais jusqu’à l’arrestation suivante. Depuis 1996, on refuse de me délivrer des papiers d’identité et un passeport.» Un jeune du quartier en rajoute : «Ici, si tu pries, on t’arrête ; si tu bois, on t’arrête aussi. Même respirer, c’était interdit.»

A Kasserine, tout a commencé le 28 décembre, lorsque l’ordre des avocats a décrété une grève nationale de solidarité avec les manifestants de Sidi Bouzid. «Nous étions une cinquantaine, sur 80, à participer, se souvient Me Salma Abbasi. Mais nous n’avons pas pu tenir notre rassemblement, la police a pénétré dans le tribunal et jusque dans les salles d’audience pour obliger les grévistes à enlever leur brassard rouge.» Du jamais vu. Les avocats se tournent vers la rue. A partir du lundi 3 janvier, jour de la rentrée des classes, le mouvement prend de l’ampleur. Collégiens et lycéens, qui ont suivi sur Facebook les événements de Sidi Bouzid, donnent un second souffle à la mobilisation. Les heurts sont de plus en plus violents, notamment à Thala, non loin de là.

Tout bascule le vendredi 7 janvier. Des blessés par balles de Thala arrivent à l’hôpital de Kasserine, le seul équipé d’un bloc opératoire. Puis, on apprend la mort de Hassan Jerbi, qui s’était immolé la veille. La nouvelle fait le tour de la ville et, immédiatement, des manifestations éclatent dans les quartiers pauvres. Dans la nuit du vendredi au samedi, deux sièges du RCD, la municipalité et un poste de police sont incendiés dans le quartier al-Nour. Les émeutiers ne réclament plus simplement du pain et des emplois, ils s’attaquent aux symboles du pouvoir.

Le temps des snipers

Les autorités ont-elles voulu faire un exemple à Kasserine avant qu’il soit trop tard ? Ou les forces antiémeutes, peu habituées à ce genre de situation, ont-elles paniqué ? L’escalade dans la répression coïncide en tout cas avec l’arrivée de renforts policiers venus de la capitale ou des grandes villes côtières. «J’ai vu débarquer des unités mieux équipées, confirme un policier local qui préfère taire son identité. C’était aussi des BOP [Brigades de l’odre publique, un corps paramilitaire, ndlr], mais leurs tenues étaient plus neuves et leurs armes plus sophistiquées. Ils avaient des grenades lacrymogènes en plastique Nobel, bien plus efficaces que les anciens modèles en métal, et des fusils à lunette. Trois ou quatre d’entre eux étaient intégrés à chaque unité anti-émeute. Ce sont eux qui tiraient, directement pour tuer.» Les gosses d’al-Nour et d’al-Zouhour ont des centaines de vidéos et de photos accréditant la présence de tireurs, dont une voire plusieurs femmes, sur les toits du quartier. Ils les appellent les kanassa, les snipers. Certains ont le visage masqué par une écharpe ou une cagoule. La légende urbaine s’est greffée sur ces récits, et nombre d’habitants assurent qu’une tireuse effectuait une cabriole à la manière des ninjas ou levait le pouce à chaque fois qu’elle faisait mouche…

La police tire sur les cortèges funéraires

Au-delà des fantasmes, ce que les jeunes montrent sur les vidéos qu’ils ont filmées au téléphone portable, ce sont des scènes de guérilla urbaine. Chaque enterrement se transforme en manifestation, d’autant que pour atteindre le grand cimetière, à la sortie de la ville, il faut passer devant le siège central du RCD, le palais de justice, puis le gouvernorat, bâti comme un château fort, et la Garde nationale, l’équivalent de la gendarmerie. Le fait que la police tire sur des cortèges funéraires enrage littéralement la population. Tous les tabous ont sauté.

A côté du cimetière se trouve l’hôpital, qui a été le théâtre de scènes d’horreur pendant les trois jours de répression. Le Dr Habib Belgasmi, chirurgien dans le privé, a été appelé par le médecin d’urgence le dimanche 9 au matin : «Il pleurait, il appelait à l’aide. J’ai accouru. Nous étions complètement débordés par l’afflux de blessés. Ça arrivait par vagues. On n’a jamais manqué de sang, mais les blessures étaient trop graves et le matériel vétuste. Les policiers visaient la tête, les poumons, le thorax, l’abdomen. Ils voulaient tuer. Il y avait même des balles explosives, qui détruisent les organes internes. Jusqu’à maintenant, je me demande si je n’ai pas fait un cauchemar.»

