avenir d'une offensive

Dossier Burkina Faso 1

 

11-02-22 - Burkina


11-02-22 - Le Pays -- La mort d'un élève met la ville en ébullition


Burkina Faso: La mort d'un élève met la ville en ébullition

Placide Zoungrana

22 Février 2011

Les cours ont été perturbés le mardi 22 février 2011 dans tous les établissements secondaires de la ville de Koudougou. Cette perturbation est née d'une manifestation contre la mort de Justin Zongo, élève de l'établissement privé Guesta Kaboré le 20 février dernier.

Chaude a été vraiment cette journée du mardi 22 février 2011 à Koudougou ! Aux environs de 8h, les élèves de divers établissements privés et publics du secondaire se sont mobilisés pour demander que justice et vérité soient faites autour de la mort de leur camarade, Justin Zongo. Selon les informations recueillies auprès de ces derniers, cette mort fait suite à des coups et blessures reçus d'un policier.

Selon eux, le policier et leur défunt camarade courtisaient la même fille. A leurs dires, leur camarade aurait été bastonné par la police au moment où les éléments sont venus l'enlever au lycée Guesta Kaboré.

Admis à l'hôpital et après y avoir séjourné pendant plusieurs jours, ce dernier a malheureusement rendu l'âme le 20 février 2011. Ils ont alors sonné le rassemblement le 22 février pour une marche de protestation vers le Commissariat central de la police de Koudougou.

Munis de pancartes et de pierres, ils ont été repoussés par les forces de sécurité à l'aide de gaz lacrymogène. Les élèves, convaincus que la mort de leur camarade est effectivement causée par des coups et blessures administrés par un agent de la police, ont manifesté leur mécontentement en brûlant des pneus sur le goudron et en dressant des barricades empêchant toute circulation.

"L'élève serait mort de méningite"

Selon les informations reçues de Alfred T. Bancé, directeur régional de la Police nationale du Centre-Ouest, "les faits remontent au 17 décembre 2010 où ses services ont reçu une plaignante du nom de Ami Zongo, élève de l'établissement Guesta Kaboré.

Cette dernière est venue porter plainte contre un camarade de classe du nom de Justin Zongo après un différend avec ce dernier. Ce différend les ayant amenés à en venir aux mains. Les trois convocations de la police qui ont été adressées à Justin Zongo n'ont pas eu de suite.

En pareille circonstance, la police est donc allée le chercher pour audition. Arrivé, il refuse de prendre place au poste de police afin d'être entendu au motif qu'il n'est pas un voleur pour prendre une telle place.

Ayant résisté, il a été poussé par un agent de police et s'en est suivie l'audition. Il est alors ressorti qu'il devrait honorer des ordonnances par rapport aux blessures d'Ami Zongo.

Il a même affirmé qu'il avait déjà payé une partie des ordonnances et qu'il irait les chercher. Une procédure a été engagée et transmise au parquet. A sa sortie d'audition, il s'est rendu directement chez le procureur à qui il a affirmé avoir été violenté par la police. Le procureur a alors demandé à entendre les agents accusés. Ce qui a été fait et l'affaire a été ainsi close.

Ce n'est que le 21 février 2011 dans la soirée que nous avons appris le décès de Justin Zongo, après avoir eu affaire à lui depuis le 17 décembre 2010. Et que les élèves se mobiliseraient fortement le mardi (ndlr : 22 février) pour demander que justice et lumière soient faites sur la mort de leur camarade !

Confiante de son innocence, la police a entrepris des démarches qui l'ont emmenée aux urgences médicales du CHR de Koudougou où le défunt a été interné le 11 février dernier pour cause de méningite. Justin Zongo aurait fui l'hôpital après avoir signé une décharge".

Selon toujours le DR Bancé,"il (Justin Zongo) y est retourné pour la seconde fois après un malaise aux reins qui se seraient bloqués lors d'un cours d'Education physique et sportive (EPS). A cause du week-end, Justin n'a pas pu être confié à un spécialiste pour une prise en charge adéquate et s'en est suivie malheureusement la mort."

Les établissements fermés jusqu'à nouvel ordre

Contrairement à la rumeur qui circule dans la ville, Justin, selon Alfred Bancé, serait mort de méningite et non de bastonnades de la police. Une dizaine d'élèves a été arrêtée par la police.

Après une explication des faits à ces derniers par le DR de la police, ils ont été libérés et des conseils leur ont été prodigués afin de les amener à toujours vérifier l'information avant d'agir, a laissé entendre M. Bancé.

Aussi a-t-il affirmé qu'à sa connaissance, aucun de ses éléments n'entretient une quelconque relation avec la nommée Ami Zongo. Une enquête serait ouverte, à en croire le DR, en vue de faire la lumière sur les faits.

Le défunt a été inhumé à Poa-Ralo, village de la commune rurale de Poa. La situation est déplorable à Koudougou, car de nombreux blessés et dégâts matériels ont été enregistrés.

Au moment où nous traçons ces lignes, hier, la course poursuite entre manifestants et forces de l'ordre battait son plein. En début de soirée du 22 février, une conférence de presse a eu lieu sur les événements à la direction régionale de l'Education nationale du Centre-Ouest à Koudougou.

En attendant d'y ravenir de long en large dans nos prochaines éditions, il faut savoir que le procureur du Faso près de TGI de Koudougou a déclaré que les écoles primaires et secondaires de Koudougu seront fermés jusqu'à nouvel ordre pour éviter tout regroupement.

Le ministre de la Santé, Seydou Bouda, était à Koudougou dans l'après-midi du 22 février. Il était à la conférence de presse à laquelle ont pris part le gouverneur du Centre-Ouest, le maire de Koudougou, le directeur régional de la Santé du Centre-Ouest, celui de la Police, le directeur du CHR de Koudougou, le président du Conseil régional du Centre-Ouest, les directeurs d'établissements, les parents d'élèves, etc.

Ceci est un communiqué de presse du ministère des Enseignements secondaire et supérieur.

Des rumeurs faisant état du décès d'un élève suite à des sévices corporels qu'il aurait subis à la police ont entrainé des manifestations des scolaires dans la ville de Koudougou ce jour 22 février 2011.

Contrairement à ces rumeurs, l'élève du nom de ZONGO L. Justin a été admis le 10 février 2011 au CHR de Koudougou par suite de crise de méningite et de source hospitalière, est décédé le 20 février 2011 de cette maladie.

Le gouverneur de la région du Centre-Ouest a présenté les condoléances à la famille éplorée. Par conséquent, les élèves et étudiants sont invités à la retenue.

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11-02-23 - L'Observateur -- Journée tumultueuse après la mort d'un élève


Burkina Faso: Koudougou - Journée tumultueuse après la mort d'un élève


Cyrille Zoma

22 Février 2011

Hier mardi 22 février, Koudougou a été le théâtre d'affrontements entre les élèves, les étudiants et les agents des forces de sécurité.

Manifestant leur colère sous le motif qu'un de leurs camarades a été tabassé à mort par des policiers pour une histoire de copinage avec une fille, les scolaires ont rencontré sur leur chemin des éléments des forces de l'ordre qui n'ont pas fait d'économie de leurs gaz lacrymogènes. Bilan : beaucoup de blessés, tant du côté des élèves que de celui des agents de sécurité.

Koudougou s'est endormie le lundi sur la rumeur qu'un élève, Justin L. Zongo du collège privé le Guesta Kaboré en classe de 3e, serait mort dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 février à 2h du matin, par suite de bastonnades qu'il aurait subie de la part de policiers. La même rumeur avançait que cette histoire serait liée à une relation qu'un flic entretiendrait avec une fille, Aminata Zongo, qui est dans la même classe que le regretté et avec qui elle a eu une altercation.

Les milieux scolaires ont fait cas de marche que les élèves projetaient d'organiser le lendemain mardi afin d'exprimer leur mécontentement. Et de marche il a été effectivement question, car, hier, très tôt, les élèves ont vidé les classes, se sont rassemblés et ont convergé vers la Direction régionale de la police nationale. C'est à cette étape que les choses ont mal tourné et la course-poursuite a débuté.

Selon le directeur régional de la Police nationale du Centre-Ouest, Alfred Bancé, les agents ont usé de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants et protéger les bâtiments et les infrastructures publics. Lacrymogène à profusion, jets de cailloux en riposte, barricades et incendies sur les voies, toute la matinée, l'après-midi et la soirée n'ont été que désordre au centre-ville et dans certains quartiers. Les petits commerçants et des individus qui n'ont rien d'élève ni d'étudiant se sont joints au mouvement compliquant la tâche des policiers, des CRS et des gendarmes rappelés en renforts.

Tous les commerces ont été fermés et la zone commerciale s'est vidée de ses occupants. La traque a fait beaucoup de blessés du côté des agents de sécurité et dans les rangs des élèves, des étudiants et de certains petits commerçants. Certains de ces derniers ont été des victimes collatérales, car touchés alors qu'ils étaient devant leurs boutiques ou hangars. Il faut dire que quand les étudiants ont rallié le mouvement pour soutenir "nos jeunes frères" selon eux, la manifestation a pris de l'ampleur et les éléments des forces de l'ordre ont semblé, par moments, être débordés.

Les sapeurs-pompiers n'ont pas chômé qui ont fait la navette entre l'hôpital et le centre-ville pour évacuer les blessés : près d'une dizaine a été emmenée au service des urgences chirurgicales. Nous y avions trouvé des jeunes, gémissant, avec de profondes blessures au torse, aux membres, à la tête. Un élève a même été grièvement touché à l'Å"il et il est à craindre qu'il n'en perde l'usage. A côté de ces cas, ceux qui ont été appréhendés par la police puis relâchés devant nous font office de chanceux.

Intox ou cruelle vérité ?

Nous avons dû suivre le mouvement un peu partout en ville, mais dans ce cafouillage, difficile d'avoir les délégués des élèves. Beaucoup des croquants que nous avons interrogés ont expliqué que les délégués les ont informés qu'un policier a tué un des leurs et qu'il fallait sortir pour marcher. La question qu'on se pose est de savoir si cette affaire est le fruit d'une banale rumeur comme Koudougou sait en fabriquer, si les élèves ont été intoxiqués et ont eu une version tronquée de l'affaire, ou si vraiment une histoire de libido a coûté la vie au pauvre Justin Zongo. Après nous avoir reçus, le directeur régional de la Police nationale nous a autorisé à échanger avec les frondeurs arrêtés, composés aussi bien de garçons que de filles. Selon Rihanata Semdé, "nous sommes sortis marcher dire notre mécontentement, et la police s'est jetée sur nous en lançant des gaz. Nous sommes en colère, car un élève est mort".

Cependant, Rihanata, sur les raisons du décès de l'élève, a avancé qu'on aurait dit qu'il a été victime de bastonnade. "Je n'ai pas de confirmations, mais des camarades en ont été témoins. Ils ont dit que c'est une fille qui en est à l'origine". Pour Salifou Badiel, c'est leur délégué qui leur aurait demandé de marcher pour protester contre les bastonnades administrées par des policiers et qui ont entraîné la mort d'un élève. Il a précisé que c'est le mardi matin que l'information sur le décès de leur camarade leur a été donnée.

C'est presque la même version qui est sortie de la bouche de Bézouma Landri Anselme Kinda quand il a indiqué que "c'est ce matin que notre délégué à l'information est venu nous donner l'information sur le décès de notre camarade, en nous disant que c'est un policier qui est à la base de cela. Il nous a demandé de marcher pour que justice soit rendue à notre camarade". Ces témoins ont soutenu qu'avant d'être conduits à la police, ils ont été molestés. La plupart présentaient des traces de coups. Le témoignage le plus précis est celui de Salimata Yaméogo que nous avons rencontrée autour de 15 heures et qui est dans la même classe que deux des protagonistes du drame : Justin L. Zongo et Aminata Zongo (Voir encadré).

"Aucun de mes policiers ne sort avec Aminata Zongo"

En tout cas, voici le son de cloche du DR de la police sur cette fronde des élèves : "Le 17 décembre, nous avions reçu la plainte d'une fille sur un différend qui l'oppose à un camarade de classe. Nous avons enregistré la plainte et convoqué le garçon, Justin Zongo, par trois fois sans qu'il ne daigne répondre. Des policiers sont allés alors le chercher, et quand il est arrivé, on a dû le bousculer pour le faire entrer dans le poste, car il refusait d'y entrer pour être interrogé. Il nous a donné les raisons qui l'ont poussé à frapper la fille et il s'est engagé à rembourser les frais des ordonnances, qu'il avait du reste commencé à verser. Mais quand il est sorti du commissariat, il est allé se plaindre auprès du procureur d'avoir été battu. Nous y avons envoyé les deux policiers qui ont été chargés de recueillir sa plainte, et l'affaire a été tranchée chez le procureur. Ce n'est que le lundi dernier que nous avons appris que l'élève est décédé.

On a appris que les élèves projetaient de marcher, car ce seraient les policiers qui seraient à l'origine de sa mort. On s'en est rendu à l'hôpital, aux urgences et on y a appris que Justin Zongo avait été interné le 12 février pour méningite. Il s'en est évadé le lendemain 13 février et est rentré chez lui. Il y a été ramené le 17 février pour la même cause, mais dans un état plus grave. Et c'est à la suite de ça que nous avons appris qu'il est mort".

Concernant une liaison entre un policier et Aminata Zongo, le DR de la police a juré, la main sur le cÅ"ur, qu'aucun de ses éléments ne fait la cour à la fille. "Elle a prétendu avoir un parent ici, mais je n'ai jamais vérifié si cela est vrai et qui serait ce parent", a ajouté le DR. Il a appelé la population au calme et invité les parents à raisonner et à calmer leurs enfants, promettant de mener des enquêtes pour éclaircir l'affaire. En entendant, il a exhorté la population à chercher chaque fois la vérité et à privilégier les voies légales de règlement des litiges.

Espérons que son appel sera entendu et qu'on oeuvrera à ramener le calme à Koudougou, qui sait malheureusement et bien souvent, s'illustrer dans la démesure. Car, il est à craindre que les élèves et surtout les étudiants ne prennent mal les nombreux cas de blessures dont leurs camarades ont été l'objet, ces blessés pouvant être considérés comme des martyrs par leurs camarades. Déjà dans leurs rangs, on entendait des expressions telles que "Révolution jasmin", "La Tunisie est à Koudougou", "Le Burkina aura son Egypte", "Tuez-nous, on veut un martyr". Et il se susurre qu'aujourd'hui, la population va descendre dans la rue. Gare à la contagion et aux imitations. Du reste, quand nous tracions ces lignes, les étudiants avaient convoqué au campus une assemblée générale autour du sujet.

Les autorités régionales et communales sont aussi en alerte. Hier dans la soirée, le gouverneur, Seydou Baworo Sanou, le maire, Seydou Zagré, le procureur du Faso, Valérie Jean Prospère Silga, rejoints par le ministre de la Santé, ont organisé en urgence une rencontre avec les couches représentatives de la population, les associations des parents d'élèves, les chefs d'établissements primaires, secondaires et universitaires.