La journée du lundi 10 janvier a été, de l’aveu général, la plus meurtrière. Mais à la nuit tombée, la police anti-émeute quitte subitement la ville, remplacée par l’armée, que les manifestants applaudissent. Avant de partir, les policiers semblent avoir défoncé les grilles du Magasin général (un supermarché) pour le livrer aux pilleurs. Plus tard, il a été incendié. Plusieurs banques ont été vandalisées, ainsi que Meublatex, un grand dépôt de mobilier, le magasin al-Wifaq. Dès le mardi 11, Kasserine est «libéré». L’armée se contente de garder les lieux stratégiques : les banques, les stations-service, les bâtiments administratifs.

Les habitants passent les trois journées qui suivent dans la psychose d’un retour des «escadrons de la mort». Ben Ali s’enfuit du pays le vendredi 14. Le lendemain, les détenus de la prison se soulèvent. Sous la pression, l’armée leur a ouvert les portes, craignant un drame similaire à celui de Monastir où une quarantaine de prisonniers ont péri dans un incendie. Aujourd’hui, 800 à 1 000 ex-prisonniers seraient dans la nature. La peur règne en ville. Chacun rapporte des scènes de vol, d’agression à l’arme blanche ou de braquages. La sous-préfecture a été incendiée et pillée par des bandes payées, paraît-il, par le RCD. Au tribunal, les juges menacent de cesser le travail s’ils ne bénéficient pas d’un minimum de sécurité.

Depuis les événements, l’avocate Salma Abbassi a perdu le sommeil : «Ce qu’on a vécu m’a détruite à l’intérieur. Le pays ne peut pas nous laisser dans cet état. Il faudra de l’argent, de l’attention et beaucoup de justice. Et s’ils ne veulent plus de nous, ils n’ont qu’à nous vendre à l’Algérie.»


11-06-19 - Libération -- En Tunisie, Kasserine entre déceptions et élan révolutionnaire

En Tunisie, Kasserine entre déceptions et élan révolutionnaire

reportage

Six mois après le début du soulèvement, et alors que s'ouvre aujourd'hui le procès de Ben Ali, plongée dans cette ville-martyre du centre du pays.

Par ELODIE AUFFRAY à Kasserine

Inscription sur le sol de la place de la gare. (Photos: E.A.)

Sur les murs de Kasserine, les slogans ont continué à prospérer après le départ de Ben Ali, le 14 janvier. Ils racontent l'état d'esprit des 80.000 habitants de cette ville du centre de la Tunisie. Il y a les cris de victoire: «RCD mort» – le RCD est l'ex-parti de Ben Ali, dissous en mars –, de fierté: «Lève la tête, sois fier, tu es à Kasserine», de colère: «Où sont les médias? Où sont les demandes des jeunes de la révolution?». Il y a aussi les incantations: «Nos martyrs ne sont pas à vendre», les revendications insatisfaites: «L'emploi passe avant les revendications politiques», «Un emploi ou la révolution».

Six mois après le début des révoltes, Kasserine bout encore, et se remet – doucement – en route.

Il y a d'abord la fierté. Celle d'avoir été l'un des moteurs du soulèvement. «Ici, c'est la vraie Tunisie. Pas celle des palmiers vantée par le ministère du Tourisme. Kasserine est belle des martyrs qu'elle a donnés à la révolution», considère ainsi Samir Rabhi, syndicaliste et militant des droits de l'homme. Les 8, 9 et 10 janvier, les violences entre police et manifestants ont fait au moins 20 morts dans cette ville. Kasserine est la ville qui a payé le tribut le plus lourd à la révolution.

Intox

Ces jours-là, tous les symboles du pouvoir et de sa corruption ont été attaqués. Le magasin Meublatex, groupe où des membres de l'entourage présidentiel avaient des parts, a été mis à sac. Mais à deux pas de là, la Sacherie du centre, unique usine de fabrication de pâte à papier, n'a pas été touchée. Ni les centres de formation, flambants neufs. Les portraits de Ben Ali ont été décrochés, détruits. La Banque tunisienne de solidarité, accusée de ne prêter qu'aux chômeurs du RCD ou d'exiger des fonds propres exorbitants, a été incendiée. Devant la gare, l'énorme plaque de béton circulaire décorée du sept, chiffre fétiche du dictateur, git à terre.

Aux destructions ciblées ont succédé l'insécurité, la délinquance et les pillages, après le 14 janvier. Plusieurs magasins ont été vandalisés. Un mois plus tard, le 25 février, des violences ont éclaté à cause d'une rumeur: elle racontait qu'un hôpital, soi-disant promis à Kasserine, s'installerait finalement à Gafsa, 100 kilomètres plus au sud. «Il n'y a jamais eu de projet. C'était une intox, destinée à créer de la tension», accuse Mohamed, étudiant de 22 ans. Des bâtiments publics et des entreprises, ont été attaqués.

Cinq mois après, la peur des braquages, des agressions, est encore bien présente. L'armée est toujours déployée autour des institutions et entreprises sensibles: banque centrale, municipalité, agence des télécoms, siège du RCD. Les militaires supervisent aussi le travail des quelques policiers qui ont fait leur réapparition sur la voie publique. «Les gens ont accepté leur retour, pour leur sécurité», raconte Mohamed.