Nous y reviendrons dans nos prochaines éditions avec entre autres le bilan des dégâts, mais d'ores et déjà, au cours de cette rencontre, il a été exposé à l'assistance la cause de la mort de l'élève Justin L. Zongo, qui serait la méningite. De plus, le gouverneur, Seydou B. Sanou, a annoncé la fermeture des établissements primaires, secondaires et universitaires à partir d'aujourd'hui et ce, jusqu'à nouvel ordre. Espérons que la nuit aura contribué à calmer les esprits. Vers 18h 30, il y avait toujours des échauffourées entre des forces de l'ordre et des manifestants, visiblement pas des scolaires, ceux-là.

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11-02-23 - Le Pays -- Le gouvernorat et 12 véhicules incendiés


Le gouvernorat et 12 véhicules incendiés

Placide Zoungrana

23 Février 2011

Koudougou est le théâtre de violents affrontements depuis le 22 février 2011 entre les forces de l'ordre et élèves des établissements scolaires de Koudougou suite au décès de leur camarade, Justin Zongo. Les manifestations se sont poursuivies hier 23 février et ont été marquées par l'incendie du gouvernorat du Centre-Ouest et de 12 véhicules qui s'y trouvaient. Deux manifestants ont succombé à leurs blessures et on note deux blessés graves du côté des forces de l'ordre.

Depuis le mardi 22 février, premier jour des manifestations, le bilan des blessés et celui des dégâts matériel enregistrés sont lourds. Des secouristes volontaires transportent des blessés à l'hôpital à moto. Du CHR de Koudougou, certains blessés occupent un lit à deux, faute de places. Les urgences chirurgicales sont débordées. Le 23 février aux environs de 13 h, les manifestants ont mis le feu au gouvernorat.

Douze véhicules qui s'y trouvaient ont été réduits en ferraille. Dans la soirée d'hier et aux dernières nouvelles, deux manifestants ont succombé à leurs blessures et du côté des forces de l'ordre, deux blessés graves. Outre la vérité sur la mort de l'élève, les manifestants exigent le départ du gouverneur et la libération de leurs camarades arrêtés.

Des boutiques et des magasins de commerçants incendiés par l'effet du gaz lacrymogène ont mis la population en colère qui s'est aussi mise de la partie. Depuis le début des manifestations, l'activité économique est réduite à Koudougou avec la fermeture du marché central.

Même la cathédrale de Koudougou a été le théâtre d'affrontements. Chose inédite, certains manifestants sont parvenus à retirer le matériel de protection des agents de sécurité.

Les autorités face à la presse

Les événements ont été au centre d'un point de presse animé dans l'après-midi du 22 février par les autorités. Au cours de celui-ci, il est ressorti que Justin Zongo est mort de méningite et non de coups et blessures de la police. Selon les explications du procureur du Faso près le TGI de Koudougou, Jean Prosper Silga, au point de presse, Justin Zongo est passé au parquet le 18 janvier 2011 pour porter plainte contre un élément de la police qui l'aurait violenté.

Après une prise de contact avec le Directeur régional (DR) de la Police, il est ressorti que Justin Zongo faisait l'objet d'une plainte de la part d'une élève de son établissement pour des faits de coups et blessures volontaires. Après audition des mis en cause, poursuit le procureur, des conseils leur ont été donnés afin de soigner l'image des forces de sécurité.

Un consensus trouvé a permis de libérer les agents de sécurité accusés et le défunt, Justin Zongo. Selon toujours le procureur, Justin Zongo est revenu au parquet le 20 janvier pour l'informer que la police l'a frappé quand elle est venue l'interpeller dans son établissement pour la signature du procès-verbal dressé au commissariat.

A la question de savoir s'il a des témoins pour confirmer sa déclaration, il a donné un certain nombre de noms. Et le procureur de poursuivre : "Je lui ai alors recommandé d'aller se faire soigner avant de revenir plus tard avec un certificat médical. Personnellement, j'allais procéder à l'audition de la mise en cause et une suite serait donnée à sa plainte.

Admis plusieurs fois à l'hôpital

Depuis le 20 janvier, je n'ai plus eu de contact avec lui et le parquet n'a plus eu de nouvelles de Justin. C'est le 21 février que j'ai reçu à mon secrétariat un écrit émanant de la fondatrice de l'établissement Guesta Kaboré qui m'informait du décès de ce dernier et que cette mort serait liée aux coups reçus au commissariat de police. Un coup de fil à la direction régionale de la Police m'a permis d'échanger avec le premier responsable.

Le procès-verbal relatif à la fille Ami Zongo était en voie d'achèvement et j'ai demandé au DR de nous rassembler davantage d'informations sur les circonstances qui entourent ce décès. C'est ainsi qu'il est revenu que le défunt a été admis à l'hôpital de l'Amitié de Koudougou.

Une réquisition a été adressée au CHR de Koudougou afin d'obtenir un certificat médical ou, à défaut, un rapport circonstancié sur les conditions dans lesquelles il a été admis à l'hôpital et sur les circonstances de son décès. C'est ainsi que les médecins traitants du patient ont établi leur rapport médical par étape.

Il ressort que Justin Zongo a d'abord été admis au CHR le 12 février 2011 après avoir été référé par le CSPS de Ralo pour vomissement, diarrhée et fièvre. Un cas de paludisme aigu a été diagnostiqué et un traitement adéquat lui a été prescrit.


Du service des urgences, il a été transféré en médecine générale le 13 février et le patient s'est évadé le même jour. Ensuite, il a été réadmis le 17 février aux urgences médicales après avoir été référé de nouveau par le même CSPS avec les mêmes symptômes, aggravés cette fois. Une ponction lombaire a révélé une hypothèse de méningite.

Le protocole national établi par ce cas de figure a été mis en branle et des médicaments nécessaires lui ont été donnés. Malheureusement, l'état du patient n'a pas évolué favorablement et il est décédé le 20 février".

Ces informations ont été confirmées par le personnel soignant du défunt au cours du point de presse. Il s'agit, notamment du docteur Berthe Souly, médecin-chef des urgences médicales du CHR de Koudougou. Mais pour les manifestants, la cause de la mort est tout autre.


11-02-24 - leFaso.net -- DECES D’UN ELEVE A KOUDOUGOU Le gouvernorat et 12 véhicules incendiés


jeudi 24 février 2011 à 02h31min


Koudougou est le théâtre de violents affrontements depuis le 22 février 2011 entre les forces de l’ordre et élèves des établissements scolaires de Koudougou suite au décès de leur camarade, Justin Zongo. Les manifestations se sont poursuivies hier 23 février et ont été marquées par l’incendie du gouvernorat du Centre-Ouest et de 12 véhicules qui s’y trouvaient. Deux manifestants ont succombé à leurs blessures et on note deux blessés graves du côté des forces de l’ordre.

Depuis le mardi 22 février, premier jour des manifestations, le bilan des blessés et celui des dégâts matériel enregistrés sont lourds. Des secouristes volontaires transportent des blessés à l’hôpital à moto. Du CHR de Koudougou, certains blessés occupent un lit à deux, faute de places. Les urgences chirurgicales sont débordées. Le 23 février aux environs de 13 h, les manifestants ont mis le feu au gouvernorat. Douze véhicules qui s’y trouvaient ont été réduits en ferraille. Dans la soirée d’hier et aux dernières nouvelles, deux manifestants ont succombé à leurs blessures et du côté des forces de l’ordre, deux blessés graves.

Outre la vérité sur la mort de l’élève, les manifestants exigent le départ du gouverneur et la libération de leurs camarades arrêtés. Des boutiques et des magasins de commerçants incendiés par l’effet du gaz lacrymogène ont mis la population en colère qui s’est aussi mise de la partie. Depuis le début des manifestations, l’activité économique est réduite à Koudougou avec la fermeture du marché central. Même la cathédrale de Koudougou a été le théâtre d’affrontements. Chose inédite, certains manifestants sont parvenus à retirer le matériel de protection des agents de sécurité.

Les autorités face à la presse

Les événements ont été au centre d’un point de presse animé dans l’après-midi du 22 février par les autorités. Au cours de celui-ci, il est ressorti que Justin Zongo est mort de méningite et non de coups et blessures de la police. Selon les explications du procureur du Faso près le TGI de Koudougou, Jean Prosper Silga, au point de presse, Justin Zongo est passé au parquet le 18 janvier 2011 pour porter plainte contre un élément de la police qui l’aurait violenté. Après une prise de contact avec le Directeur régional (DR) de la Police, il est ressorti que Justin Zongo faisait l’objet d’une plainte de la part d’une élève de son établissement pour des faits de coups et blessures volontaires.

Après audition des mis en cause, poursuit le procureur, des conseils leur ont été donnés afin de soigner l’image des forces de sécurité. Un consensus trouvé a permis de libérer les agents de sécurité accusés et le défunt, Justin Zongo. Selon toujours le procureur, Justin Zongo est revenu au parquet le 20 janvier pour l’informer que la police l’a frappé quand elle est venue l’interpeller dans son établissement pour la signature du procès-verbal dressé au commissariat. A la question de savoir s’il a des témoins pour confirmer sa déclaration, il a donné un certain nombre de noms. Et le procureur de poursuivre : "Je lui ai alors recommandé d’aller se faire soigner avant de revenir plus tard avec un certificat médical. Personnellement, j’allais procéder à l’audition de la mise en cause et une suite serait donnée à sa plainte.

Admis plusieurs fois à l’hôpital

Depuis le 20 janvier, je n’ai plus eu de contact avec lui et le parquet n’a plus eu de nouvelles de Justin. C’est le 21 février que j’ai reçu à mon secrétariat un écrit émanant de la fondatrice de l’établissement Guesta Kaboré qui m’informait du décès de ce dernier et que cette mort serait liée aux coups reçus au commissariat de police. Un coup de fil à la direction régionale de la Police m’a permis d’échanger avec le premier responsable. Le procès-verbal relatif à la fille Ami Zongo était en voie d’achèvement et j’ai demandé au DR de nous rassembler davantage d’informations sur les circonstances qui entourent ce décès.

C’est ainsi qu’il est revenu que le défunt a été admis à l’hôpital de l’Amitié de Koudougou. Une réquisition a été adressée au CHR de Koudougou afin d’obtenir un certificat médical ou, à défaut, un rapport circonstancié sur les conditions dans lesquelles il a été admis à l’hôpital et sur les circonstances de son décès. C’est ainsi que les médecins traitants du patient ont établi leur rapport médical par étape. Il ressort que Justin Zongo a d’abord été admis au CHR le 12 février 2011 après avoir été référé par le CSPS de Ralo pour vomissement, diarrhée et fièvre.

Un cas de paludisme aigu a été diagnostiqué et un traitement adéquat lui a été prescrit. Du service des urgences, il a été transféré en médecine générale le 13 février et le patient s’est évadé le même jour. Ensuite, il a été réadmis le 17 février aux urgences médicales après avoir été référé de nouveau par le même CSPS avec les mêmes symptômes, aggravés cette fois. Une ponction lombaire a révélé une hypothèse de méningite. Le protocole national établi par ce cas de figure a été mis en branle et des médicaments nécessaires lui ont été donnés. Malheureusement, l’état du patient n’a pas évolué favorablement et il est décédé le 20 février". Ces informations ont été confirmées par le personnel soignant du défunt au cours du point de presse.

Il s’agit, notamment du docteur Berthe Souly, médecin-chef des urgences médicales du CHR de Koudougou. Mais pour les manifestants, la cause de la mort est tout autre.

Placide ZOUNGRANA

Le Pays



11-02-25 - leFaso.net -- Manifestations à Koudougou La contagion gagne Ouagadougou, Ouahigouya, Poa...


Manifestations à Koudougou : La contagion gagne Ouagadougou, Ouahigouya, Poa...


A la suite du décès d’un élève, imputé par ses camarades et sa famille à la police, Koudougou a connu mardi et mercredi 48 heures de manifestations qui se sont soldées par des morts et plusieurs blessés. Hier la tension était retombée dans le chef-lieu de la région du Centre-Ouest (dont le gouvernorat a été incendié) tandis que la contagion semblait gagner d’autres localités du Burkina, dont Ouagadougou, Ouahigouya ou encore Poa, où un élève a été tué.

Deux élèves et un policier morts à Poa et à Kindi

Koudougou s’est réveillée hier jeudi dans une sorte de torpeur, provoquée, entre autres, par le décès de deux manifestants. Comme nous le disions dans notre édition d’hier, le bilan est très lourd. Si un calme précaire règne à Koudougou, la contestation a gagné les autres localités de la province, où des manifestations sont organisées par les scolaires. Des scolaires, touchés par balles réelles tirées par des policiers, sont morts à Poa et à Kindi.

On ne sait vraiment pas ce que les jours à venir nous réserveront, tant la tension est palpable. Les rencontres succèdent aux rencontres à la recherche de la formule magique pour éteindre l’incendie de la contestation scolaire. Les étudiants sont également dans une dynamique de concertation pour faire le point des dégâts dans leurs rangs. Ces dégâts, on s’en doute, sont essentiellement humains. Au niveau du CHR de Koudougou, on a enregistré 30 blessés pour la journée du mardi 22 février et 64 autres pour la journée du mercredi ; soit 94 en deux jours de fronde. Ces blessés sont majoritairement des élèves et des étudiants. Trois étaient dans un état critique et ont été évacués à Ouagadougou.


Comme on le sait déjà, deux manifestants ont trouvé la mort : il s’agit d’Assad Ouédraogo, né le 05 août 1993, élève en classe de 3e au lycée municipal, et d’un autre toujours gardé à la morgue et dont on ignore l’identité. Par ailleurs, parmi les évacués à Ouaga, un étudiant de 1re année d’économie à l’Université de Koudougou aurait succombé. On a appris que deux agents, blessés grièvement, ont été évacués à Ouagadougou. Calme à Koudougou certes, mais les autres localités de la province du Boulkiemdé ont pris le relais. Dans presque toutes les localités, les scolaires sont descendus dans les rues et se sont heurtés aux agents de sécurité.

Là aussi, le bilan est macabre : à Kindi (50 km de Koudougou), un élève du nom de Michel Bouda, 16 ans, de la classe de 4e, a succombé, touché par des balles en plein cœur. Un autre, Bougouma Kuilga, de la classe de 5e, a été blessé à la main et soigné sur place au CSPS de Kindi. En réplique, les élèves ont fait le tour de la ville, saccageant des maisons et brûlant les biens mobiliers et immobiliers des policiers.

Autre point chaud, Poa (25 km de Koudougou) : Là-bas, un écolier du CE2 qui traversait la route pour faire une commission a été touché par des balles et en est mort. Un commerçant de Poa a reçu trois balles au niveau des membres supérieurs et à la poitrine. Le policier qui a tiré a été pourchassé et lynché alors qu’il avait trouvé refuge dans la maison d’un agent de santé. A Réo (15 km de Koudougou), des manifestants ont incendié le commissariat de police et le haut- commissariat.