Sauf à la cité el-Zouhour, où les habitants ont refusé que soit reconstruit le commissariat. Il avait été incendié pendant la révolution, au terme d'une bataille sanglante. Quartier le plus pauvre de la ville, la mal-nommée «cité des fleurs» («25.000 habitants, 4000 prisonniers dont 1300 mineurs, 600 enfants SDF, 360 filles-mères», égrène un travailleur social) a vu mourir une vingtaine de personnes, selon les habitants.

Elle doit être renommée, prochainement, «cité des martyrs». Un monument a été érigé en leur honneur par les jeunes révolutionnaires du quartier, qui se sont cotisés. «C'est la seule chose qui a changé ici», lance l'un d'eux, attablé avec des amis à une terrasse de café, sur la place. «Nous sommes très pessimistes. C'était mieux avant, au moins c'était calme», se plaint un autre.

Principale déception: l'emploi, première des revendications ici, ne vient pas. «On parle de grands projets, de grandes sommes d'argent à la télé, mais on n'a rien vu venir, poursuit-il. La révolution sera réussie lorsqu'on sera au même niveau que Sousse ou Hammamet [deux villes plus développées du littoral, ndlr]

Selon eux, la majorité des hommes sont des chômeurs. Les seuls qui travaillent ont des petits boulots, ou ont payé pour être engagés.

La politique ne leur semble pas être la solution. «On n'en veut pas, et jusque-là, on n'a rien compris», dit l'un, citant le nombre de partis politiques (82) parmi lesquels il faudra choisir, lors de l'élection de l'Assemblée constituante, le 23 octobre. «Ce qui compte, c'est Kasserine. Je travaillerais avec le diable, du moment qu'il a des projets pour cette ville», lance, potache, Nizar, 29 ans.

Les «notables de la révolution»

Pour le militant Samir Rabhi, «il y a une atmosphère de liberté, mais sur les causes majeures, qui sont d'ordre social, le gouvernement n'arrive pas à répondre aux attentes. Les demandes sont presque toutes déçues, et il y a beaucoup de suspicions envers le gouvernement transitoire et la politique en général, et de craintes sur la tournure que va prendre le régime.»

Au niveau local, ce sont des novices qui occupent le pouvoir. Après trois mois de vide politique, un conseil municipal a été monté sur pied, pour un mandat d'un an. Le gouverneur a pioché parmi les «notables de la révolution», comme les appelle sans animosité Samir Rabhi. «Nous n'avons pas eu les moyens d'organiser des élections, il fallait faire vite», plaide le maire Maher Bouazzi, un avocat de 38 ans.

La tâche est énorme mais «les caisses sont vides», regrette Ridha Abbassi, instituteur et membre du conseil. «Nous avons d'abord fait l'inventaire de tout ce dont nous avions besoin: routes, lignes électriques, etc. Nous demandons 106 millions de dinars [54 millions d'euros, ndlr]», dit-il.

Ce dimanche matin, le maire a organisé une opération nettoyage. Sacs poubelles à la main, une vingtaine de volontaires, d'employés de la ville, ainsi qu'une partie de l'équipe municipale, sillonnent le centre-ville pour ramasser les ordures à terre. Une façon de «sensibiliser les gens à le faire tous les jours», explique Maher Bouazzi. «Nos équipements ont été brûlés, nous n'avons plus qu'un camion, une pelle et quatre tracteurs pour tout le gouvernorat. Nous essayons de nous organiser au mieux avec ça», poursuit-il.

Spontanéité

La mobilisation citoyenne ne manque pas, à Kasserine. Des dizaines d'associations se sont créées depuis janvier. «La majorité tournent autour du développement de la citoyenneté et de la démocratie, des questions de développement régional. Beaucoup s'intéressent à la protection de l'environnement», détaille Samir Rabhi.

Un réseau d'association est en cours de création. Plusieurs d'entre elles se retrouvent déjà autour d'un projet commun, Radio Kasserine. Après trois semaines d'existence, elle diffuse déjà treize heures par jour. Avec des émissions dédiées à la jeunesse, aux traditions, à l'économie, l'éveil politique, etc. «Radio Kasserine est une réaction aux émeutes du 25 janvier. On a voulu travailler sur la prise de conscience, faire comprendre qu'il ne faut pas réagir comme ça», explique l'un des initiateurs, Adnan Zorgui.

La petite équipe rêve déjà fréquence FM et studio d'enregistrement. Pour le moment, elle fait avec les moyens du bord: un ordi, un casque-micro, une clé 3G. Aucun d'entre eux n'avait l'expérience du micro. Pour l'un des animateurs, «c'est la continuité de la spontanéité de notre révolution. C'est ce qui fait sa force.»