A Nandiala (25 km de Koudougou) et à Kokologho (55 km de Koudougou), des manifestations ont été organisées avec fort heureusement des bilans moins dramatiques. Espérons que les différentes médiations entreprises par les autorités de la place, les sages de Koudougou et les leaders d’opinion permettront d’éteindre cette crise qui commence à se généraliser et à prendre des proportions inquiétantes. Quand nous tracions ces lignes, la tension n’était pas totalement retombée dans ces localités, surtout à Kindi, où les manifestants étaient toujours dans la rue et se livraient à la destruction de certains biens publics et privés.

Cyrille Zoma


11-02-28 - leFaso.net -- Manifestations à Koudougou Le gouverneur Banworo relevé de ses fonctions

Bouc-émissaire, fusible sauté pour faire baisser la tension ou premier responsable, en sa qualité de gouverneur de la région du Centre-Ouest, des manifestations violentes dont Koudougou a été le théâtre la semaine dernière suite à la mort de l’élève Justin Zongo ?

En tout cas, Seydou Banworo Sanou a été relevé de ses fonctions. C’est ce que nous apprend un communiqué de presse laconique du service d’information du gouvernement (SIG) parvenu hier à notre rédaction.

Par décision en date du 26 février 2011, le Ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation a mis fin aux fonctions du Gouverneur de la région du Centre-Ouest. Le Secrétaire Général de la Région, monsieur Lamine Laurent Traoré, matricule 12 446 U, administrateur civil, est chargé de l’intérim.

Ouagadougou, le 27 février 2011


11-02-28 - leFaso.net -- MANIFESTATIONS DES ELEVES Le père de Justin Zongo appelle au calme


La mort de l’élève Justin Zongo de l’établissement Guesta-Kaboré le 20 février 2011 a provoqué des manifestations à Koudougou qui ont gagné d’autres localités du pays. Le vendredi 25 février 2011, nous avons rencontré le père de l’élève défunt. Bien que choqué par la disparition de son fils, il appelle tout de même au calme afin de ne pas endeuiller davantage d’autres familles.

Dès notre arrivée à Poa, nous avons été reçus par le premier responsable de cette commune, Jean Zongo, maire et oncle du défunt Justin Zongo. Un entretien avec lui nous a permis d’avoir plus d’informations sur les manifestations du 24 février dans sa commune. A Koudougou tout comme à Poa, il y a eu des pertes en vies humaines. Ces affrontements ont causé la mort de 2 personnes dont un enfant de l’école primaire et un policier. Le chef de Poa et le "lion" du Boulkiemdé, Boukary Kaboré, ont tenté la médiation afin que les policiers pourchassés ne soient pas lynchés.

Mais ce fut peine perdue. Dans le sauve-qui-peut, un policier s’était refugié dans la maison d’un infirmier qu’il a trouvé ouverte. Les manifestants ont défoncé les ouvertures de la maison et menacé de mettre le feu alors que le policier s’était enfermé avec un enfant de l’infirmier qui s’y trouvait. Se sentant en danger, il s’évade par l’une des ouvertures après avoir propulsé l’enfant dehors. De nouveau pourchassé par les manifestants, un boutiquier l’intercepte et il ouvre le feu sur ce dernier.

Une autre personne l’intercepte, permettant à ses poursuivants de le rattraper et le bastonner à mort. Selon des témoignages recueillis sur place, le défunt policier était à 2 ans de la retraite. Au regard de son âge, il n’a pu fuir comme les jeunes. D’ailleurs, en courant, il disait selon les témoins : "Sauvez-moi, je n’ai rien fait". Mais les manifestants tenaient à appliquer la loi du talion. Un des leurs a été tué par un policier et un policier doit impérativement mourir. Le maire de Poa a regretté au nom de la famille Zongo, les faits et appelé toute la population au calme et à la maîtrise de soi.

Nagounkoaba Zongo, père de Justin Zongo, que nous avons rencontré est choqué et attristé par la mort de son fils. Toutefois, il demande à la population de se ressaisir. "Mon fils est mort et je ne voudrais plus que des familles continuent d’être endeuillées. J’ai été informé que les manifestations ont eu lieu à Ouagadougou et à Ouahigouya, mais je vous demande de vous calmer. J’ai un petit frère dont les fils sont policiers, ils peuvent eux aussi faire face à de telles situations. J’ai même dit au maire d’informer la population de Koudougou d’accepter le pardon.

Je reconnais avec vous que ce sont les coups reçus à la police qui ont causé la mort de mon fils Justin. Sinon il n’était pas maladif. La dernière fois que j’ai vu Justin c’était au "doa" de mon grand frère et je ne l’ai plus revu si ce n’est son corps qui m’est revenu le jour de sa mort. Je suis profondément touché mais je demande au peuple burkinabè d’accepter pardonner. Je demande au gouvernement de prendre les précautions et dispositions nécessaires afin que de tels agissements ne surviennent plus dans le pays. J’ai même appris que le Lallé Naaba se déplacerait à Ralo pour me voir. Non, je refuse cela, car depuis le temps de nos parents, quand il y a un différend et que le chef envoie une délégation parler en son nom, l’ordre et le calme reviennent.

Le comité d’initiative mis en place pour la circonstance est déjà passé me réconforter et me témoigner de son affection (l’évêque, le pasteur et le président du mouvement sunnite). Cela est déjà important et suffisant. Je ne reverrai plus mon fils Justin certes, cela me fait mal, mais je vous demande de vous calmer et éviter de gâter et d’endeuiller des familles. Je vous demande donc de vous pardonner les uns les autres", a laissé entendre le père meurtri. A Koudougou, Assad Ouédraogo, élève en classe de 3e au lycée municipal de Koudougou, qui a trouvé la mort le 23 février à l’issue des affrontements, a été inhumé le 25 courant dans la soirée après une autopsie faite à Ouagadougou. Les élèves et étudiants se sont encore fortement mobilisés pour accueillir la dépouille mortelle de leur camarade et pour son inhumation au cimetière municipal de Koudougou.

Placide ZOUNGRANA

Le Pays


11-02-28 - leFaso.net -- Déclaration du CDP sur les évènements survenus dans la région du Centre-Ouest

Le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) exprime ses vives préoccupations suite aux évènements survenus depuis quelques jours dans la région du Centre-Ouest et consécutifs au décès de l’élève Justin ZONGO qui ont entrainé des pertes en vies humaines. Notre Parti présente ses sincères condoléances à toutes les familles endeuillées et manifeste sa solidarité aux nombreux blessés au cours des différentes manifestations.

Nous déplorons profondément ces pertes en vies humaines et invitons
avec insistance le Gouvernement à tout mettre en oeuvre pour que les
enquêtes aboutissent le plus rapidement afin de situer clairement les
responsabilités et tirer les conséquences judiciaires qui en découlent.
Notre Parti fortement attaché aux valeurs de la démocratie et de l’Etat
de droit, rappelle que dans tout Etat démocratique le respect des droits fondamentaux et de la loi restent les garanties primordiales pour tous les citoyens.

Il est essentiel, par conséquent, que les manifestations, en tant que droit garanti par la Constitution, s’exercent dans le cadre des lois et règlements pour assurer à tous la sécurité nécessaire et éviter les conséquences dramatiques et les dégâts de tous ordres. Aussi, le CDP en appelle-t-il au sens élevé du civisme de tous pour engager dans le dialogue et la concertation la recherche des solutions aux problèmes légitimes. La paix, faut-il le rappeler, n’a pas de prix et nous avons la responsabilité individuelle et collective de tout mettre en œuvre par pour la préserver.

C’est fort de cette conviction que le CDP invite toutes les autorités habilitées (administratives, politiques…) à engager avec diligence les démarches nécessaires pour nouer avec les partenaires sociaux (associations scolaires et estudiantines, parents d’élèves, organisations de la société civile, autorités coutumières et religieuses…) le dialogue afin de créer les conditions de sérénité indispensable à la paix sociale et à la bonne administration de la justice.

Le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) appelle la jeunesse scolaire et estudiantine à faire encore et toujours preuve de discernement et de maturité pour la résolution de leurs préoccupations légitimes dans le sens bien compris de leurs intérêts et de ceux de la Nation toute entière.

Démocratie - Progrès – Justice
Ouagadougou, le 25 février 2011
Le Président du Parti,
Président du Bureau Politique National
Roch Marc Christian KABORE



11-02-28 - leFaso.net -- Situation nationale Les fusibles commencent à sauter


lundi 28 février 2011 à 01h57min


La semaine qui vient de s’écouler a été particulièrement houleuse au Burkina Faso. De Koudougou, enflammée, nous est parvenue la clameur de jeunes en colère. Il y a longtemps qu’on n’avait pas assisté à pareille manif violente, faite de batailles rangées entre forces de l’ordre et croquants.

Les raisons sont connues : un élève, du nom de Justin L. Zongo, est décédé dans des circonstances troubles. En outre, les étudiants en veulent à mort au présumé assassin, emprisonné, d’un des leurs, et surtout à un commerçant prospère, qui serait l’instigateur de ce crime pour des raisons d’occultisme, ou, si vous préférez, de “wack” (1).

Ce qui oppose fondamentalement les uns et les autres, ce sont les causes du décès du malheureux Justin Zongo, qui aurait succombé, selon ses camarades, sa famille et l’opinion, par suite de sévices corporels de la part de la police ; une version rejetée par le gouvernement et les autorités politico-administratives, qui avancent la thèse de la méningite. Difficile pour l’instant de situer véritablement les responsabilités : qui dit vrai ? Qui camoufle la vérité ?

En attendant de connaître le fin mot de l’histoire, on ne peut que déplorer cette débauche de violence qui a causé de nombreux dégâts matériels, et entraîné 5 pertes de vies humaines. C’est trop ! C’eût été une seule vie que ce serait déjà déplorable. Pour éviter que la mèche allumée à Koudougou se transforme en TNT national et se propage au reste du pays, et alors qu’on déplorait de nouvelles victimes à Poa et à Kindi, le gouvernement a décidé de congédier les élèves du vendredi 25 au lundi 28 février 2011, question de faire retomber la pression.

Est-ce que cette accalmie du week-end va se poursuivre ou l’accès de fièvre sociale va reprendre ? A l’heure où ces lignes étaient tracées, on s’activait à dissuader les étudiants de battre le macadam ce matin 28 février. C’est sans doute dans cette perspective qu’il faut comprendre l’arrestation des policiers qui auraient tiré sur les élèves.

Dans le même registre, on peut comprendre le limogeage du gouverneur Banworo Seydou Sanou, qui semble avoir été sacrifié pour la bonne cause. Ces mesures suffiront-elles à circonscrire l’incendie allumé à Koudougou ? En tout cas, les premiers fusibles commencent à sauter.

Mais comment en est-on arrivé à une telle extrémité ? A l’évidence et pour peu qu’on observe certains gestes et faits, il y a un déficit de confiance entre gouvernants et gouvernés, de telle sorte que la parole gouvernementale a perdu de sa crédibilité, face à des populations désabusées et souvent habituées à ce qu’on leur fasse prendre des vessies pour des lanternes.

Si on ajoute à cela le fait que certaines forces de l’ordre auraient usé de balles réelles face à des élèves aux mains nues, on comprend mieux l’atmosphère quasi insurrectionnelle qui s’est emparée de Koudougou. Encore Koudougou, diront certains, tant cette ville réputée frondeuse, a souvent été l’épicentre des crises qui se sont nouées depuis l’arrivée de Blaise Compaoré au pouvoir :

 d’abord l’expédition punitive du 27 octobre 87 contre de jeunes brillants soldats du BIA ;
 la crise consécutive à l’affaire Norbert Zongo, illustre fils de cette ville ;
 et voilà que, le 20 février 2011, un jeune élève de Koudougou réveille encore ces ressentiments enfouis chez ces Koudougoulais. Moins de tragédies pour Koudougou, messieurs les puissants du moment, semblent à présent objurguer les populations. Et elles n’ont pas totalement tort ; car, frondeuse pour frondeuse, la ville ne se dresse jamais pour rien.

Et là, entre en scène un personnage, dont, à mots couverts ou de façon explicite, certains responsables du pays voient la main invisible derrière çà : le président de l’UNDD, Hermann Yaméogo, dont c’est le fief. L’intéressé, la main sur le cœur, s’en défend même si le soutien que sa formation politique apporte aux élèves et aux étudiants peut être perçu comme une forme de responsabilité dans ce qui arrive.

Qu’on s’accorde bien : une chose est de soutenir le mouvement quel qu’il soit, et une autre est de le susciter, de l’alimenter ou de le financer.

Et le fait qu’Hermann Yaméogo est rentré récemment d’Abidjan ne plaide pas forcément en sa faveur. Il faut sans doute se garder d’absoudre Hermann à bon compte, tant la politique est par essence une question d’opportunité.

N’empêche, brandir systématiquement la thèse du complot comme l’ont fait les responsables gouvernementaux et communaux, c’est se décharger à bon compte de toute responsabilité, or quand bien même complot il y aurait, on ne saurait nier l’élément déclencheur qu’est la mort de l’infortuné Justin Zongo.

Cette politique du bouc émissaire est d’ailleurs habituellement pratiquée par nombre de régimes qui ne veulent pas reconnaître leurs propres turpitudes.

Regardons ce qui se passe au Maghreb : tour à tour Ben Ali, Moubarak et maintenant Kadhafi se sont facilement réfugiés derrière le prétendu complot international, quand ce n’est pas Al-Qaïda qui est mis à l’index, niant ainsi toute capacité à leurs concitoyens d’aspirations légitimes, telles la liberté, la justice, la bonne gouvernance..., ce qui est un autisme de mauvais aloi.

Cela dit, on ne peut que déplorer les actes de vandalisme, la destruction de biens publics et privés auxquels ont donné lieu ces débordements, d’autant plus que les casseurs en sont toujours les payeurs d’une manière ou d’une autre.

Nul ne souhaite et surtout pas nous que le Burkina s’embrase, car c’est parce qu’il y a la paix que les gratte-papiers peuvent noircir les journaux, mais il faut faire attention à ces petites étincelles localisées qui peuvent mettre le feu aux poudres. Faire attention, c’est d’abord laisser les populations gérer en paix leur misère ! Faire attention, c’est aussi et surtout éviter de donner l’impression qu’on cache la vérité, même si c’est connu dans toutes les démocraties du monde que l’ombre protège parfois les républiques des dérives sociales.

C’est responsable et salutaire que les autorités aient fait appel aux sages du Boulkiemdé et d’ailleurs pour ramener la paix. Ironie du sort ou comme dirait le nihiliste Friedrich Nietzsche qui parle “d’éternel retour”, pratiquement 10 ans après le collège de sages, appelé à la rescousse, par suite du drame de Sapouy, voilà de nouveau des sages aux manettes de la paix. Faut-il croire qu’on fait appel à des sages quand “ça chauffe”, et qu’on ignore royalement leurs recommandations quand survient la période de l’insouciance ?

La rédaction

(1) Les étudiants de Koudougou indexent ce riche commerçant comme ayant “sacrifié” leur collègue à des fins de prospérité. Ils veulent donc brûler ses boutiques.

L’Observateur Paalga


11-03-01 - Fasozine -- UPC les émeutes de Koudougou au menu du premier anniversaire


Mardi, 01 Mars 2011 19:28 Jacques Théodore Balima


Portée sur les fonts baptismaux le 1er mars 2010 par Zéphirin Diabré et ses camarades, l’Union pour le progrès et le changement (UPC) a donné une conférence de presse ce mardi pour marquer le premier anniversaire de son existence. La récente bavure policière intervenue à Koudougou et qui a entraîné des émeutes dans certaines localités du pays, les réformes politiques et institutionnelles annoncées et la situation postélectorale en Côte d’Ivoire ont constitué l’essentiel des échanges avec la presse.

 


En abordant les émeutes de Koudougou, Zéphirin Diabré a interpellé les autorités burkinabè à faire cesser immédiatement «le sentiment d’impunité qui s’est installé au Burkina et qui donne le sentiment à certains que parce qu’ils sont détenteurs de la force publique, ils peuvent se permettre tout». Pour cela, il a exigé que les responsables des tueries soient traduits devant les tribunaux et que justice soit faite dans les délais les plus brefs. Il a également exigé que l’Etat prenne en charge les dépenses liées aux sépultures des morts ainsi que les dépenses des blessés et l’indemnisation des victimes. Dans le même ordre d’idée, l’UPC condamne l’usage des balles réelles par les forces de l’ordre dans le maintien de l’ordre public.
Le président de l’Union pour le progrès et le changement s’est ensuite prononcé sur les réformes politiques annoncées par le président du Faso. A ce sujet, M. Diabré a indiqué attendre de connaître le contenu et la méthode qui seront utilisés par le pouvoir, qui a nommé à cet effet un ministre chargé des Réformes. Mais d’ores et déjà, il compte «s’opposer jusqu’au bout à la révision de l’article 37 qui limite à deux quinquennats le nombre de mandats présidentiels».
Sur la situation en Côte d’Ivoire, Zéphirin Diabré a appelé la «communauté internationale» à faire respecter la vérité démocratique. Il a exprimé son soutien au clan du président reconnu par toutes les instances internationales, Alassane Dramane Ouattara, qui se bat pour faire accepter au camp du président sortant, Laurent Gbagbo, la vérité des urnes.
Selon le président du parti, Zéphirin Diabré, l’UPC ambitionne de réaliser l’alternance démocratique au Burkina «afin qu’une politique économique et sociale, porteuse de progrès mieux partagé soit mise en œuvre». Et pour ce faire, les responsables du parti ont déjà installé des comités locaux dans 25 des 45 provinces que compte le Burkina Faso.


11-03-01 - leFaso.net -- Evénements de Koudougou Déclaration des partis de l’opposition politique du Burkina Faso


C’est avec stupeur et indignation que l’opposition politique regroupée au sein du Chef de File de l’Opposition Politique au Burkina Faso (CFOP-BF) a appris les graves évènements survenus dans le Boulkiemdé avec pour point de départ la mort suspecte le 20 février de l’élève Justin ZONGO aggravé par les mensonges des autorités locales, en particulier le mépris du gouverneur de la région du Centre-ouest.

Ce sont ces bafouements inacceptables qui ont entrainé les affrontements meurtriers entre forces de l’ordre et manifestants les mercredi 23 et jeudi 24 février à Koudougou et dans les localités environnantes.

Une mission du CFOP dépêchée à Koudougou le 24 février 2011 fait état d’au moins six (06) morts, de très nombreux blessés, plusieurs personnes arrêtées et d’importants dégâts matériels ; des locaux administratifs et véhicules incendiés et une paralysie des activités administratives et économiques dans la ville de Koudougou.
C’est pourquoi, l’opposition politique par ma voix, voudrait adresser ses condoléances les plus attristées aux familles éplorées, souhaiter prompt rétablissement aux blessés.

Ces évènements à Koudougou viennent nous rappeler que le règlement des différends entre citoyens ne saurait donner lieu à l’usage systématique de la force et de la barbarie dans un Etat qui se veut de droit. Cette énième usage inconsidéré de la violence après Gaoua, Pouytenga, Banfora, Bittou et j’en passe, nous rappelle malheureusement que le pouvoir de la 4ème République ne connait que l’usage de la force, de la répression aveugle, de l’arrogance voire même du mépris pour le peuple.

Le cas précis de ces graves bavures à Koudougou qu’il convient d’appeler affaire Justin ZONGO, illustre éloquemment la désinvolture totale de l’Etat et la mentalité oh combien dépassée, partisane et corrompue de la justice et de la police du Burkina Faso !

Les partis politiques de l’opposition constatent également avec beaucoup de regret que les plus hautes autorités de ce pays sont incapables de dire la vérité au peuple préférant la duplicité, l’instrumentalisation et les manœuvres dolosives et sordides avec en prime l’impunité totale. C’est d’ailleurs le cas des nombreuses autres affaires toujours pendantes dont on peut citer :
Flavien NEBIE ;
Salam KONSIMBO ;
Boukary DABO ;
Clément Oumarou OUEDRAOGO.
Norbert ZONGO ;
Thomas SANKARA et ses compagnons ;
etc.

C’est pourquoi les partis politiques de l’opposition réunis en Assemblée générale le 24 février 2011 au siège du CFOP-BF, après avoir écouté la mission et après analyse :
- condamnent fermement l’usage systématique et démesuré de la force et de la répression contre les citoyens qui disposent du droit légitime de manifester et d’exprimer leur opinion sur la conduite des affaires par leurs gouvernants,
- condamnent avec la dernière énergie l’usage irresponsable des balles réelles et des armes destinées à la défense du territoire et de la sécurité des citoyens contre les paisibles populations et en particulier d’innocents enfants ;
- condamnent avec véhémence l’impunité érigée en système de gouvernement au Burkina Faso ;
- exigent sans délai que les différentes responsabilités soient situées et les auteurs punis à la hauteur de leurs forfaits ;
- demandent impérativement à l’Etat la prise en charge des sépultures des victimes, les soins de tous les blessés même collatéraux et de procéder à la réparation des préjudices subis.

Les partis politiques de l’opposition attendent du gouvernement un traitement diligent de cette affaire et des réponses adéquates à leurs présentes exigences. Ils se réservent le droit en outre de prendre toutes mesures et initiatives pour faire entendre raison à un gouvernement qui proclame n’obéir qu’à la loi du rapport des forces.

Ils appellent tous les militants de l’opposition à se tenir prêts pour des mots d’ordre éventuels que commanderait la situation.
Tous unis pour la fin de l’impunité et des exactions
Tous mobilisés pour dire non aux violences faites aux populations.

Ouagadougou, le 25 février 2011

Pour les partis politiques de l’opposition
Me Bénéwendé S. SANKARA
Chef de File de l’Opposition Politique
(Président de l’UNIR/PS)


11-03-01 - leFaso.net -- Koudougou Le Directeur régional de la police relevé de ses fonctions


Selon ces communiqués du Gouvernement à propos de la situation à Koudougou, le directeur régional de la police nationale est relevé de ses fonctions et les cours suspendus jusqu’à nouvel ordre.



11-03-02 - leFaso.net -- DECES D’UN ELEVE A KOUDOUGOU Les scolaires de Yako dans la rue


mercredi 2 mars 2011 à 07h00min


Tous ceux qui croyaient la ville de Yako insensible aux manifestations liées au décès de Justin Zongo, élève de Koudougou, le 20 février dernier, doivent se raviser. Malgré la prolongation de la fermeture des classes jusqu’à nouvel ordre, les élèves des différents lycées (8 au total sans les établissements techniques) de la commune ont trouvé les stratégies de mener un mouvement de protestation dans la matinée du mardi 1er mars.

Dès 8h40mn, deux grandes cohortes de manifestants se sont croisées devant le commissariat central de police qui était, par ailleurs, fermé. Impossible de voir un seul agent en tenue. La présence du drapeau flottant était le seul signe du fonctionnement de ce service qui était particulièrement visé. Hymne national, slogans hostiles à la police et pour plus de justice au Burkina, arrêt prolongé sur la nationale n°1 ont ponctué cette manifestation spontanée. Après la police, cap a été mis sur la brigade de gendarmerie. Là, après moultes explications avec les propriétaires des lieux, le drapeau est descendu puis amené par les élèves.

Même scénario à la mairie où des cailloux ont tout de même été lancés sur les agents qui avaient gardé les bureaux ouverts. Puis l’essaim de manifestants s’est rendu au Tribunal de grande instance de Yako. A leur arrivée autour de 10h45, ils ont trouvé les portes closes. Quelques-uns se donnent pour mission de casser les ampoules électriques mais d’épargner les vitres des portes. De retour au haut-commissariat du Passoré, les protestataires ne verront personne. Les manifestants se sont alors dispersés. Interrogés dans les rangs, certains manifestants nous ont confié vouloir faire pression sur le gouvernement pour que toute la lumière se fasse sur la "mort choquante et brutale" de leur camarade de Koudougou, Justin Zongo.

"Pas question de s’arrêter en si bon chemin car trop, c’est trop", ont clamé d’autres qui nous ont clairement signifié qu’ils attendront la réouverture des classes pour reprendre le mouvement de protestation. Quant aux policiers dont certains étaient visibles mais en civil, ils se sont complètement effacés pour ne pas envenimer la situation. Toutefois, le calme relatif qui a accompagné la marche aura été voulu par les marcheurs pour qui "la casse et la destruction n’étaient pas dans leur intention".

Abdoulaye DIANDA (Collaborateur)

Le Pays


11-02-03 - Le Faso -- Manifestations des scolaires à Léo Les locaux de la police incendiés


Les manifestations qui ont émaillé la ville de Koudougou en début de semaine passée ont tendance à contaminer les autres localités du pays. Cette fois-ci c’est Léo, chef-lieu de la province de la Sissili, à une centaine de kilomètres de Koudougou, qui a été le théâtre de mouvements d’humeur des scolaires. A l’arrivée, les locaux de la direction provinciale de la police nationale et ceux de la police municipale de Léo ont été entièrement incendiés.

Les élèves, répondant à un mot d’ordre de leurs délégués, se sont retrouvés très tôt le matin du lundi 28 février pour une manifestation de soutien aux élèves de Koudougou et surtout pour marquer leur mécontentement suite à la répression policière dont leurs camarades ont été l’objet, répression qui a engendré des morts dans les rangs des élèves. Selon certains manifestants, cette marche doit leur permettre de ‘’bouffer’’ du policier. C’est dire que les objectifs de départ étaient d’en découdre avec les hommes de sécurité. Auparavant, dans la ville, le bruit avait circulé que les manifestants comptaient tout brûler, jusqu’au domicile des policiers dans la ville.

C’est ce qui s’est en partie passé. Les manifestants se sont attaqués aux locaux du commissariat de police et y ont tout incendié. Après cela, ce fut au tour de la police municipale d’être la cible des scolaires. Là-bas, en plus des locaux, les manifestants ont incendié un véhicule appartenant à ce service. La gendarmerie a été épargnée et au dire des gens, c’est l’attitude courtoise et respectueuse des pandores qui a permis de sauver leurs locaux.

Arrivés à ce niveau, les manifestants se sont retrouvés face à des gendarmes qui n’ont pas hésité à nouer le dialogue avec eux, leur demandant même pardon et leur disant qu’ils comprenaient leur courroux et les raisons qui fondent leur désir de réclamer justice pour les élèves et les victimes de Koudougou. Cela a eu pour impact de faire baisser la tension et, après des échanges, les manifestants ont accepté de poursuivre leur route, lançant des “bravo !” aux pandores pour leur solidarité et leur compassion. Il y a lieu de féliciter le commandant de la gendarmerie qui a su préserver son service et l’intégrité de ses hommes par un comportement non provocateur.
Il y a des craintes réelles de propagation

Après la gendarmerie, les scolaires ont continué au commissariat de police et c’est là que la situation s’est détériorée. Il ressort que les policiers ont voulu disperser les manifestants par des jets de gaz lacrymogènes, mais malheureusement, ils se sont retrouvés à court de ‘’munitions’’, ce qui a permis aux frondeurs de prendre le dessus. Selon les propos de certains manifestants de la ville de Léo, si les policiers s’étaient comportés comme les gendarmes et n’avaient pas usé de violence, il y aurait eu de fortes chances que le mouvement ne dégénère pas.

Durant toute la journée du 28 février, les locaux de la direction provinciale de la police nationale et ceux de la police municipale ont cramé littéralement. Beaucoup de manifestants ont mis à l’index les comportements violents des forces policières de Léo et regretté les exactions dont la population serait victime.

Cela explique-t-il l’acharnement des manifestants sur les biens publics appartenant à la police à Léo ? Nombreux sont ceux qui pensent que oui. “Nous pensons que les policiers d’aujourd’hui étaient des élèves hier et les élèves d’aujourd’hui seront des policiers demain”, a fait remarquer un fonctionnaire de Léo, se demandant s’il n’y avait-il pas d’autres moyens de résoudre la crise et de raisonner les élèves sans passer par la violence.

En attendant, il n’y a plus un seul policier à Léo. Aux dernières nouvelles, ils ont été tous évacués à Ouagadougou. Sûrement pour des mesures de sécurité. On nous a rapporté que le secrétaire général de la région aurait instruit le commissaire de police de Léo de fermer le service et de ne pas opposer de résistance, mais ce dernier aurait affirmé pouvoir maîtriser les manifestants si d’aventure il y avait mouvement.

Les craintes de propagation de ce mouvement sont bien réelles. La preuve, hier dans la journée, le commissariat de police de la commune de Boura (50 Km de Léo) a été incendié par des manifestants pendant que d’autres manifestations sont signalées un peu partout, comme à Sabou (25 Km de Koudougou) et à Kaya.

A Boura, les policiers n’étaient pas présents. Les locaux étaient fermés. Les manifestants, composés majoritairement d’enfants, ont cassé les fenêtres, se sont introduits à l’intérieur, ont ramassé tout ce qui était paperasse qu’ils ont entassé sur les engins saisis, avant de mettre le feu. A Sabou, la manifestation n’a pas dégénéré grâce à une médiation réussie du chef de Sabou. Concernant les victimes, l’étudiant évacué et décédé à Ouagadougou se prénommait Wendkouni Kissou et non Wendkouni Guissou, comme nous l’avions malencontreusement écrit dans un de nos articles.

Cyrille Zoma

L’Observateur Paalga


Ouvrage consulté :


BURKINA FASO 2011 CHRONIQUE D’UN MOUVEMENT SOCIAL (LILA CHOULI)


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